Flaubert et ses contemporains

L'album de la Quinzaine pléiade 2021  est consacré cette année à Gustave Flaubert. Nous serons heureux de vous en offrir un exemplaire hors commerce pour l 'achat de trois volumes de la collection. L'occasion pour nous de mettre à l 'honneur ses amis, ses pères en littérature, ses soutiens,   et ceux se réclamant et s'imposant comme ses héritiers.

 

  • Coffret de deux volumes vendus ensemble.

    «Sa vie de guignon (1821-1867), dont deux volumes de Correspondance retracent les douloureuses étapes, contraste avec la forte organisation d'une oeuvre qui comprend la poésie la plus classique et la plus révolutionnaire, le poème en prose, la nouvelle, les maximes d'un moraliste sans indulgence, les pages les plus intelligentes qui aient été écrites sur la peinture, la littérature et la musique. Avec Baudelaire apparaît un nouveau type de créateur : celui qui s'est associé un critique, et un nouveau type de lecteur - "Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frère!", qui doit collaborer à cette création sous peine de l'ignorer.» Claude Pichois.

  • «Sa vie de guignon (1821-1867), dont deux volumes de Correspondance retracent les douloureuses étapes, contraste avec la forte organisation d'une oeuvre qui comprend la poésie la plus classique et la plus révolutionnaire, le poème en prose, la nouvelle, les maximes d'un moraliste sans indulgence, les pages les plus intelligentes qui aient été écrites sur la peinture, la littérature et la musique. Avec Baudelaire apparaît un nouveau type de créateur : celui qui s'est associé un critique, et un nouveau type de lecteur - "Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frère!", qui doit collaborer à cette création sous peine de l'ignorer.» Claude Pichois.

  • «Sa vie de guignon (1821-1867), dont deux volumes de Correspondance retracent les douloureuses étapes, contraste avec la forte organisation d'une oeuvre qui comprend la poésie la plus classique et la plus révolutionnaire, le poème en prose, la nouvelle, les maximes d'un moraliste sans indulgence, les pages les plus intelligentes qui aient été écrites sur la peinture, la littérature et la musique. Avec Baudelaire apparaît un nouveau type de créateur : celui qui s'est associé un critique, et un nouveau type de lecteur - "Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frère!", qui doit collaborer à cette création sous peine de l'ignorer.» Claude Pichois.

  • Cette correspondance est avant tout un drame dont Baudelaire est à la fois l'auteur, le metteur en scène et l'acteur. C'est pourquoi sans doute elle n'a jamais été reléguée par les tenants de l'oeuvre en soi au rang des attirails biographiques. Est-ce d'ailleurs bien une correspondance, au sens que l'on attribue d'ordinaire à ce mot? L'hypocrite lecteur qui saura la lire fraternellement répondra que c'est une oeuvre, et peut-être la plus existentielle de Baudelaire. Une vie s'y transforme en destin.
    La présente édition contient près de mille quatre cent vingt lettres et témoins et couvre la période janvier 1832 - février 1860.

  • Cette correspondance est avant tout un drame dont Baudelaire est à la fois l'auteur, le metteur en scène et l'acteur. C'est pourquoi sans doute elle n'a jamais été reléguée par les tenants de l'oeuvre en soi au rang des attirails biographiques. Est-ce d'ailleurs bien une correspondance, au sens que l'on attribue d'ordinaire à ce mot? L'hypocrite lecteur qui saura la lire fraternellement répondra que c'est une oeuvre, et peut-être la plus existentielle de Baudelaire. Une vie s'y transforme en destin.
    La présente édition contient près de mille quatre cent vingt lettres et témoins et couvre la période janvier 1832 - février 1860.

  • 1839. «Le roi des romanciers modernes, c'est une femme», déclare Jules Janin, prince des critiques. Certes, il s'agit pour lui d'ôter sa couronne à Balzac, dont il n'a pas aimé Illusions perdues. Mais son admiration pour George Sand (car c'est elle, «le roi») est sincère, et partagée : par Balzac lui-même, puis par Flaubert, qui comparera son amie à un grand fleuve d'Amérique : «Énormité et Douceur.» Voilà ce que fut la romancière pour ses contemporains. On est loin de la considération réticente dont se contentera longtemps la postérité, avant que le vent ne tourne de nouveau, en faveur cette fois de l'oeuvre, soutenue par une personnalité qui rayonna sur plusieurs scènes littéraire, politique, sociale.
    Sand a publié plus de soixante-dix romans. Les quinze que voici ont été choisis pour leurs qualités propres et parce qu'ils illustrent ses différentes manières. Indiana, immense succès, est le premier qu'elle signe de son nom de plume. Le roman-poème de Lélia - révolte métaphysique et sexualité féminine en 1833 - fait scandale. Mauprat échappe aux qualificatifs ou les mérite tous : roman historique, familial, d'amour, d'aventures, noir, humanitaire, social... Pauline est un «roman de l'artiste», veine à laquelle appartient aussi, le diptyque constitué de Lucrezia Floriani et du Château des Désertes. Isidora surprend par sa modernité, forme et fond. Le triptyque champêtre, La Mare au Diable, François le Champi, La Petite Fadette, fait de Sand une pionnière de l'ethnographie et de l'ethnolinguistique, et de l'ethnomusicologie si l'on y ajoute Les Maîtres sonneurs. Dans Elle et lui passe l'ombre de Musset. (Pour celle de Chopin, voyez Lucrezia.) La Ville noire est un roman «industriel» à la fois réaliste et utopiste. Juste avant Voyage au centre de la Terre, Laura, voyage dans le cristal débusque le fantastique au coeur de la science. Nanon enfin récrit l'histoire de la Révolution en donnant la parole à une paysanne.
    «Je fais des romans, parce que c'est une manière de vivre hors de moi», dit Sand, prompte à se glisser «dans la peau de [s]es bonshommes», comme elle appelle ses personnages. L'essentiel pour elle est dans le mouvement vers l'autre, quête inquiète et patiente ; ce qu'avait bien senti Janin, qui voyait en elle l'«un de ces grands esprits plein d'inquiétudes qui cherchent leur voie». Quadriller le monde social est nécessaire, non suffisant. Si le roman est un plaidoyer (pour les femmes, contre les lois du mariage, pour la justice...), le bon roman exige que soient mêlés «le réel et le poétique». Ainsi naît le romanesque, principe de liberté : c'est l'artiste qui crée le réel, «son réel à lui». Le roman chez Sand a un effet sur «l'emploi de la vie». De lumineuses figures de femmes y mènent un combat pour l'idéal. Vaste dessein. Flaubert (comme toujours) avait raison : énormité et douceur.

  • 1839. «Le roi des romanciers modernes, c'est une femme», déclare Jules Janin, prince des critiques. Certes, il s'agit pour lui d'ôter sa couronne à Balzac, dont il n'a pas aimé Illusions perdues. Mais son admiration pour George Sand (car c'est elle, «le roi») est sincère, et partagée : par Balzac lui-même, puis par Flaubert, qui comparera son amie à un grand fleuve d'Amérique : «Énormité et Douceur.» Voilà ce que fut la romancière pour ses contemporains. On est loin de la considération réticente dont se contentera longtemps la postérité, avant que le vent ne tourne de nouveau, en faveur cette fois de l'oeuvre, soutenue par une personnalité qui rayonna sur plusieurs scènes littéraire, politique, sociale.
    Sand a publié plus de soixante-dix romans. Les quinze que voici ont été choisis pour leurs qualités propres et parce qu'ils illustrent ses différentes manières. Indiana, immense succès, est le premier qu'elle signe de son nom de plume. Le roman-poème de Lélia - révolte métaphysique et sexualité féminine en 1833 - fait scandale. Mauprat échappe aux qualificatifs ou les mérite tous : roman historique, familial, d'amour, d'aventures, noir, humanitaire, social... Pauline est un «roman de l'artiste», veine à laquelle appartient aussi, le diptyque constitué de Lucrezia Floriani et du Château des Désertes. Isidora surprend par sa modernité, forme et fond. Le triptyque champêtre, La Mare au Diable, François le Champi, La Petite Fadette, fait de Sand une pionnière de l'ethnographie et de l'ethnolinguistique, et de l'ethnomusicologie si l'on y ajoute Les Maîtres sonneurs. Dans Elle et lui passe l'ombre de Musset. (Pour celle de Chopin, voyez Lucrezia.) La Ville noire est un roman «industriel» à la fois réaliste et utopiste. Juste avant Voyage au centre de la Terre, Laura, voyage dans le cristal débusque le fantastique au coeur de la science. Nanon enfin récrit l'histoire de la Révolution en donnant la parole à une paysanne.
    «Je fais des romans, parce que c'est une manière de vivre hors de moi», dit Sand, prompte à se glisser «dans la peau de [s]es bonshommes», comme elle appelle ses personnages. L'essentiel pour elle est dans le mouvement vers l'autre, quête inquiète et patiente ; ce qu'avait bien senti Janin, qui voyait en elle l'«un de ces grands esprits plein d'inquiétudes qui cherchent leur voie». Quadriller le monde social est nécessaire, non suffisant. Si le roman est un plaidoyer (pour les femmes, contre les lois du mariage, pour la justice...), le bon roman exige que soient mêlés «le réel et le poétique». Ainsi naît le romanesque, principe de liberté : c'est l'artiste qui crée le réel, «son réel à lui». Le roman chez Sand a un effet sur «l'emploi de la vie». De lumineuses figures de femmes y mènent un combat pour l'idéal. Vaste dessein. Flaubert (comme toujours) avait raison : énormité et douceur.

  • 1839. «Le roi des romanciers modernes, c'est une femme», déclare Jules Janin, prince des critiques. Certes, il s'agit pour lui d'ôter sa couronne à Balzac, dont il n'a pas aimé Illusions perdues. Mais son admiration pour George Sand (car c'est elle, «le roi») est sincère, et partagée : par Balzac lui-même, puis par Flaubert, qui comparera son amie à un grand fleuve d'Amérique : «Énormité et Douceur.» Voilà ce que fut la romancière pour ses contemporains. On est loin de la considération réticente dont se contentera longtemps la postérité, avant que le vent ne tourne de nouveau, en faveur cette fois de l'oeuvre, soutenue par une personnalité qui rayonna sur plusieurs scènes littéraire, politique, sociale.
    Sand a publié plus de soixante-dix romans. Les quinze que voici ont été choisis pour leurs qualités propres et parce qu'ils illustrent ses différentes manières. Indiana, immense succès, est le premier qu'elle signe de son nom de plume. Le roman-poème de Lélia - révolte métaphysique et sexualité féminine en 1833 - fait scandale. Mauprat échappe aux qualificatifs ou les mérite tous : roman historique, familial, d'amour, d'aventures, noir, humanitaire, social... Pauline est un «roman de l'artiste», veine à laquelle appartient aussi, le diptyque constitué de Lucrezia Floriani et du Château des Désertes. Isidora surprend par sa modernité, forme et fond. Le triptyque champêtre, La Mare au Diable, François le Champi, La Petite Fadette, fait de Sand une pionnière de l'ethnographie et de l'ethnolinguistique, et de l'ethnomusicologie si l'on y ajoute Les Maîtres sonneurs. Dans Elle et lui passe l'ombre de Musset. (Pour celle de Chopin, voyez Lucrezia.) La Ville noire est un roman «industriel» à la fois réaliste et utopiste. Juste avant Voyage au centre de la Terre, Laura, voyage dans le cristal débusque le fantastique au coeur de la science. Nanon enfin récrit l'histoire de la Révolution en donnant la parole à une paysanne.
    «Je fais des romans, parce que c'est une manière de vivre hors de moi», dit Sand, prompte à se glisser «dans la peau de [s]es bonshommes», comme elle appelle ses personnages. L'essentiel pour elle est dans le mouvement vers l'autre, quête inquiète et patiente ; ce qu'avait bien senti Janin, qui voyait en elle l'«un de ces grands esprits plein d'inquiétudes qui cherchent leur voie». Quadriller le monde social est nécessaire, non suffisant. Si le roman est un plaidoyer (pour les femmes, contre les lois du mariage, pour la justice...), le bon roman exige que soient mêlés «le réel et le poétique». Ainsi naît le romanesque, principe de liberté : c'est l'artiste qui crée le réel, «son réel à lui». Le roman chez Sand a un effet sur «l'emploi de la vie». De lumineuses figures de femmes y mènent un combat pour l'idéal. Vaste dessein. Flaubert (comme toujours) avait raison : énormité et douceur.

  • «Il y a beaucoup à cueillir dans cette oeuvre trop longtemps négligée. Les pages de synthèse dans lesquelles George Sand brosse à grands traits le visage et les transformations de son siècle sont pleines d' aperçus profonds et dignes d'un historien. L'évocation des guerres de la Révolution et de l'Empire, la peinture de la vie des camps, où s'intercalent en contraste les croquis amusants des intrigues de la Cour et des salons, nous conduisent de Cologne à Marengo, du camp de Boulogne à Austerlitz, dans une odeur de poudre et un cliquetis de sabres qui restituent à merveille l'atmosphère de ces temps héroïques, où toute l'Europe vibrait du galop de nos armées. On voit à nu l'évolution d'une jeune âme, au moment où l'adolescence se pose tant de questions, oscillant entre la foi et le doute, cherchant désespérément et n'obtenant pas de réponse ; et peut-être ne trouvera-t-on nulle part de plus pénétrante description clinique du mal du siècle.
    Tout cela se mêle de tableaux délicieux, d'anecdotes charmantes, de portraits vivants et pittoresques, malicieux parfois, le tout dans un certain désordre dont on peut discuter s'il est l'effet ou la cause de l'art. Les pages sur Nohant, sur les romans entre quatre chaises, et les promenades à Chaillot, les chapitres sur la vie au couvent des Anglaises, le récit de la voiture perdue dans la brande, au chant des grenouilles : autant de morceaux qui ne s'oublient pas quand on les a lus une fois.» Georges Lubin.

  • Le Capitaine Fracasse évoque souvent une lecture facile, pour enfants. On oublie que Théophile Gautier (1811-1872), l'ami de Nerval et de Flaubert, fut salué par Balzac, Hugo et Baudelaire comme leur égal. Il fut le dédicataire des Fleurs du mal, mais aussi du «Toast funèbre» de Mallarmé. Celui que, pour souligner la façon qu'il avait de se mettre en scène dans ses oeuvres, l'on nommait Fracasse ou Fortunio, compte parmi les plus grands. C'est lui le gilet rouge d'Hernani, c'est sa préface à Mademoiselle de Maupin qu'on donne pour le manifeste de l'art pour l'art. Romantisme, culte du beau et du plaisir («Il n'y a vraiment de beau que ce qui ne peut servir à rien») formulé dès 1834, humour, fantaisie, mais aussi poésie du fantastique : à en croire Baudelaire, il y a montré «le talent le plus sûr et le plus grave». Gautier d'ailleurs, en plus d'être un homme à femmes et un amateur de chats, était particulièrement superstitieux. Les contes et les nouvelles fantastiques ont jalonné sa carrière d'écrivain et de feuilletonniste, des années 1830 à la fin des années 1860. De son oeuvre immense (poésie, théâtre, livrets de ballets, critique littéraire, d'art et de musique, récits de voyage), les deux tomes de la présente édition donnent la partie romanesque, soit trente-neuf textes.

  • Le Capitaine Fracasse évoque souvent une lecture facile, pour enfants. On oublie que Théophile Gautier (1811-1872), l'ami de Nerval et de Flaubert, fut salué par Balzac, Hugo et Baudelaire comme leur égal. Il fut le dédicataire des Fleurs du mal, mais aussi du «Toast funèbre» de Mallarmé. Celui que, pour souligner la façon qu'il avait de se mettre en scène dans ses oeuvres, l'on nommait Fracasse ou Fortunio, compte parmi les plus grands. C'est lui le gilet rouge d'Hernani, c'est sa préface à Mademoiselle de Maupin qu'on donne pour le manifeste de l'art pour l'art. Romantisme, culte du beau et du plaisir («Il n'y a vraiment de beau que ce qui ne peut servir à rien») formulé dès 1834, humour, fantaisie, mais aussi poésie du fantastique : à en croire Baudelaire, il y a montré «le talent le plus sûr et le plus grave». Gautier d'ailleurs, en plus d'être un homme à femmes et un amateur de chats, était particulièrement superstitieux. Les contes et les nouvelles fantastiques ont jalonné sa carrière d'écrivain et de feuilletonniste, des années 1830 à la fin des années 1860. De son oeuvre immense (poésie, théâtre, livrets de ballets, critique littéraire, d'art et de musique, récits de voyage), les deux tomes de la présente édition donnent la partie romanesque, soit trente-neuf textes.

  • Le Capitaine Fracasse évoque souvent une lecture facile, pour enfants. On oublie que Théophile Gautier (1811-1872), l'ami de Nerval et de Flaubert, fut salué par Balzac, Hugo et Baudelaire comme leur égal. Il fut le dédicataire des Fleurs du mal, mais aussi du «Toast funèbre» de Mallarmé. Celui que, pour souligner la façon qu'il avait de se mettre en scène dans ses oeuvres, l'on nommait Fracasse ou Fortunio, compte parmi les plus grands. C'est lui le gilet rouge d'Hernani, c'est sa préface à Mademoiselle de Maupin qu'on donne pour le manifeste de l'art pour l'art. Romantisme, culte du beau et du plaisir («Il n'y a vraiment de beau que ce qui ne peut servir à rien») formulé dès 1834, humour, fantaisie, mais aussi poésie du fantastique : à en croire Baudelaire, il y a montré «le talent le plus sûr et le plus grave». Gautier d'ailleurs, en plus d'être un homme à femmes et un amateur de chats, était particulièrement superstitieux. Les contes et les nouvelles fantastiques ont jalonné sa carrière d'écrivain et de feuilletonniste, des années 1830 à la fin des années 1860. De son oeuvre immense (poésie, théâtre, livrets de ballets, critique littéraire, d'art et de musique, récits de voyage), les deux tomes de la présente édition donnent la partie romanesque, soit trente-neuf textes.

  • Ce troisième et dernier volume de la Correspondance de Balzac couvre une période de neuf ans (1842-1850). L'écrivain travaille toujours d'arrache-pied à La Comédie humaine. Il rédige les romans qui paraissent en feuilletons dans la presse (Illusions perdues, Splendeurs et misères des courtisanes), corrige les épreuves de l'édition Furne, négocie âprement avec éditeurs et libraires. Les lettres échangées avec ces derniers témoignent de la redoutable productivité d'un romancier aussi débordé qu'endetté.
    La vie imitant l'art (et inversement), tel Rubempré Balzac mène à présent grand train auprès de sa maîtresse, une comtesse devenue veuve, Éveline Hanska. Ensemble ils parcourent l'Europe. Honoré n'en oublie pas pour autant sa famille - il écrit régulièrement à sa mère, à sa soeur et à ses nièces -, ses amis ni ses admirateurs. À la mort de Stendhal, il se souvient de l'auteur de la Chartreuse, qui «écrivait comme les oiseaux chantent». Entre deux séjours chez Mme Hanska, en Ukraine, il multiplie les projets au théâtre, où il envisage de transposer plusieurs de ses succès de librairie. Apprenant le décès de Chateaubriand, il soumet de nouveau sa candidature à l'Académie française ; il n'y obtient que quatre voix, dont celles de Hugo et de Lamartine. Enfin, le mariage avec Mme Hanska est célébré. Le 17 mars 1850, il laisse éclater son bonheur dans une lettre à Zulma Carraud : «Vous ne pouvez apprendre que de moi le dénouement heureux de ce grand et beau drame de coeur qui dure depuis 16 ans. [...] Cette union est, je crois, la récompense que Dieu me tenait en réserve pour tant d'adversités, d'années de travail, de difficultés subies et surmontées».
    Sa santé continue à se dégrader. Il s'éteint cinq mois à peine après ses noces. Ses dernières lettres avaient été dictées à celle qui était devenue Mme Ève de Balzac. En juin 1850, s'excusant auprès de Théophile Gautier, qui souhaitait lui faire ses adieux, de ne pouvoir le recevoir, il ajoute d'une main hésitante, sous le texte tracé par sa «secrétaire» : «Je ne puis ni lire, ni écrire.» Il meurt le 18 août, à cinquante et un ans.

    Édition de Roger Pierrot et Hervé Yon.

  • Entrer dans la province de La Comédie humaine, c'est accepter de sillonner un territoire déconcertant, au temps ralenti et aux passions concentrées.

    À côté des vieux notaires, des aristocrates mélancoliques ou des femmes cloîtrées, à côté de l'ennui et des commérages, il faut s'attendre à être surpris par les tragédies les plus sombres, comme celle d'un emmuré vivant à Vendôme (La Grande Bretèche, dans Autre Etude de femme) ou la mort tragique du fils Minoret, dans Ursule Mirouët. Quant au père d'Eugénie Grandet, c'est une sorte d'ogre. Il dévore tout, les autres, la terre et l'argent des autres.

    Eugénie, elle, est riche et charitable, mais enfermée dans sa tristesse, à l'image de sa maison froide et sombre.

  • Deux enfants du siècle, imbus d'idéal, de poésie et d'illusions, sont confrontés à la rude épreuve du réel : l'un, Lucien, part à la conquête de la capitale, où ses ambitions d'écrivain et ses rêves de noblesse se heurtent au royaume de l'hypocrisie ; l'autre, David, reste en province pour poursuivre ses inventions, au milieu d'intrigues ourdies contre lui. Avec illusions perdues, " oeuvre capitale de l'oeuvre ", Balzac définit le rôle de la littérature devant le nouveau pouvoir médiatique, nous livrant une réflexion, universelle et de grande actualité, sur la condition tragique de l'homme emprisonné dans un monde social inéluctablement matérialiste.

  • Rien de commun, a priori, entre les deux scènes réunies ici : d'un côté, Le Curé de village, un roman de l'altruisme, du dévouement et de la cause publique, presque une " scène de la vie politique " ; de l'autre, Le Lys dans la vallée, une " scène de la vie privée " la plus intime qui soit, récit de l'égoïsme et de l'amour / passion entre deux amants malheureux.

    Rien de commun, et pourtant... Ces romans sont avant tout deux inoubliables portraits de femmes une criminelle et une sainte, deux ambiguïtés, deux morales libres, non dogmatiques, qui s'inversent et qui figurent la révélation d'une identité, d'une liberté. Balzac, romancier des femmes ? Cela a été dit et redit, par ses contemporains, par la postérité, par lui même, qui en a joué pour s'assurer un public fidèle.

    Balzac, romancier, non pas des femmes, mais de la femme, est allé plus loin que sa consoeur George Sand, par exemple, parce qu'il a cultivé le risque des incertitudes, de la déstabilisation, des renversements, des retournements en tout genre.

  • Le 13 février 1836, une inconnue écrit à Balzac ; elle voudrait savoir s'il correspond à l'idée qu'elle s'est faite de lui en le lisant, se dit incapable de séparer l'homme de l'auteur et éprouve le désir «senti et réfléchi» d'une rencontre : «trouvez-vous lundi à une heure au foyer de l'Opéra et abordez-moi ; je serai noire de la tête aux pieds, et des noeuds roses au bas des manches.» Balzac s'est-il rendu à l'invitation? On l'ignore, l'affaire n'a pas laissé de traces. Mais toute sa correspondance répond à la dame en noir : l'homme et l'auteur, inséparables, s'y livrent à coeur ouvert.
    Ces années, de 1836 à 1841, sont marquées par l'achèvement des Études de moeurs et des Études philosophiques, et par l'écriture et la publication d'oeuvres de premier plan, Le Lys dans la vallée, César Birotteau, Illusions perdues, Béatrix... Le travail est plus intense que jamais, «je suis dans mon cabinet, comme un navire échoué dans les glaces». Au printemps de 1839, le plan de La Comédie humaine est établi : ce qui a toujours paru gravé dans le marbre, le voici à l'état naissant. Et il y a d'autres fronts, que Balzac ne déserte jamais : les salons, la presse, le théâtre (avec Vautrin, interdit au lendemain de la première) - et toujours des imprimeurs rétifs, des fournisseurs impatients, des huissiers intraitables et des créanciers revêches (au nombre desquels figure la mère d'Honoré). il y a les dames, enfin, une Louise notamment, dont on ne sait rien, mais à travers qui on touche aux secrets les plus intimes de Balzac. «Ma vie est décidément trop pesante pour être jamais épousée par un coeur où il y a quelque sensibilité. N'ayez pas d'amitié pour moi, j'en veux trop.»

  • La pensée, la passion et le désir tuent l'homme : telle est la thèse qui préside aux Etudes philosophiques, de Balzac, et qui marque la destinée tragique de héros romanesques épuisant leurs forces vitales tel Raphaël de Valentin dans La Peau de chagrin ou d'artistes aux prises avec les dilemmes de la création, comme Frenhofer dans Le Chef d'oeuvre inconnu.

    La peau de chagrin, objet magique permettant d'exaucer tous les voeux de celui qui la possède, mais qui rétrécit inéluctablement, écourtant sa vie, devient alors le symbole d'une condition humaine désespérée, dans laquelle il semble impossible de se soustraire aux tentations et au désir.

  • La Cousine Bette et Le Cousin Pons sont les deux derniers romans menés par Balzac jusqu'à leur terme.

    Deux romans-feuilletons où s'enchaînent et se dédiai-les passions les plus dévastatrices, exacerbées comme s. Où triomphe la scélératesse. L'appât du gain y règne, le acharné y consume les êtres. Témoins de cette voracité : et sa collection, victimes d'une société cynique et cupide; et sa jalousie, précipitant la famille Hulot dans les affres du déshonneur. Voici donc Les Parents pauvres de La Comédie humaine, outrageusement réalistes: deux hommages rendus à la puissance du dispensés avec verve et ardeur - se révélant, jusque dans nitraté, d'une verdeur saisissante.

  • Ce premier volume de la Correspondance de Balzac - qui en comptera trois - couvre la période 1809-1835. Le jeune écrivain se cherche, plein d'espoirs lucides, renonce un moment à la littérature pour l'imprimerie, fait une faillite retentissante et se remet aussitôt à écrire pour rembourser ses dettes. Dès lors, Balzac, « hébété de travail », se décrit lui-même comme « une espèce de mécanique à littérature ». Cela ne l'empêche pas de fréquenter les salons les plus en vue, d'envisager une carrière politique et de courtiser quelques duchesses. Peu à peu le personnel complet de sa fresque se profile, et les nombreuses admiratrices qui lui écrivent ne seront pas sans donner quelques accents à telle ou telle de ses héroïnes...
    Cette édition, enrichie de nombreuses lettres nouvelles, synthétise le dernier état des recherches balzaciennes.

  • Honore De Balzac a voulu peindre Paris, "le grand monstre moderne, sous toutes ses faces".

    Chaque épisode de l'Histoire des Treize nous offre un saisissant tableau parisien, un drame pantelant et une histoire exceptionnelle cachée au coeur de la capitale qui devient l'espace du roman. A l'association secrète des Treize, treize hommes intrépides et sans croyances qui entendent exercer leur pouvoir sur la société, répond, dans L'Envers de l'histoire contemporaine, une mystérieuse Congrégation de la bienfaisance animée par des victimes de la Révolution et de l'Empire.

    "Les Scènes de la vie parisienne, nous dit Balzac, offrent le tableau des goûts, des vices et de toutes les choses effrénées qu'excitent les moeurs particulières aux capitales où se rencontrent à talais l'extrême bien et l'extrême mal."

  • Comment, lorsqu'on est une jeune fille de province belle et cultivée, déjouer la surveillance de ses parents et de ses proches pour rencontrer l'amour? C'est la question que se pose l'espiègle Modeste Mignon, dans l'un des romans balzaciens les plus parfaits, selon le mot de Gide.

    Mais ce roman est aussi l'occasion pour Balzac, puisque le poète que notre héroïne croit aimer s'avère être un monstre de vanité, de mettre au jour la face cachée des grands hommes et de régler ses comptes avec le monde des poètes, qui ne l'a jamais adopté. Ce roman cinglant et ironique est complété par un autre, Albert Savarus, histoire de manipulation en province sur fond de campagne électorale, où la verve satirique de Balzac fait mouche, et par deux nouvelles: La Vendetta, tragique récit où l'intransigeance d'un père ruine le bonheur conjugal d'un jeune couple, et Une double famille, récit pathétique et cocasse d'un avocat partagé entre sa femme et sa maîtresse.

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