La Difference

  • « Le premier tome, synthétique, analyse la modernité de Welles et s'achève avant qu'il ne débute au cinéma[...].
    Ishaghpour y montre comment le cinéma a été le terrain sur lequel les grands enjeux et les révolutions de l'histoire de l'art se sont manifestés, en accéléré.
    Mais aussi, par son approche érudite de l'histoire, de la politique et de la société, de la philosophie et du cinéma, Ishaghpour identifie la constellation gravitant autour de chaque film, et souligne chez Welles son historicité, non seulement par rapport à l'Histoire mais aussi par rapport au cinéma. Le second tome est consacré aux «films de la période américaine» du cinéaste, d'abord accueilli par Hollywood et ses producteurs, puis désavoué pour cela même qui faisait la grandeur shakespearienne de ses films - la liberté de son exercice créateur. Enfin, le troisième tome aborde «les films de la période nomade», dans lesquels Welles, conscient de l'identité du cinéma comme oeuvre et marchandise à la fois, radicalise son propos sur le faux de l'image. Ishaghpour définit la modernité d'Orson Welles à partir de l'idée que celui- ci fut le «premier réalisateur qui soit arrivé à l'image en partant de la parole». Le parlant, et le son en général, sont en effet le noyau sur lequel s'est construit le cinéma de Welles qui, en dissociant mots et choses, réalité de l'image et image de la réalité (maintenues jusqu'alors dans une unité illusoire par le cinéma classique) a rendu la «caméra visible», introduisant la réflexivité et la modernité au cinéma. »

  • À partir d'un lot d'archives espagnoles baptisées « Archive Holland », nom de son premier propriétaire, intégralement traduite et publiée dans ce volume, Rodrigo de Zayas nous relate avec précision l'histoire des Morisques, ces musulmans espagnols convertis de force après la Reconquête et finalement expulsés de leur pays en 1609. Ce qui s'est passé entre 1609 et 1612 est généralement escamoté ou déformé dans les livres d'Histoire car il s'agit d'une de ses pages les plus sombres : la déportation massive d'un peuple. Avec l'aide des armées, selon sa foi catholique, c'est à cela que se prête Philippe III, roi d'Espagne, le 4 août 1609, à Ségovie, dans l'église Sainte Croix de l'ordre des Prêcheurs.

    Nouvelle édition revue et augmentée.

  • Qu'est-ce qu'un roman ? Qu'est-ce qu'écrire ? Dans l'entretien passionnant que Mireille Calle-Gruber fait avec Claude Simon en 1992-1993, la question que se pose tout écrivain reste sans réponse précise car, bien entendu, c'est l'oeuvre, la réponse. " Qu'est-ce qu'écrire pour moi ?, demande Claude Simon. Je pourrais vous répondre : avant tout, satisfaire l'envie d'écrire. Ou mieux, satisfaire le besoin que tout homme a d'un "faire" (et si, pourquoi, parmi tous les "faire", l'écriture, je dirai, comme Beckett : "Bon qu'à ça !"...). Mais aussi, comme vous le dites très bien, "le réancrage inlassable du vécu". Toutefois, je ne dirais pas la "création". Ce dernier mot postule en effet : ex nihilo. Or, non seulement nous sommes les héritiers de tous les écrivains qui nous ont précédés, mais encore tout écrivain, loin de partir ex nihilo, use de ce "matériau" (mais peut-on ici employer ce mot ?) qu'est la langue, cette langue qui, comme on l'a très justement dit, "parle déjà avant nous". " Mireille Calle-Gruber, professeur à l'Université Paris III-Sorbonne nouvelle, a dirigé la publication des oeuvres complètes de Michel Butor à La Différence. Elle est l'auteur d'ouvrages de ?ction - Arabesque (Actes Sud), La Division de l'intérieur, (L'Hexagone, Montréal), Midis. Scène aux bords de l'oubli (Éd. Trois, Québec),Tombeau d'Akhnaton (La Différence, 2006) et Consolation (La Différence, 2010) - et d'essais dont Jacques Derrida, la distance généreuse (La Différence, 2009).

  • Rúben Dario, Octavio Paz, Miguel Angel Ásturias, Luis Cardoza y Aragón, Alexandro Carpentier, Ernesto Sábato, Jorge Luis Borges, Gabriel García Márquez, Julio Cortázar, Julio Ramón Ribeyro, Severo Sarduy, Manuel Puig, Juan Vallejo, Juan Gelman, Juan Carlos Onetti, Roberto Bolaño, Cesar Moro, Cesar Vallejo, Eduardo Galeano, Pablo Neruda, Gonzalo Rojas, Guillermo Cabrera Infante, D.H. Lawrence, Stefan Zweig, Georges Bernanos, Antonin Artaud, Malcolm Lowry, Wiltold Gombrowicz, Roger Caillois, Henri Michaux...

    Des deux côtés de l'Atlantique, écrivains européens et sud-américains se nourrissent de la culture de l'autre continent. Depuis la fin du XIXe siècle et pendant tout le XXe siècle, les échanges sont constants et des oeuvres majeures vont naître de cet enrichissement réciproque. Philippe Ollé-Laprune, établi depuis une vingtaine d'années au Mexique, nous raconte dans cet essai passionnant, l'exil de certains, l'appel d'un possible recommencement pour les autres.
    Voyages et écriture sont étroitement liés, fécondent les imaginaires, engendrent une richesse des deux bords de l'océan.

  • Jacques Henri Lartigue eut une existence passionnante pour trois raisons qu'il résumait lui-même le plus simplement du monde : " Je peins, j'écris, je fais des photos.
    " Dès 1900, il tient son journal qui parcourt tout le siècle, dessine pour capter ce qu'il voit - dans une multitude de registres : croquis sur le vif, pochades, dessins techniques ou de mode, caricatures -, mais aussi pour doubler la prise de vue photographique au cas où celle-ci serait ratée. Dilettante entêté, assoiffé de bonheur, doté d'un incurable optimisme, Lartigue a pour unique but de faire de la vie le sujet de son art.
    S'il est célèbre en tant que photographe, il se considère avant tout comme peintre. Il mène de front jusqu'à sa mort, en 1986, ces trois disciplines - dessin, peinture et photographie - qui sont analysées ici pour la première fois. L'essai enlevé et brillant de Patrick Roegiers saisit dans l'ensemble de ses pratiques Jacques Henri Lartigue, à qui le Centre Georges Pompidou consacre, en cette année 2003, une grande rétrospective.

  • Penser ne pas voir runit les principaux textes consacrs par Jacques Derrida la question des arts depuis la parution, en 1978, de La Vrit en peinture. travers ces interventions de facture diverse (tudes, confrences, entretiens) s'chelonnant sur vingt-cinq ans et portant autant sur le dessin et la peinture, la photographie, ...

  • Pourquoi croit-on en l'image photographique ? s'interroge l'auteur dans cet essai stimulant. Quel est son rapport avec la réalité ? Pourquoi l'exhibe-t-on comme la preuve qu'un événement s'est réellement produit alors qu'elle résulte d'une multiplicité de procédés techniques sans cesse actualisés. Parce qu'elle relève de l'empreinte, telle que la tradition chrétienne nous l'a transmise par le Saint-Suaire ou le voile de Véronique et qu'à la différence des autres représentations iconiques, elle n'offre pas seulement un simulacre du réel, elle en propose la preuve.
    « La photographie, explique l'auteur, nous propose une transposition des pratiques religieuses dans la vie quotidienne du monde contemporain. »

  • Comment se démarquer de la littérature du colonisateur tout en utilisant sa langue ? quel rôle remplissent la littérature et l'écrivain dans un pays qui, longtemps, a étouffé la diffusion d'informations ? du mexique des conquistadors au mexique contemporain, philippe ollé-laprune retrace l'histoire d'une littérature qui essaye de se dégager de l'emprise du pouvoir, tant hier, lorsque seuls prêtres, soldats et clercs avaient accès à l'écriture, qu'aujourd'hui, oú les auteurs sont saturés de bourses, de commandes, d'invitations mais pénalisés par un réseau de diffusion du livre des plus réduits.

  • Le Saint idiot du philosophe polonais Cezary Wodzinski est un des rares essais sur le personnage du « Fol en Christ » de la tradition byzantine et russe.
    Cette figure familière des lecteurs de Dostoïevski et des auditeurs du Boris Godounov de Moussorgski où elle vient porter la malédiction à l'usurpateur du pouvoir par un chant en contrepoint, a une spécificité peu connue en France. Le « saint idiot » ou le « yourodivy » est héritier des prophètes de l'Ancien Testament et de la lettre aux Corinthiens de Paul. Le livre est composé de 7 chapitres précédés d'une lettre, réponse imaginaire de Dostoïevski à un destinataire inconnu dont la missive n'a pas été conservée, sans doute un homme de lettres débutant qui se proposait d'écrire une étude ou un roman sur le sujet.
    Le propos de Wodzinski est donc de faire l'histoire documentée du type russe du fol en Christ.

  • Aprs un sjour New York o triomphe l'expressionnisme abstrait, Jean Clair regagne Paris o le climat intellectuel depuis mai 68 est propice s'ouvrir l'avant-garde . Temps des premires installations , des premiers concepts et des premiers happenings ... Jean Clair est de ceux qui crivent, avant les autres, ...

  • Roger Federer, joueur de tennis au palmarès unique, réunit tous les attributs actuels de la célébrité sportive mondialisée.
    Pourtant sa façon de jouer, son style, sa présence, emmènent le tennis dans une autre direction que celle tracée par les impératifs techniques, économiques et médiatiques. Son jeu révèle une échappée. Il rend aussi sensible un fait plus général : plus le sport est montré, moins il est célébré. Poètes et narrateurs, nécessaires à sa gloire, sont réduits au silence.
    C'est à la présence poétique, admirable de Federer que cet essai est consacré.

  • Visconti et Rossellini ont été les deux grandes révélations cinématographiques de l'après-guerre en Europe.
    La déflagration mondiale avait brisé l'unité du spectacle et du réalisme coexistant chez Renoir et dans le cinéma classique. Sous le vocable de " réalisme ", il y eut deux chemins différents : l'acte de filmer, la pureté du cinéma pour Rossellini, et son impureté foncière pour Visconti, le cinéma comme synthèse des arts - peinture, musique, littérature, théâtre, opéra. Les arts traditionnels, tout ce que le cinéma et l'univers industriel avaient détruit, Visconti espérait les faire revivre grâce au cinéma : l'espérance d'une unité de l'ancien et du nouveau, le désir de voir se réactualiser, grâce au peuple, la tradition culturelle humaniste des maîtres d'autrefois - dans le sens historique et esthétique du terme.
    " L'Italie qui demeure dans l'Italie qui change. " L'histoire réelle, la modernisation rapide de l'Italie, a transformé cette espérance en une volonté de réconciliation qui se brise une dialectique du progressisme et de la décadence. Le cinéma de Visconti est devenu la mémoire d'un certain passé perdu de l'Europe : un moyen d'évocation, d'adieu, de long regard sur ce qui est invoqué une dernière fois mais comme pour venir mourir.
    Un cinéma de temporalité, de remémoration où le sentiment de fin du monde - comme d'une famille qui se déchire, ou de l'individualité qui se détruit pour retrouver sa vérité - est vécu dans le désir et la passion. Cet essai relie l'analyse thématique, celle des matériaux et des formes, à la dimension esthético-philosophique et historique. Il propose une synthèse interprétative de ce que Luchino Visconti appelait son " oeuvre personnelle ".

  • «Comme Michel Foucault l'a montré, la folie n'est pas un fait de nature, elle ne se déclare pas comme un rhumatisme ou une infection ; c'est un phénomène de culture : elle varie dans sa définition même et dans son extension selon le contexte social, politique, idéologique, familial, etc. Elle relève donc moins de la médecine que de l'histoire, de l'ethnologie ou de l'anthropologie.» Nouvelle édition, revue et augmentée d'une préface inédite de l'auteur.

     

  • En décrivant la société contemporaine, Balzac transforme la vision que le jeune Français en a; il lui révèle l'étendue de la maladie dont elle est atteinte.
    Dans les Etudes philosophiques, il essaie d'aller plus loin, de donner des figures très fortes qui montrent, et fassent comprendre, les causes de cette maladie. Balzac considère qu'il a lui-même du génie et qu'il réussit cependant, malgré toutes les difficultés, à agir sur son époque. Il parvient à composer son oeuvre et à la publier. Mais un génie supérieur risquerait d'avoir des difficultés tellement grandes qu'il ne pourrait même pas publier ses oeuvres, voire " à la limite " les écrire.
    Cet ensemble de récits qui poussent " à la limite " un certain nombre d'expériences fondamentales pour en faire des mythes, sont des fictions au second degré qui constituent la réflexion de Balzac sur sa propre oeuvre.

  • Originaire des quartiers populaires de Lisbonne, le Fado, qui signifie « destin », est un chant mélancolique accompagné d'une ou plusieurs guitares qui expriment la tristesse de l'âme portugaise, la saudade. Internationalisé par la grande chanteuse portugaise Amália Rodrigues qui popularisa ainsi les textes de poètes célèbres, comme Luís Vaz de Camões, José Régio, Pedro Homem de Mello, Alexandre O'Neill, David Mourão-Ferreira, il a acquis au Portugal le statut de chant national, avec des spécificités locales - le Fado de Lisbonne, le Fado de Coimbra. Il est inscrit, depuis novembre 2011, au Patrimoine immatériel de l'Humanité par l'UNESCO.
    Cette histoire du Fado, véritable bible, très illustrée, aborde les aspects tant musicologiques, historiques que sociologiques de ce genre musical tout en constituant un véritable corpus des thèmes et des poèmes qui y sont chantés. Très populaire en France depuis que Amália Rodrigues se produisit à l'Olympia dans les années 50, il est aujourd'hui porté par de jeunes chanteuses telles Mísia, Mariza ou Cristina Branco, parmi beaucoup d'autres, qui renouvellent le genre.

  • Improvisations sur Michel Butor constitue la plus intelligente introduction à l'oeuvre de Butor. À l'invitation des professeurs de l'Université de Genève qui lui demandent, en 1990-91, pour sa dernière année de cours avant la retraite, de clore le cycle des Improvisations (Flaubert, Balzac, Rimbaud ) en traitant des problèmes rencontrés par les écrivains français depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale en prenant pour exemple son propre parcours, Michel Butor y dévoile la naissance et le cheminement de son oeuvre.
    Il révèle ce qui a sous-tendu chacun de ses livres et quels en furent les soubassements. Écrits avec une grande simplicité, les textes qui composent ce volume sont passionnants et permettent de mesurer l'envergure du champ intellectuel qu'ils traversent. Véritable essai sur la littérature et sur Butor-écrivain, ces Improvisations sur Michel Butor permettent de le découvrir, lui qui se nomme, non sans humour, « L'illustre inconnu ».
    Improvisations sur Michel Butor s'inscrit dans une série de six volumes consacrés à une forme inédite de critique littéraire mettant en avant la liberté d'interprétation de la lecture. Liberté d'autant plus remarquable que les oeuvres étudiées sont notoires : Flaubert, Rimbaud, Balzac. Et Butor lui-même en « autre ». Tous ces livres ont la particularité d'être issus de cours dispensés à l'Université de Genève, enregistrés, transcrits puis entièrement réécrits.

  • " C'est Apollon que l'on consulte, que l'on prie, que l'on essaie parfois de berner...
    Voyageurs, tyrans, stratèges, cités font le pèlerinage de Delphes, ou délèguent des envoyés. La voix du dieu parle par la bouche de la Pythie. Les sentences, presque toujours sans appel, combinent l'inexplicable connaissance et la prédiction obscure, le calcul politique peut-être, et l'énigme, avec une étrange inspiration lyrique. Nous sommes comme à la naissance de la parole, de la révélation du verbe.
    Une grande part de la poésie grecque sera profondément marquée par ce style oraculaire. Jean-Paul Savignac a enrichi l'anthologie des oracles delphiques qu'il avait établie pour la collection " Orphée " en 1988 et en a approfondi l'analyse. Les textes traduits du grec s'échelonnent du VIIIe siècle avant J.-C. au IVe de notre ère. " (CLAUDE MICHEL CLUNY)

  • Cet essai, publié en arabe en 1992, se présente sous la forme d'un dialogue imaginaire et théorique entre les soufis et les surréalistes. Ce sont des paroles, des vers, des manières d'écrire, des pensées qui se font écho pour décrire une expérience de l'absolu ou de l'absence. Selon Adonis, « le soufisme et le surréalisme nous permettent de lire sous un nouveau jour, le couple absence/présence : absence de l'homme, présence de la machine, absence du coeur, présence de la raison, absence de la nature, présence de l'industrie ». Au fil des thèmes abordés, Adonis pose les fondements d'une véritable réflexion comparatiste et poétique sur les liens qui unissent la littérature et le sacré. Que révèlent les écritures soufies et surréalistes ? Comment les lire pour dépasser les contradictions d'un monde de plus en plus déroutant et inintelligible ? En quoi ces écritures poétiques témoignent-elles d'une possible souveraineté et liberté de l'individu ? Cet essai est aussi une manière de célébrer la poésie comme un acte de création qui « libère l'homme de son exil ou de son absence dans cette réalité ». C'est en ce sens qu'Adonis cite Lautréamont : « La poésie sera faite par tous. »

  • Les mythes traduisent les inquiétudes et les besoins latents d'une époque et donnent ainsi accès à sa compréhension globale et profonde.
    Cet essai montre que toute civilisation, à chaque étape de son développement, élit un mythe dominant qui réagit au modèle culturel en vigueur. Les mythes de Don Juan et de Prométhée incarnèrent l'imaginaire des XVIIe, XVIIIe puis XIXe siècles ; aujourd'hui le mythe du Golem - connu sous le nom de robot depuis 1920 - culmine dans la science-fiction occidentale, livres, films et jeux mêlés. Un homme fait une créature intelligente, la craint et cherche à la détruire quand elle se rebelle : ce récit connaît d'innombrables versions comme si notre temps, fasciné, y scrutait sa signification cachée. Le mythe du Golem-robot révèle une angoisse profonde concernant la nature et les fins de l'homme. Il représente une allégorie de la relation qu'entretient l'Occident avec les machines dites intelligentes.

empty