Puf

  • Réunit deux essais, écrits à l'occasion de l'exposition Face à l'histoire au Centre Pompidou en 1996, sur l'image cinématographique et picturale, leur pouvoir de représentation et leur rapport à l'histoire.

  • En octobre-novembre 1964, Jean-François Lyotard, alors professeur au Prytanée national militaire de La Flèche, donnait quatre conférences aux étudiants de Propédeutique en Sorbonne. Ces conférences, rassemblées sous le titre Pourquoi philosopher ?, se voulaient une introduction exigeante à l'acte même de philosopher - un acte qui, pour Lyotard, impliquait bien plus qu'un simple goût pour la pensée. Avec la philosophie, il y allait du désir qui fait des êtres humains ce qu'ils sont : « Pourquoi philosopher ? », écrivait-il, revient à demander « Pourquoi désirer ? » - c'est-à-dire : comment nous débrouiller avec ce qui nous manquera toujours ?
    D'une rare limpidité pédagogique, en même temps que d'une rare profondeur philosophique, ces conférences témoignent aussi de l'évolution de Lyotard lui-même, s'éloignant toujours plus de la phénoménologie pour inaugurer la pensée radicalement nouvelle qui le mènera à devenir, avec Derrida, Deleuze et Foucault, une des figures majeures de la French Theory. Jamais publiées en français de son vivant (quoi qu'il en listât toujours la traduction espagnole dans ses publications), les Presses universitaires de France sont fières de pouvoir aujourd'hui les présenter au public, accompagnées d'une belle préface de sa fille Corinne Enaudeau.

  • Le design est l'art d'enchanter l'existence quotidienne par les formes. Mais cet enchantement n'a rien de magique, ni même d'artistique : il est l'effet concret d'un certain nombre d'opérations techniques spécifiques au projet poursuivi par chaque designer. Car le designer est un projeteur. Et parce qu'il est un projeteur, l'effet qu'il cherche à produire ne se limite pas à concevoir des objets. Il implique aussi une vision complète du monde, incluant jusqu'au rêve de son futur. De ce rêve, chaque création d'un designer est la réalisation anticipée. Il ne reste plus au monde qu'à suivre. Ou pas ? Stéphane Vial est philosophe et enseigne à l'École Boulle. Directeur de création interactive (www.lektum.com), il tient également un blog sur www.reduplikation.net. On lui doit un premier essai remarqué, Kierkegaard, écrire ou mourir (PUF, 2007).

  • Considéré par Cyril De Graeve (qui l'a mis en couverture de Chronicart) comme
    une des « pop-stars méconnues » de notre temps, par Philippe Nassif (qui l'a
    encensé dans les pages de Technikart) comme « notre Greil Marcus », ou par
    Philippe Manoeuvre (qui a édité son dernier livre, Cabala - Led Zeppelin
    occulte, chez Hoëbecke) comme un véritable prophète du rock, Pacôme Thiellement
    est peut-être notre pop-critique le plus important, auteur d'une oeuvre
    inclassable, à mi-chemin de la philosophie, des cultures populaires (musique,
    cinéma, bande dessinée) et de la littérature. Après s'être intéressé à Paul
    McCartney, Frank Zappa, le Président Schreber, Mattt Konture, Gérard de Nerval
    et Led Zeppelin, il a aujourd'hui jeté son dévolu sur celui que beaucoup
    /> considèrent comme l'un des plus grands cinéastes contemporains : David Lynch.
    Dans La main gauche de David Lynch, il offre une lecture décapante, au style
    éblouissant et à l'érudition vertigineuse, d'une des oeuvres-clé du cinéma (la
    série et le film Twin Peaks), tout en en tirant d'étonnants philosophèmes
    relatifs au médium télévisé, dont Twin Peaks était à la fois une méditation et
    un produit. Et si Twin Peaks représentait un moment-charnière dans l'histoire,
    non seulement des séries télévisées, mais de la télévision en général ? Et si
    Twin Peaks marquait le moment où la télévision atteignait enfin sa fin secrète,
    capitaliste et gnostique, et en l'atteignant, signait sa fin tout court, c'est-
    à-dire son autodestruction ? Telle est l'hypothèse que soutient Pacôme
    Thiellement, s'adjoignant au passage l'aide inattendue de musiciens de jazz, de
    mystiques iraniens, d'actrices disparues, d'amateurs d'occultisme - et de
    Walter Benjamin. Une seule chose est sûre : après avoir lu ce livre, il ne sera
    plus possible de regarder la télévision comme avant. Pacôme Thiellement est
    essayiste, cinéaste et critique. Collaborateur régulier de nombreux magazines,
    il est l'auteur de cinq essais remarqués, dont, dernièrement, L'homme
    électrique. Nerval et la vie (MF, 2009) et Cabala. Led Zeppelin occulte
    (Hoëbecke, 2009).

  • Chloé Delaume, l'une des plus importantes romancières de la jeune génération,
    décide de prendre le taureau par les cornes. Les débats sur l'autofiction n'ont
    cessé de réduire cette pratique à celle d'une forme littéraire de narcissisme.
    Il est vrai que nombreux sont les praticiens avérés de l'autofiction à s'y
    complaire. Pourtant, il suffit de considérer à nouveau l'histoire de la
    littérature pour constater que celle-ci se confond avec l'autofiction : de
    Madeleine de Scudéry à Boris Vian, de Jean-Jacques Rousseau à Jean-Jacques
    Schuhl, d'Arthur Rimbaud à Pierre Guyotat, la littérature a toujours été
    invention de soi. Que ce Soi n'ait rien à voir avec la personne même de
    l'auteur est ce qui rend l'autofiction si paradoxale, et si ironique. Loin de
    n'être que le miroir d'egos minuscules, l'autofiction  - ou plutôt, comme
    préfère le dire Chloé Delaume, l'« autoréalisme », ou encore la
    "psychofiction"  - est une manière de refuser les cloisonnements que la
    critique, l'Université ou un certain bon goût aiment à introduire entre auteur,
    narrateur, personnage et lecteur. En ce sens, l'autofiction représente d'abord
    la dimension politique de toute littérature : en elle se joue une nouvelle
    manière d'organiser ces cloisonnements  - manière subversive, dont aucun "Moi
    "ne sort indemne. Au cours de son enquête en direction des nouveaux « Moi »
    qu'invente l'autofiction, Chloé Delaume dialogue avec les plus grands auteurs,
    les plus grands critiques et les plus grands philosophes du moment : où l'on
    découvrira que nul ne peut se dire absout du péché autoréaliste. Chloé Delaume
    est écrivain et performeuse. Elle est l'auteur d'une quinzaine de romans,
    fictions, monologues, traduits dans plusieurs langues, parmi lesquels, Les
    mouflettes d'Atropos (Farrago/Léo Scheer, 2000 ; Folio, 2003), Le cri du
    sablier (Farrago/Léo Scheer, 2001 ; Folio, 2003 - prix Décembre), ou J'habite
    dans la télévision (Verticales, 2006 ; J'ai Lu, 2008)  - ainsi que, plus
    récemment, Dans ma maison sous terre (Seuil, 2009), ou Eden matin midi et soir
    (Joca Seria, 2009).

  • Le monde moderne croit qu'il bouge. Mais l'homme moderne, lui, ne bouge pas : il s'inscrit dans un temps paralysé par les dispositifs techniques, une actualité pure, qui déploie devant lui comme au supermarché des possibles pré-vécus qu'il n'a plus à vivre, des paroles pré-parlées qu'il n'a plus à dire, des images pré-vues qu'il n'a plus à voir. Comment se remettre de cette paralysie ? Comment réapprendre à voir, à parler - à vivre ? Tel est l'enjeu des temps qui viennent : ou bien nous parviendrons à répondre à ces questions, ou bien nous crèverons d'une mort qui, elle aussi, ne sera bientôt plus la nôtre.
    Cédric Lagandré est philosophe. Ancien collaborateur de la revue Mouvements, il est l'auteur de L'inspiration des Grecs (L'Harmattan, 2000), et de La société intégrale (Climats, 2009).

  • L'oeuvre de Walt Disney est une des plus grandes créations culturelles du XXe siècle. Serguei Eisenstein, dès 1940, l'avait reconnu. Mais, si cette grandeur est indéniable, il est permis de s'intéresser à ce qu'elle cache : les intentions politiques, voire psychiques, nourries par Disney en inventant - puis en défigurant - les personnages de Mickey, Donald ou Picsou. Dans son extraordinaire généalogie de l'oeuvre de Disney, qui doit autant à Erwin Panofsky qu'à Greil Marcus, le critique et historien d'art Pierre Pigot livre les résultats d'une enquête approfondie sur le côté obscur de la Disneylogie. Depuis la projection du premier épisode de Mickey Mouse, précédant la crise de 1929, jusqu'à la subversion de l'idéologie Disney, via les aventure d'un Picsou réinventé par Don Rosa à l'aube de l'an 2000, c'est ainsi toute une histoire des fantasmes et angoisses du siècle passé qu'il propose. Une histoire où se croisent, dans une danse d'une érudition affolante, outre les personnages de Disney, les fantômes d'Aby Warburg et de Walter Benjamin, de Paul Klee et des créateurs de South Park, de Buster Keaton et d'Adolf Hitler. Vous avez aimé La main gauche de David Lynch de Pacôme Thiellement ? Vous allez adorer L'assassinat de Mickey Mouse.

  • La tyrannie du Progrès, machine à engendrer des croyants puis des désespérés, a été maintes fois dénoncée comme une utopie néfaste (voire catastrophique), et c'est tant mieux. Mais dénoncer le Progrès ne doit pas nous entraîner vers une bien-pensance hypocrite qui nous verrait condamner a priori des progrès enregistrés dans tous les domaines techniques, quand l'homme des temps contemporains en jouit chaque jour. A partir d'une approche philosophique serrée (Francis Bacon, Henri Bergson, Gilbert Simondon...), l'auteur montre que le progrès est proprement vide de sens et qu'il ne tient qu'à l'humanité de le charger de valeur, c'est-à-dire à chaque individu de s'en constituer une conscience propre : tel est l'exigence avancée ici par l'auteur, qui l'illustre par la perception singulière qu'en ont restitué certains auteurs de fiction (Def?, Baudelaire, Rimbaud, Reverdy...).

  • Dans les années 1570, une série d'appels à des activités de recensement des personnes et des richesses se fait entendre. Si leur première finalité semble purement administrative - fiscale, militaire, statistique -, ils apparaissent immédiatement aussi comme porteurs d'un projet moral et d'une capacité à agir sur les moeurs collectives. Le censeur romain dénombrait, mais il était aussi celui qui pouvait agir sur les comportements les plus intimes, et ce, simplement parce qu'il faisait rougir, comme le disait Cicéron. Faire rougir chacun sans même devoir punir l'un ou l'autre, c'est précisément un tel contrôle constant et modulable que les défenseurs des pratiques de dénombrement mettent en avant, développant ainsi l'idéal d'une action normative en tout point distincte de celle de la loi, laquelle justement ne peut faire efficacement face aux problèmes des moeurs collectives. En dévoilant quelques-uns des éléments qui ont permis l'émergence de la statistique au seuil de la modernité, l'auteur propose une généalogie originale de certains principes et fantasmes à l'oeuvre au coeur des pratiques de gouvernement néolibérales - par exemple la transparence - et donne, en creux, un sens nouveau à la spécificité de la loi dans un champ normatif ainsi élargi.

  • Dès la publication de Le gris (P.O.L, 2007), Nicolas Bouyssi s'est affirmé comme l'un des plus singuliers romanciers de sa génération. Considéré par Raphaëlle Leiris (Les Inrockuptibles) comme un des rares " jeunes écrivains français à vraiment compter ", ou bien par Christine Ferniot (Télérama) comme l'écrivain du " combat contre le cliché et le faux-semblant social ", il n'a pas cessé, de roman en roman, de poursuivre un sourd travail de subversion des lieux communs chers à l'époque. Parmi ces lieux communs, ceux véhiculés par l'art contemporain - comme jeu social aussi bien que comme jeu avec la société - ne sont pas les moins importants : ils révèlent les désirs profonds dont l'époque se nourrit. Critique acerbe et ambigu de ceux-ci, l'oeuvre littéraire et artistique de Edouard Levé, suicidé le lendemain de la remise du manuscrit de son Suicide, offrait une voie pour éviter les pièges tendus à tous ceux qui, d'une manière naïve, prétendaient les ignorer. C'est cette voie, faisant d'un certain art de la distance son impératif catégorique, que, dans Esthétique du stéréotype, son premier essai, Nicolas Bouyssi tente de décrire, suivant le fil d'une méditation subtile, puissante et originale sur l'esthétique contemporaine du stéréotype - méditation évoquant aussi bien Witold Gombrowicz que Walter Benjamin, Gilles Deleuze que Pier Paolo Pasolini, Roland Barthes que David Foster Wallace. Avec un texte inédit d'Édouard Levé.
    Nicolas Bouyssi est écrivain. Auteur, chez P.O.L, de quatre romans remarqués (Le Gris, 2007 ; En plein vent, 2008 ; Compression, 2009 ; Les algues, 2010), il est aussi critique d'art pour la revue Particules.

  • Une réponse engagée, parfois virulente mais sincère, au "Manifeste pour une littérature-monde en français" publié en mars 2007 dans le cadre de la manifestation des Ecrivains voyageurs de Saint-Malo. L'auteur dénonce une certaine naïveté dans ce Manifeste, une vision sur la fin des idéologies qui serait propice à la littérature, une volonté de retour simpliste au monde réel, et il en entreprend donc courageusement la critique : que défend-il, quelle idéologie recouvre-t-il ? Il n'y a pas qu'une littérature issue du réel, mais des littératures issues de l'imaginaire des écrivains, le frisson du dehors pouvant être perçu de l'intérieur. Et si la littérature d'aujourd'hui était celle des voyages immobiles ? Dès lors que la réalité disparaît sous des strates de fictions, n'est-il pas plus juste d'écrire en archéologue, plutôt qu'en voyageur ?

  • Ni bréviaire théorique, ni manuel pratique, cet essai entend se tenir au carrefour des résistances de pensées et des pensées de la résistance, pariant pour la bifurcation et l'envol dans le jeu de la matière. À partir de la formule sous-jacente "un autre monde est possible", une typologie de la résistance est dégagée, laquelle vise moins à épuiser les registres possibles qu'à repérer les opérateurs mis en oeuvre. Trois postures théoriques et pratiques sont ainsi mises en lumière : une posture dialectique, une posture vitaliste et une posture axiomatique. Notion issue de la physique, initialement de la mécanique des corps où elle désigne une force s'opposant à une action, à un mouvement, la résistance se voit donc versée dans le champ de la logique des forces dans le schéma dialectique, dans le champ de l'intensité, de l'énergie avec le paradigme vitaliste, enfin dans le champ de l'axiome dans le cadre badiousien.
    Véronique BERGEN est philosophe et romancière, auteur de nombreux ouvrages, dont Ontologie de Gilles Deleuze en philosophie, et récemment Fleuve de cendres (roman, Denoël, 2008).

  • De sa création en 1971 à sa disparition à la fin des années 1980, la revue "Ornicar?" a été le laboratoire théorique le plus radical de l'histoire de la psychanalyse. Pendant longtemps, ses articles n'ont été accessibles qu'aux seuls spécialistes-. Avec la parution de Algorithmes de la psychanalyse, qui les rassemble pour la première fois, les Presses universitaires de France sont heureuses de réparer cette injustice.

  • L'invention de l'enregistrement, à la fin du XIXe siècle, a bouleversé tout ce que l'on savait de la musique. On s'est soudain aperçu que la musique n'avait en fait jamais été qu'un bruit parmi d'autres. La transduction et l'amplification, dont la combinaison permit l'invention de l'enregistrement, avaient conféré à la musique le statut de son transmissible et reproductible - au même titre que le chant des oiseaux ou les rumeurs de la ville. L'invention de l'enregistrement ouvrait ainsi la musique à un nouvel âge : l'âge des bruits. Mais la découverte que la musique était, et avait toujours été, un art du bruit avait représenté une libération davantage qu'une catastrophe. Puisque le bruit devenait l'horizon de la musique, il devenait aussi la matière même de toute composition et de toute création. C'est précisément à la compréhension de l'histoire de ce progressif investissement des mondes du bruit par la musique que convie, pour la première fois, le livre puissant de Bastien Gallet : une histoire allant des scandales futuristes à l'invention du sound system disco, du dodécaphonisme à Pink Floyd, et du jazz aux installations d'art sonore. Bruits de fond, ou : la première histoire philosophique du bruit.
    Bastien Gallet est philosophe, écrivain et éditeur. Il enseigne à l'École Nationale des Beaux-Arts de Lyon. Il est l'auteur, entre autres, du Boucher du prince Wen-houei. Enquête sur les musiques électroniques (MF, 2002) et La ville en oeuvres (Actes Sud, 2011). Il dirige les éditions MF.

  • Que savons-nous de Lacan ? Que savons-nous de Marx ? Que savons-nous de Kant ? Que savons-nous de la démocratie et du totalitarisme ? De la bureaucratie et de la servitude ? De la nécessité et de la contingence ? De la représentation et des images ? Du communisme et de la psychanalyse ? De la déconstruction et de la philosophie analytique ? Du Witz et du sérieux ? Que savons-nous qui n'en soit pas un cliché mille fois rebattu - ou une conviction trop confortable ? A travers une éblouissante lecture de Hegel, qui en bouleverse de part en part la compréhension, Slavoj Zizek dynamite tous les clichés et met à mal toutes les convictions pour proposer de nouvelles manières de répondre à ces questions.
    Nous avions fait de Hegel le penseur de l'abstraction et de la réaction, Zizek en fait celui du concret et de la révolution - la sienne, et celle à venir.

  • Nous vivons l'époque de la fin du monde.
    Mais cette fin ne signifie pas l'apocalypse. Elle signifie plutôt que nous avons commencé à accepter que notre univers soit en fait un plurivers, un monde de mondes. Mondes moléculaires et mondes stellaires, mondes des nanotechnologies et mondes virtuels, mondes urbains et mondes des Empires ressuscités : nous avons besoin d'une nouvelle cosmologie pour accueillir tous les bouleversements de l'époque.
    Une cosmologie à hauteur de l'ordre du pluriel, du divers et du feuilleté que ces ruptures imposent à nos existences - et à la vieille idée de monde unifié à laquelle nous continuons à nous accrocher pour les comprendre.

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