Littérature générale

  • Tout en prenant un malin plaisir à se déclarer réticent à ce genre d'exercice, Jean d'Ormesson déploie dans l'art épistolaire autant de brio et de virtuosité que de talents de stratège et de séducteur. Il laisse libre cours, dans cette version la moins « autorisée » de son autobiographie, à son franc-parler, sa malice, son goût de l'ironie et de la facétie.

    C'est tout l'arrière-plan de son parcours dans le siècle que l'on voit se dessiner au fil de ces échanges multiples, sous l'effet révélateur des relations qui ont le plus compté dans son existence. Le meilleur de sa correspondance, en dehors de ses grandes amitiés littéraires, gravite autour de quelques figures clés. De Raymond Aron ou Roger Caillois à Claude Lévi-Strauss, tous ont agi sur Jean d'Ormesson comme autant de maîtres et d'inspirateurs dans sa réflexion intellectuelle et philosophique et l'évolution de son oeuvre.

    « Les amitiés qui commencent par les livres sont peut-être les plus fortes », écrivait-il à José Cabanis. Cet ensemble de « messages portés par les nuages », selon la formule de Jean-Marie Rouart, en offre une vivante et savoureuse illustration. C'est le même amour fou de la littérature qui explique l'amitié paradoxale de Jean d'Ormesson avec des auteurs aussi distincts de lui que Michel Déon ou François Nourissier. À travers eux on découvre ici son autoportrait le plus inattendu.
    Jean-Luc Barré.

  • Une femme mûre de haute condition tente de délivrer un jeune homme de sa passion du jeu et accepte de se dégrader pour sa rédemption. Une histoire d'amour et de passion mais aussi une histoire de secret trop longtemps gardé et dévoilé comme une libération. Freud considérait cette nouvelle (1927) comme un chef-d'oeuvre et parlait du mariage réussi entre la qualité esthétique du texte, son " inquiétante étrangeté ", et la véracité psychologique.

  • Souvenez-vous. Les ferrets de la reine Anne d'Autriche, le duc de Buckingham, les perfidies de Richelieu, le siège de La Rochelle. Et, vingt ans après, l'autre cardinal, la Fronde, l'Angleterre de Cromwell, l'exécution de Charles 1er...
    Cette Histoire-là est inoubliable. Elle reste dans nos mémoires, revivifiée pour l'éternité par la présence des héros d'Alexandre Dumas, ces trois mousquetaires qui sont quatre - " tous pour un, un pour tous " -, par la magie de ces romans où vibrent, à l'infini, dans le fracas des chevauchées et des épées, la fougue de la jeunesse, le goût de l'aventure, la force de l'amitié, la nostalgie du temps qui passe, la mort qui rôde, aussi, portée par les vents contraires des grands événements.


    C'est le théâtre qui avait fait d'abord la gloire de Dumas. On découvrira ici La Jeunesse des mousquetaires qu'il adapta pour la scène en 1849.

  • La plus longue nouvelle de Zweig, splendide histoire de passion et de transgression.
    À l'occasion d'un hommage qui lui est rendu, un vieil universitaire s'aperçoit que, parmi tous les noms qui ont été cités et sont censés avoir marqué sa carrière, il manque le principal : le nom d'un professeur d'anglais qui, il y a bien des années, lui a donné le goût de la littérature. Pour réparer cet oubli, il écrit alors ses souvenirs et le désarroi qu'il a éprouvé face à cet homme mystérieux, imprévisible et passionné qui un jour lui avoue son amour. Un récit flamboyant et audacieux qui met à nu la complexité des désirs.

  • 1815. Accusé de bonapartisme, Edmond Dantès est emprisonné au château d'If, victime de deux rivaux, Fernand et Danglars, et de Villefort, un magistrat ambitieux. Grâce à l'amitié de l'abbé Faria, il s'évade et peut alors assouvir sa vengeance. Version abrégée avec dossier pédagogique.

  • Arthur Rimbaud a écrit toute son oeuvre, l'une des plus belles de notre langue, entre seize et vingt ans. Pour des générations de lecteurs, l'oeuvre et la vie forment un mythe : le jeune poète qui fugue et dort à la belle étoile ; le rejet de la contrainte morale et familiale ; la détestation de la province ; les poèmes envoyés par la poste dans des lettres insuffisamment affranchies ; la bohème ; le voleur de feu et le voleur de livres ; le voyage qui permet de transbahuter la vie ; l'amour fou pour Verlaine ; bientôt le « Départ » et le commerce du café, de la gomme, du musc au bord de la mer Rouge et les caravanes à soixante chameaux dans le désert.
    L'ouvrage de Jean-Jacques Lefrère s'est imposé comme la biographie de référence, la plus sûre et, de loin, la meilleure, parce qu'elle contient l'ensemble des informations disponibles, en tout cas les plus plausibles, et parce qu'elle dit même ce qu'on ne sait pas. En creux, on y lit aussi la meilleure biographie de Verlaine.
    Médecin lettré et scientifique positiviste, Jean-Jacques Lefrère réalise ici ce qu'il faut bien appeler une autopsie, une dissection de la vie de Rimbaud. Sa méthode : le culte du document et l'ampleur de la documentation. Son ambition : dire les faits. Son sentiment : la passion pour l'oeuvre. Si les biographies de Rimbaud sont nombreuses, celle-ci, qui n'a d'autre objectif que le « vrai », est unique.
    Dans une longue préface sur Rimbaud et son influence, il m'a semblé important d'expliquer pourquoi, longtemps après la mort du poète, nous sommes toujours « rimbaldiens ».
    Frédéric Martel ;

  • Amok

    Stefan Zweig

    Dans cette nouvelle publiée en 1922, il est question de la folie, de la mort, de la dégradation que subit l'être humain dans son esprit et dans sa chair lorsqu'il est emporté par ses passions. Le cadre du récit est celui d'une colonie néerlandaise des tropiques, un lieu moite, malsain et brutal. Le personnage principal, un médecin éconduit par une belle Européenne, se lance à sa recherche dans une course insensée, comme l'un de ces fous qui, en Malaisie, dévalent parfois subitement les rues, armés de leur kriss, et poignardent tous ceux qui se trouvent sur leur chemin.

  • Il y a du bonheur à voir rassemblés les livres que l'on a écrits tout au long de sa vie. Ce bonheur se double de la sensation d'un privilège quand il s'agit d'une collection prestigieuse et familière. Être en « Bouquins », c'est un concept. Une occasion de s'interroger, aussi. Est-ce que je suis vraiment en « Bouquins » ? Et est-ce que je suis vraiment en bouquins ? Même sans majuscule, le s est de rigueur, puisqu'il y aura en l'occurrence deux « Bouquins », celui-ci qui regroupe mes romans et textes intimes, et un second qui sera celui des textes courts. C'est l'occasion aussi de saluer la chance, qui m'aura permis de poursuivre aussi longtemps un chemin d'écriture, et de rencontrer des éditeurs et des lecteurs. Chance amusée de peser un peu lourd dans les mains, après tant de volumes si minces. Mais quoi, à défaut de se laisser aller à l'embonpoint, c'est bon de pouvoir peser cela, de pouvoir se dire oui, ma vie avait peut-être ce sens-là. Être en bouquins.
    Le Buveur de temps. C'est le titre d'un de mes premiers romans, et cela pourrait être aussi la définition d'une attitude et d'un regard qui valent pour tout ce que j'aurai fait. Il ne s'agit pas de prétendre à quelque mainmise sur le temps, mais d'une tendance plutôt constante à essayer de l'apprivoiser, voire à le déguster quand il se peut.
    Philippe Delerm.

    Ce volume contient : La Cinquième Saison - Un été pour mémoire - Le Buveur de temps - Autumn - Les Amoureux de l'Hôtel de Ville - Mister Mouse ou la Métaphysique du terrier - Sundborn ou les Jours de lumière - Monsieur Spitzweg : Il avait plu tout le dimanche, Monsieur Spitzweg s'échappe, Quelque chose en lui de Bartleby - Le Portique - La Bulle de Tiepolo - Elle marchait sur un fil - Entrées libres - Le Miroir de ma mère - À Garonne - Écrire est une enfance - Journal d'un homme heureux.

  • De 1952 à 1970, pendant près de vingt ans, François Mauriac a régné sur le journalisme politique, à L'Express puis au Figaro, dont il fut l'éditorialiste vedette. Il y a inventé une catégorie particulière, celle de l'écrivain-journaliste. Il connut à travers son Bloc-notes un rayonnement exceptionnel. Son influence sur l'opinion lui valait d'être craint par les pouvoirs en place, de droite comme de gauche, dont il ne cessa de stigmatiser, souvent avec férocité, la corruption, l'impuissance et la médiocrité.
    Mauriac maniait avec un brio implacable l'art de la polémique et rares sont ceux qui eurent grâce à ses yeux : essentiellement Pierre Mendès France, qu'il défendit avec fougue au moment de son bref passage à la tête du gouvernement, et Charles de Gaulle, auquel il apporta un soutien fervent, notamment durant la guerre d'Algérie et jusqu'à son départ.
    Malgré son peu d'indulgence, Mauriac s'exprimait en tant que chrétien au nom d'une exigence de justice et de charité. Ce sont ces convictions qui inspirèrent son combat en faveur de la décolonisation et contre toutes les formes d'oppression et de discrimination.
    Oeuvre d'engagement, son Bloc-notes raconte et traverse deux décennies d'histoire française comme une véritable dramaturgie romanesque. L'écrivain y livre aussi beaucoup de lui-même, de sa foi, de ses goûts littéraires, de son amour de la nature et des paysages qui lui sont restés familiers depuis son enfance. Témoin tour à tour fasciné, amusé, indigné et plus rarement admiratif d'une actualité souvent tragique, il ne s'éloigne jamais de lui-même en parlant des autres, explorateur inlassable des passions humaines.
    Jean-Luc Barré.

  • De 1952 à 1970, pendant près de vingt ans, François Mauriac a régné sur le journalisme politique, à L'Express puis au Figaro, dont il fut l'éditorialiste vedette. Il y a inventé une catégorie particulière, celle de l'écrivain-journaliste. Il connut à travers son Bloc-notes un rayonnement exceptionnel. Son influence sur l'opinion lui valait d'être craint par les pouvoirs en place, de droite comme de gauche, dont il ne cessa de stigmatiser, souvent avec férocité, la corruption, l'impuissance et la médiocrité.
    Mauriac maniait avec un brio implacable l'art de la polémique et rares sont ceux qui eurent grâce à ses yeux : essentiellement Pierre Mendès France, qu'il défendit avec fougue au moment de son bref passage à la tête du gouvernement, et Charles de Gaulle, auquel il apporta un soutien fervent, notamment durant la guerre d'Algérie et jusqu'à son départ.
    Malgré son peu d'indulgence, Mauriac s'exprimait en tant que chrétien au nom d'une exigence de justice et de charité. Ce sont ces convictions qui inspirèrent son combat en faveur de la décolonisation et contre toutes les formes d'oppression et de discrimination.
    Oeuvre d'engagement, son Bloc-notes raconte et traverse deux décennies d'histoire française comme une véritable dramaturgie romanesque. L'écrivain y livre aussi beaucoup de lui-même, de sa foi, de ses goûts littéraires, de son amour de la nature et des paysages qui lui sont restés familiers depuis son enfance. Témoin tour à tour fasciné, amusé, indigné et plus rarement admiratif d'une actualité souvent tragique, il ne s'éloigne jamais de lui-même en parlant des autres, explorateur inlassable des passions humaines.
    Jean-Luc Barré.

  • Braquage

    Zoé Sagan

    « Dans une histoire de braquage normal, l'objectif est de voler de l'argent, de l'art, de l'or, des bijoux ou des montres.
    Mon braquage est conceptuel. Je vole des données. Je braque les plates-formes médiatiques traditionnelles comme Google ou Facebook ainsi que les données des marques mondiales. Ces données sont actuellement leur bien le plus précieux. Leur seul et dernier moyen d'influence.
    Au XXIe siècle, ceux qui contrôlent les données contrôlent l'histoire. Le contrôle de l'histoire est le thème de Braquage. Les algorithmes, les clics, les likes, les vues, les followers sont devenus les atouts financiers et politiques les plus précieux de notre monde. »

  • Il y a les injures et les pamphlets, et puis il y a les méchancetés spirituelles : celles qu'inspire une conversation ou un échange, lorsque la présence d'esprit l'emporte sur la méchanceté brute. Il y a aussi les épigrammes, ces quelques vers faits promptement pour couler une méchanceté. Saillies et épigrammes : voilà le lecteur transporté dans toutes les époques à l'occasion de ce répertoire, ou plutôt de cette collection classée par noms propres. Il y a des lieux et des époques qui, il est vrai, se sont spécialement illustrés dans cet art, certes très secondaire, mais qui a le mérite d'être pris sur le vif et d'être toujours révélateur de quelque chose : les cercles littéraires du XVIe et du XVIIe siècle, les salons et la cour de France au XVIIIe siècle, le milieu des journaux et du théâtre de boulevard au XIXe siècle, le monde politique et la société mondaine de la IIIe République, l'Angleterre post-victorienne, la grande époque hollywoodienne, entre les deux guerres... Mais on se promène aussi bien dans l'Antiquité, dans la société bigarrée de l'Empire, et même dans ce XXe siècle qui n'a pas toujours fait rire. Pour mieux situer les dialogues qui esquissent une anecdote, s'y ajoutent près de mille notices biographiques, qui rappellent des choses enfouies ou rapportent des traits qu'aujourd'hui on ne trouverait guère ailleurs. L'auteur s'est attaché à cultiver une indéniable liberté d'esprit pour remettre les histoires sur l'incroyable scène du réel, et honorer des personnages qui se sont illustrés par une grande liberté de ton.

  • À bien des égards, Les Essais constituent l'oeuvre fondatrice des lettres françaises et de la pensée occidentale moderne, dont Montaigne est l'un des pères. Or rares sont ceux qui, en France, peuvent vraiment lire Montaigne, hormis les spécialistes, à cause des difficultés du moyen français. Une nouvelle édition des Essais s'imposait, non pas « modernisée » et encore moins « traduite en français moderne », mais rajeunie et rafraîchie, pour rendre enfin accessible l'oeuvre du plus contemporain de nos classiques, le seul qui sache allier savoureusement des réflexions sur l'amour, la politique, la religion, et des confidences plus intimes sur sa santé ou sa sexualité.
    L'objectif de cette monumentale entreprise conduite par Bernard Combeaud, avec le concours de Nina Mueggler, est d'offrir des Essais restaurés et revitalisés, à partir de l'édition de 1595, pour que chacun puisse s'entretenir commodément avec un écrivain aux idées foisonnantes, salué par Stefan Zweig comme « l'ancêtre, le protecteur et l'ami de chaque homme libre sur terre ».
    Les traductions du grec et du latin sont toutes originales, les notes ont été réduites au minimum. Seules la ponctuation, l'accentuation, l'orthographe ont été systématiquement modernisées dans le souci constant de préserver la saveur originelle d'une langue si singulière, de préserver les images, les jeux de mots, les idiotismes gascons ou latinisants propres au style de Montaigne.
    Dans une longue préface inédite et percutante, Michel Onfray désigne l'auteur des Essais comme l'un de ses maîtres à penser et à vivre. Il explique « pourquoi et comment il faut lire et relire Montaigne », philosophe qui apprend à « savoir jouir loyalement de son être ».

  • Ismail Kadaré est l'un des plus grands écrivains d'aujourd'hui. Son oeuvre, ancrée dans sa propre expérience des drames contemporains, dépasse les frontières de son pays pour atteindre à l'universel à travers une dénonciation corrosive et percutante des systèmes totalitaires.
    Ce volume regroupe trois grands romans politiques, consacrés aux rapports difficiles qu'entretint la petite Albanie avec l'Union soviétique et la Chine. Trois livres aux tonalités bien différentes - biographique et intimiste pour Le Crépuscule des dieux de la steppe, épique et shakespearienne pour L'Hiver de la grande solitude, plus grotesque, voire cocasse, fantastique, pour Le Concert - mais qui forment une manière de fresque historique qui nous éclaire, de l'intérieur, sur les convulsions traversées par le monde communiste de la fin des années 1950 aux années 1970. Kadaré y évoque les combats idéologiques que se livrèrent les dirigeants des hautes sphères rouges, mais aussi la vie du petit peuple albanais, avec ses espoirs et ses déboires - aux antipodes des canons du réalisme socialiste. La petite histoire côtoie ici la grande, les drames personnels, les émois intimes se jouent à la lumière des schismes et des anathèmes, de part et d'autre d'un fossé qui se creuse et s'élargit entre révisionnistes et staliniens.
    Ces trois romans ont valu à leur auteur, contraint à l'exil, d'être attaqué avec virulence par le régime d'Enver Hodja en raison notamment de sa peinture pleine de dérision du bloc communiste et de ses méthodes tyranniques. Une peinture d'autant plus redoutable qu'elle est l'oeuvre d'un admirable conteur.

  • Cette édition en deux volumes des oeuvres de Maupassant reprend l'intégralité de ses contes et nouvelles ainsi que ses deux romans les plus célèbres, Une vie (1883) et Bel-Ami (1886).
    Durant dix ans, de 1880 à 1890, Maupassant, fidèle collaborateur du Gaulois et du Gil Blas, soumit à la presse des contes et nouvelles selon un rythme bi-hebdomadaire. Comme nous ne disposions pas d'une édition complète revue par l'auteur de ces oeuvres, et alors que le nombre impressionnant de celles-ci imposait un classement rigoureux, nous nous sommes efforcés, d'une part, de respecter les recueils publiés du vivant de Maupassant et, d'autre part, de placer auprès de ces recueils, par ordre chronologique, les contes rédigés à la même époque mais non rassemblés en volumes avant sa mort.
    Les deux romans qui figurent en outre dans la présente édition ont été insérés là où l'imposait le déroulement de l'oeuvre, c'est-à- dire, respectivement, dans le premier et dans le second volume.

    L'édition des oeuvres de Maupassant dans la collection « Bouquins » comporte deux volumes.
    Le tome 1 comprend : Quid de Guy de Maupassant - Contes divers (1875-1880) - La Maison Tellier - Contes divers (1881) - Mademoiselle Fifi - Contes divers (1882) - Contes de la bécasse - Clair de lune - Contes divers (1883) - Une vie (roman) - Miss Harriet - Les Soeurs Rondoli.
    Le tome 2 comprend : Yvette - Contes divers (1884) - Contes du jour et de la nuit - Bel-Ami (roman) - Contes divers (1885) - Toine - Monsieur Parent - La Petite Roque - Contes divers (1886) - Le Horla - Contes divers (1887) - Le Rosier de Madame Husson - La Main gauche - Contes divers (1889) - L'Inutile Beauté.

  • Les quarante-cinq constitue le troisième volet du grand triptyque que dumas a consacré à l'histoire de france de la renaissance.
    Il achève le récit de cette décadence de la seigneurie commencé par la reine margot et poursuivi avec la dame de monsoreau.
    A cette époque déchirée, tout se joue sur fond de guerre : guerres de religion, guerres dynastiques, guerres amoureuses. aussi les héros meurent-ils plus souvent sur l'échafaud que dans leur lit, et les héroïnes sont meilleures maîtresses que mères de famille.
    Ce qui fait la grandeur des personnages de dumas, c'est que chacun suit sa pente jusqu'au bout, sans concession, mais avec panache.
    D'oú l'invincible sympathie qu'ils nous inspirent. parmi eux, chicot, le célèbre bouffon, qui prend la place du roi. c'est en lui que dumas s'est reconnu. n'a-t-il pas tiré ce personnage entièrement de son imagination ? mais sa véracité lui permet d'évoluer avec aisance au milieu des personnages historiques dont il lie les destins. dumas ayant achevé son roman à la veille de la révolution de 1848, chicot incarne par avance la bouffonnerie de l'histoire.

    Guy schoeller.

  • Cette nouvelle édition de l'Histoire de ma vie est entièrement basée sur le manuscrit acquis par la BNF en 2010. Elle en respecte pour la première fois le découpage et procure un texte fiable, corrigé des erreurs de transcription de la précédente édition Brockhaus-Plon de 1960 (reprise en " Bouquins " par F. Lacassin en 1993). Ce premier volume, remanié en profondeur, reproduit les tomes 1 à 3 des Mémoires de Casanova, depuis l'enfance de Giacomo jusqu'à son évasion de la prison des Plombs en novembre 1756.
    Une nouvelle préface présente un Casanova éloigné des clichés pour faire apparaître l'importance de l'écrivain et du penseur. L'appareil critique, lui aussi renouvelé et enrichi, se concentre sur le travail d'écriture de Casanova : il restitue l'histoire de la langue, éclaire son choix d'écrire en français sans renoncer à l'italianité (" La langue française est la soeur bien-aimée de la mienne ; je l'habille souvent à l'italienne ", écrit-il), et retranscrit dans la mesure du possible les passages biffés sur le manuscrit.
    Ce volume I reproduit trois variantes importantes : les différents projets de préface, les deux versions du premier séjour parisien (1750-52), reproduites en regard l'une de l'autre, et le récit de l'évasion de Casanova publié en 1788 sous le titre Histoire de ma fuite des Plombs.
    Enfin, on y trouvera plusieurs documents permettant de mieux comprendre le monde de Casanova : évaluation de ses revenus, tables de conversion des monnaies européennes, règles des jeux comme le pharaon, et déplacements du Vénitien (cartes du monde méditerranéen, quartiers de Venise et de Paris).

  • Dans le vicomte de bragelonne, l'anéantissement final des corps est la mise en gloire du coeur, et dumas s'y surpasse dans une espèce de désespoir heureux, donnant en partage au lecteur sa joie et sa tristesse de créateur: "pauvre porthos! il m'a semblé, je ne sais si c'est une illusion de mon coeur ou de mon orgueil, il m'a semblé que le jour oú vous avez fait part à la france de son trépas, un voile de deuil s'est étendu sur paris.
    On s'était figuré, n'est-ce pas, que nos quatre héros étaient immortels, et quand on a vu tomber le plus fort et peut-être le meilleur de tous, on a senti instinctivement que la mort n'entrerait pas pour si peu dans ce quadrille de géants, et que l'un au tombeau, les autres ne tarderaient pas à l'y suivre . le métier de romancier a certes bien ses plaisirs, ses joies, ses orgueils surtout, mais comme il a ses tristesses aussi, et une de ces tristesses-là, tristesse incompréhensible peut-être pour quelques-uns, mais réelle, mais profonde, mais infinie pour moi, c'est d'avoir donné le jour à un personnage, de l'avoir élevé, choyé, vu grandir, et au jour venu de sentir l'implacable nécessité qui vient vous sommer de rendre à la terre, c'est-à-dire à l'oubli, ce doux rêve de votre imagination dont vous étiez habitué à être le compagnon, le conseiller, le père" (lettre d'a.
    Dumas à perrée).
    "c'est avec ces convictions et ces solidarités-là qu'on écrit des chefs-d'oeuvre", concluait dumas fils qui avait trouvé son père assis tristement, les yeux rouges encore du chagrin qu'il avait éprouvé à faire mourir son héros.

  • Il peut nous arriver de déplorer le côté monotone et ennuyeux de la réalité mais si on l'observe bien, elle peut nous apporter son lot de cocasseries et d'insolite. Il suffit d'avoir l'oeil pour découvrir autour de soi, au coin de la rue, ou chez les bouquinistes, une telle matière à rire que l'on ne peut alors s'empêcher de s'écrier : « Ça ne s'invente pas ! » Jean-Loup Chiflet, très sensible à ce qu'il convient bien d'appeler « L'humour involontaire » s'est mis en quête depuis des années de plonger dans des eaux troubles pour en retirer des documents étonnants, insolites et improbables ; tels certains manuels scolaires ( Par admiration, on appelait Charlemagne l'empereur à la barbe fleurie bien qu'il n'ait pas de barbe) ou religieux (Le petit Jésus passait ses vacances à la montagne chez son cousin Jean-Baptiste) et de guides dits de civilités commis au début du XXe siècle par des baronnes et autres comtesses (On peut dire merci aux domestiques, mais seulement de temps en temps) et surtout les fameux Almanachs Hachette qui, avec l'usure du temps, sont tombés en désuétude pour notre plus grand plaisir (Les porteurs de grandes oreilles sont des naïfs). Mais cette intarissable source comique nourrie par la bêtise, l'étourderie, le mauvais goût, sans compter avec le génie du hasard ne jaillit pas seulement du fond des âges ; on trouvera aussi dans ce catalogue déraisonné, des perles récentes tout aussi saugrenues de fonctionnaires, de victimes de l'administration, de journalistes (Auguste Lumière s'éteint), d'élèves etc. Ainsi, la réalité, quand elle dépasse la fiction, est plus attrayante car elle n'obéit à aucune loi contrairement à la fiction, soumise à des règles strictes, condamnant l'écrivain à respecter une certaine véracité qui le met en état d'infériorité face à la vraie vie.

    Principales têtes de rubriques : Administration - Animaux - Amour - Arts - Assurances - Bon Dieu - Bon sens - Culture/Littérature - Éducation - Garde-à-vous - Petites histoires de l'Histoire - Ils auraient mieux fait de se taire - Justice - Jeunesse - Langage - Les politiques - Poste restante - Presse - Médecine - Savoir-vivre - Sciences et technique - Sports - Vie quotidienne - Voyage.

  • On se contente trop souvent d'admirer les premiers livres : mélancolie sombre des Poèmes saturniens, rêverie exquise des Fêtes galantes, impressionnisme musical des Romances sans paroles, haut lyrisme chrétien de Sagesse. Mais l'on néglige ce qui suit et deux tiers de l'oeuvre sont condamnés à l'oubli. Pourtant, Verlaine n'a cessé d'explorer des voies nouvelles. Ainsi découvrira-t-on l'esthétique de la sincérité et de la simplicité dans Bonheur, les parodies et les pastiches de Dédicaces, les poèmes satiriques d'Invectives, l'ardent érotisme de Chansons pour Elle, la tendresse d'Elégies, la poésie ludique d'Epigrammes. Même les poèmes érotiques, publiés sous le manteau, figurent dans la présente édition qui fournit enfin un panorama complet de cette oeuvre si diverse. Verlaine a fait vibrer " toute la lyre ", aucun domaine de la poésie ne lui est demeuré étranger.
    Ce volume - complété par une Chronologie et un Dictionnaire - permet de suivre l'itinéraire de Verlaine dans ses méandres et ses caprices, et de mieux apprécier Romances sans paroles, son chef-d'oeuvre ; le poète s'y est aventuré, comme nul autre avant lui, dans l'espace intérieur de la rêverie et, par le raffinement de la musique verbale, il a réussi à suggérer l'indicible.

  • Connu pour ses sympathies anarchistes, Octave Mirbeau est un écrivain engagé. Il a combattu l'antisémitisme, le nationalisme, le colonialisme, toutes les formes de domination qui asservissent l'individu. Sujets d'indignation qui intéressent notre temps et nous incitent à redécouvrir cette oeuvre.
    Avec Le Jardin des supplices, il invente une forme romanesque qui rompt avec les conventions de la cohérence narrative et de la vraisemblance. Ce texte offre un assemblage de morceaux disparates dans lequel la stylisation du réel en dévoile, par-delà les apparences, les aspects grotesques ou monstrueux. Mirbeau y adopte, après l'avoir longtemps cherché, le mode satirique qui va désormais faire de ses romans l'expression de son engagement passionné dans les luttes de son époque.
    Le Jardin des supplices et Le Journal d'une femme de chambre sont autant d'allégories qui, en pleine affaire Dreyfus, renvoient à la France antidreyfusarde sa propre image hallucinée sous un jour crépusculaire. Quelques années plus tard, La 628-E8, parodie d'un récit de voyage en automobile à travers l'Europe du Nord, est l'occasion de violentes charges contre le colonialisme belge, le militarisme, le nationalisme barrésien, la germanophobie. En 1913 enfin, Dingo, pseudo-récit de formation où un chien refait paradoxalement l'éducation de son maître, offre un tableau féroce de la France radicale.
    Ces quatre romans montrent combien Octave Mirbeau mérite d'être considéré comme le rénovateur du roman satirique dans la tradition de Ménippe, le philosophe cynique. Sans oublier, comme nous le rappelle son contemporain Émile Zola, qu'il fut aussi ce « justicier » compatissant, qui avait « donné son coeur aux misérables ».

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