Christophe Appril

  • Le tango désigne depuis plus d'un siècle une danse dont on a pu dire qu'elle est une pensée triste, ou une simple marche, mais qui fait se mouvoir des êtres enlacés, strictement habillés ou allant nu-pieds. Apparue à la fi n du XIXe.siècle, la danse tango fut très tôt placée sous le signe du voyage. Son destin est frappé d'un paradoxe. : nomade, non verbale, favorisant l'échange et l'échangisme, elle demeure associée dans l'esprit du plus grand nombre à ses terres originelles.
    Vers les rives du Rio de la Plata, on se presse du monde entier pour éprouver ses pas ensorcelants et pour humer l'air nocturne des milongas . Après une immersion dans les yeux noirs du tango, certains abandonnent les oripeaux de leur ancienne existence pour s'en inventer une nouvelle.

  • Absente des objets traditionnels de la sociologie de l'art, la danse constitue un point aveugle des sciences sociales et la place des danses de couple est marginale. Elles représentent pourtant une pratique culturelle fortement ancrée, largement partagée. Laissées pour moribondes au début des années 1970, les danses de couple connaissent depuis de multiples formes de résurgence qui empruntent les voies de la folklorisation. A la transmission familiale s'est substitué le développement d'écoles de danses puis de structures associatives.

  • Cambrure, talons hauts, jambes effilées comme des couteaux, le regard qui harponne... Pourquoi cette posture plaît-elle tant ? Pourquoi le tango fascine-t-il tellement ? Serait-ce parce qu'enfin, on pourrait s'enlacer et jouer à être un homme ou une femme, un jeu auquel plus grand monde n'ose se prêter ouvertement ? Avec ses icônes et son folklore, le tango séduit aussi parce qu'il correspond à une sensibilité de notre époque : à a fois chic et populaire, pratique de la rue et de la scène artistique, culture du monde, traditionnel et branché. En danseur et sociologue. Christophe Apprill pointe ainsi le jeu des tensions du tango : le bal du milonguero et la scène avant-gardiste, les tenants de la musique et ceux de la danse, Paris, Buenos Aires ou Rio de la Plata, l'homme et la femme, la chaussure à talon et les baskets, tango ouvert ou fermé... Autant de dissymétries qui marquent cette cadence si particulière !

  • Eté 1997 : Brazzaville souffre et pleure, petite capitale dépecée par ses milices sous l'oeil inquiet des compagnies pétrolières.
    Des " enfants de Poto-Poto " s'entretuent dans les ruelles verdoyantes tandis que la masse des citadins se réfugie dans les campagnes voisines. Cadavres, scènes de pillage et de désolation hantent les médias internationaux. Et des arguments rationnels, politiques, économiques, sont proposés pour donner sens à ce qui, une fois advenu, apparaît comme un enchaînement prévisible. Pourtant Brazzaville bouge, Brazzaville vit, chante et danse.
    Des chansons populaires célèbrent sa verdure ondoyante, sa beauté naturelle, sa douceur de vivre, son ambiance nocturne, ses élégances, l'insouciance de ses " sapeurs "... Engagé bien avant les événements sanglants de l'été 1997, cet ouvrage cherche à éviter autant la complaisance que la compassion ou le cynisme. L'étude porte sur une période charnière sur le plan politique et économique : crise liée à la chute des revenus pétroliers, premiers plans d'austérité, dernières années d'un régime marxiste-léniniste, Conférence nationale et établissement du pluralisme politique, espoirs d'une démocratie qui se diluent dans les pratiques de corruption, de violence et de manipulation de la jeunesse, guerres urbaines pour la conquête du pouvoir.
    Les auteurs ont voulu restituer dans leur cadre physique et décrire, au quotidien, l'accélération des mutations sociales et politiques à Brazzaville au cours de ces dix années de transition (1987-1997), le passage d'une urbanité de rente à une urbanité de crise, l'exacerbation des convoitises, des tensions et des manipulations politiques et identitaires qui ont transformé deux fois Brazzaville en champ de bataille.

  • Les danses du monde et les danses traditionnelles ne disposent pas d'un cadre législatif qui réglemente leur enseignement. Pourtant, ces danses sont massivement pratiquées en France dans un espace social qui mêle tradition, revivalisme et créativité. Dans quels cadres se déroulent les cours ? Quels sont les profils des professeurs ? Comment appréhendent-ils la question des risques liés à la pratique chorégraphique ? Comment se positionnent-ils par rapport à l'idée d'une réglementation de leur danse ?

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