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Prix
Emmanuel Merle
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Leurs langues sont des cendres
Emmanuel Merle
- DE LA CRYPTE
- (Le Pays Qui Grandit)
- 16 Janvier 2025
- 9782367391915
Pieds gonflés, bouche ouverte, bientôt pierre tombale : le corps devant lui n'est plus qu'un sac. Et rien, ni les mots qu'on lui murmure ni aucun sédatif, désormais ne peut plus le remplir. Visages, souvenirs, la mort prend tout et le fils, à côté du corps souffrant de sa mère, revient à son poème. Mon métier, c'est de soulever la pierre.
Élégie banale, qui rassemble dans une chambre d'hôpital un fils avec sa mère. On y crie, on y pleure mais on y est comme on y sera tous : pauvres, amoureux et battus d'avance. Avec ce livre, Emmanuel Merle ose un " je " qui, tout au contraire d'être impudique, vient nous parler à tous. -
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Lumières en Matheysine
Christel Lardant, Emmanuel Merle
- Matheysine Editions
- 1 Octobre 2024
- 9782958890124
C'est une question de lumière. Lumière de l'automne, lumière de l'hiver. Non pas, bien sûr, que la Matheysine soit moins belle au printemps ou en été, mais la saison des feuilles mortes et celle de la neige autorisent une autre lumière. Plus pure et plus atemporelle. En Matheysine beaucoup de journées de ces deux saisons
semblent en attente d'un événement incompréhensible, d'une épiphanie.
Les montagnes, les lacs, les arbres sont révélés dans leur être.
On l'avait presque oublié, mais ce qu'on appelle la nature s'exprime, parle peut-être. Une langue certes guère traduisible mais qui néanmoins s'adresse à nous. On reste figé, émerveillé devant la fumée rose qui s'échappe des parois de l'Obiou. On hésite à faire un pas sur une neige neuve mais qui inscrit déjà son alphabet de branches, d'aiguilles et d'empreintes d'oiseau. Même on
suspecte tout à coup une présence dans le reflet presque parfait de la rive arborée sur le miroir d'un lac.
Une langue donc. Des paroles. Ce qu'on appelle féérie quand on pense à Noël et qu'on ne trouve pas d'autre mot. Comme si la nature, en Matheysine, était la promesse merveilleuse qu'un secret plus grand que nous va déchirer son voile.
Ne cherchons pas une justification supérieure, divine, à la beauté. La beauté est de ce monde. Le spectacle naturel nous retient sur terre. Tout est déjà là que nous ne savons souvent plus voir ni entendre.
Quelque chose de ce vocabulaire impalpable de la nature peut être transmis par la photographie et par le poème. Ces deux pratiques rendent à l'oeil et à l'esprit ce qu'ils avaient perçu sans s'y arrêter : le monde est un mystère et certains lieux font, plus que d'autres, émerger cette énigme.
Photographie et poème rendent compte de ce possible dialogue avec les êtres de la nature : soudain la montagne, les eaux vives ou endormies, la forêt toujours verte ou l'arbre nu, la neige silencieuse et secrète, pour peu qu'on s'arrête pour en sentir la présence, nous rendent notre regard. Alors on se sent seul, minuscule, et à la fois plein de gratitude pour avoir été élu.
Oui, la photographie et le poème peuvent parfois témoigner de la nécessité qui est la nôtre de trouver une terre habitable. Un lieu certes particulier, inscrit sur les cartes, mais immédiatement universel.
La Matheysine est l'un de ces lieux. -
L'Irlande, pour qui y a séjourné, est forcément terre de méditation, tant elle invite par ses paysages de somptueuse mélancolie, où tout finit par sembler signe adressé, à aller au-delà de soi-même et à résonner à l'unisson des lieux traversés. Mais elle a aussi en elle cette prégnance d'un passé douloureux de misère et de faim qui affleure à chaque instant, à chaque détour du présent. Ce recueil d'Emmanuel Merle est, pourrait-on dire, de bout en bout habité par la délicate et sombre magie de l'Irlande.
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Dans « l'abîme du rêve », le bleu seul demeure. « Bleu d'Égée », d'une eau « impitoyable », « pierre sans âme » au sein des vagues, que l'on aimerait malgré tout caresser. Par-delà toute mythologie, c'est la destinée du peuple grec qui se mêle ainsi à la vie comme à la mort de quelques chiens, quelques enfants, une femme, des amants que ne dissimulent ni ne protègent plus les « oripeaux de l'Arcadie ». Invitation au voyage ? Sans doute. Ce serait alors nouvelle Odyssée, sous le regard des dieux dont les lèvres saignent tandis que l'aube réitère l'initiale promesse d'un soleil meurtrier. La mer n'en tremble que davantage. Les rochers pleurent. Le poète bute contre les portes d'ivoire et de cornes du songe, comme si Gérard de Nerval devait y rejoindre Eschyle ou Homère. Ulysse défie les sirènes. Des rapaces tournent au-dessus des charniers. Chacun marche. Souffle. Respire. Le bonheur, ici, maintenant, en ce lieu décisif - Khôra, et c'est la langue entière -, resterait-il à inventer.
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On n'en a jamais fini avec son enfance, tant il est vrai que nos préoccupations, nos recherches, nos attentes, nos visions du monde et nos angoisses ne cessent de nous confronter à elle, dans une sorte de retour sur soi et de mise à distance où se joue quelque chose qui est de l'ordre du bonheur, tout du moins de sa possibilité vacillante. Il n'y a là sans doute rien de bien nouveau, mais ce qui compte, c'est, comme toujours en poésie et en littérature, la manière. La poésie d'Emmanuel Merle est d'un lyrisme retenu, économe de ses moyens et pour tout dire d'une humilité de bon aloi qui lui fait fuir et redouter toutes les complaisances auxquelles il est bien facile de succomber. Telle est la condition de l'exigence, quand il s'agit d'écrire et partant d'adresser à quelqu'un sa parole : ainsi se réalise l'équilibre si souhaitable entre le respect dû au lecteur et celui qu'on se doit à soi-même.
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L'été, quand le jour hésite longuement à laisser place à la nuit, est la saison du ralentissement du temps. L'été réanime l'enfance, saison éternelle, saison toujours présente en nous, comme une basse obstinée. Mais la chaleur, la sécheresse, les orages et les feux dévorants font désormais violence à l'espérance idéalisée que promettait l'été. Nous sommes une part de la nature, nous avons encore en nous le désir et la nécessité de vivre pleinement cette participation, mais la destruction dont nous sommes responsables prend cet espoir de vitesse. Ces poèmes se veulent à la fois un hymne à la nature (la montagne y est omniprésente) et témoignent en même temps d'une nostalgie infinie.
La poésie ne se satisfait pas d'un discours politique ou idéologique. C'est par d'autres moyens qu'elle dénonce ou qu'elle propose. Rythmes, sonorités, alternance de poèmes brefs ou longs, résonances secrètes et mystérieuses, suggestions et métaphores, volonté lyrique dans ce que le lyrisme a de plus lucide et compassionnel, voilà les armes de la poésie. -
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Le sang de l'aube est lavé au jet d'eau ; Les dents sont passées au crible ; La kératine s'entasse et se rétracte ; La mort fonctionne ; Si le soleil ni la mort ne se peuvent ; Regarder en face qui verra ; La mort de la mort ; Terre a perdu son genre grammatical ; Les pierres et les vers sont remontés ; A la surface se sont retournés ; Sont redescendus dans le royaume des racines doigts sucés écrasés.
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Sirène Je n'ai pas entendu le chant des baleines, Pourtant j'étais cloué au mât solitaire, Ni vu leur souffle de Voie lactée, Mais Les yeux bandés par le brouillard, J'imaginais le fleuve comme un ciel à l'envers Où de gros dirigeables bleus, blancs et gris Dérivaient sans jamais se poser, Souriant de tous leurs fanons. Je rêvais que la liberté s'en allait sous l'eau Mouvante et souple, énorme et légère.
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Anthracite est un livre hommage : hommage au peintre-mineur Robert Ibanez (1931-2020) et à travers l'évocation de l'oeuvre et de l'homme, hommage à la réalité minière aujourd'hui disparue, qui a façonné la Matheysine, tant dans son histoire que dans sa sensibilité et sa réalité physique. Les poèmes de ce recueil sont pris de l'intérieur : leur auteur y livre ce qui depuis l'enfance est resté l'un de ses horizons indépassable.
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À partir de quels événements, quels débordements incontrôlés en vient-on à se demander comment habiter à nouveau son corps ? La sensation du "démembrement", de l'éparpillement de soi n'est certes pas nouvelle, mais elle est plus que jamais moderne.
Nous voudrions réintégrer ce corps qui nous échappe en un siècle où c'est la dépossession qui nous accable. Il reste l'enfance, cet immédiat du monde, que peut-être la poésie et la peinture parfois peuvent encore atteindre. Il reste l'autre à rejoindre, qui peut-être ne réclame qu'un geste. Il reste la nature, dans son indifférence parfois bienveillante, pour tenir à distance la barbarie.
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«Toutes les flèches oubliées reviennent et réintègrent Le carquois sombre du cumulus. Toutes ces batailles Perdues. Le champ du ciel s'ouvre à nouveau Pour que les fantômes des tribus mortes crient Et frappent le troisième millénaire de leurs éclairs mauves. Marche au milieu. Ta poésie fait cage de Faraday. Rapacité est injure au rapace. J'ai rêvé d'un saloon Où les massacres aux yeux de verre étaient têtes D'Indiens, femmes, enfants, trophées aux cheveux Poussiéreux, vies empaillées. Marche au milieu. Ta poésie est paratonnerre. Le ciel est échevelé D'éclairs en Arizona, pupille injectée au Montana. Black Hills au loin pailletées d'or par l'orage. Marche au milieu des idées qu'il faut foudroyer. Les mots sont des arcs en retour consentants, Les livres d'histoire des cumuls qui couvrent La terre entière. Mets-toi sous un arbre er récite tes vers. Emmanuel Merle.
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«Quand on a débouché au sommet du col, le soleil venait de nous frapper dans le dos. Un genre de soleil déjà enragé qui bombardait les pierres, bien qu'il ne fût pas encore 9 heures. À s'en protéger il ne fallait même pas penser. Ici la nature ne faisait pas dans le bucolique. Tout était âpre et chaotique. Il n'y avait rien à craindre, mais le paysage donnait la sensation que la beauté et la mort s'entendaient à merveille.» Monologues insolites, ces nouvelles sont comme autant de facettes d'un seul et même personnage, solitaire et désenchanté, blessé par la vie, qui se détourne de la société pour trouver dans la nature rédemption et seconde chance.
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C'est plus facile de laisser filer le temps que de le réduire Plusieurs mois durant, Emmanuel Merle et Thierry Renard se sont, au rythme des jours, envoyé ces allers et retours de cinq vers - de temps à autre, quatre ou six, la contrainte n'altérant jamais leurs façons de respirer. Semant des ponctuations de la vie, furtives ou essentielles : une fulgurance, un nuage qui passe, un tourment, une échappée, un instant gris ou bleu, un impératif de vie. Des propos aléatoires. Et le tressage d'une amitié jamais évoquée autrement que par une passion commune, l'exigence que la poésie règle leur échange comme la vie de chacun. Exigence çà ou là affirmée avec autorité, mais restant le plus souvent évidence silencieuse. (Extrait de la préface) Préface de Claude Burgelin. Deux parties structurent le livre : La Chance d'un autre jour et Avant la vraie nuit.
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Il y a un constant mystère devant le surgissement de l'autre, celui qui arrive, volontairement ou non, débarqué sans armes, avec peu de bagages, perdu mais toujours vivant.
Une foule émerge de la mer, marchant toujours, mais sans avancer.
Photographies, peintures et poèmes abordent cette frontière incertaine à partir de laquelle le monde, quotidien comme étranger, se dresse parfois devant notre visage plus près qu'il ne l'a jamais été.
Par l'entrelacs que tressent les trois écritures, par l'instant capté, son mouvement figé, par le ressac des couleurs sans cesse reprises, par l'approche que permettent parfois les mots, une fragile unité se fait jour.
Malgré le risque et l'inquiétude devant ce qui dérange, il fallait, ensemble, photographier, peindre et écrire pour qu'une lumière surgisse parfois et qu'un accueil soit possible.
Pour que la rive, enfin, soit atteinte. -
La culture générale en classes préparatoires ; ECE/ECS
Steeve Buosi, Emmanuel Merle
- Éditions Ellipses
- Optimum
- 22 Août 2017
- 9782340020184
- Cet ouvrage de culture générale propose des leçons originales à partir de textes de références.
- Pour chaque chapitre, quatre textes sont mis en vis-à-vis et commentés par deux professeurs se faisant écho.
- Le dernier chapitre est consacré aux méthodes de dissertation, aux contractions de textes ainsi qu'à la synthèse.
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Le monde naturel, dont nous sommes partie prenante, comme le dit Jennifer Barber elle-même, cette nature que nous sommes, est omniprésente dans sa poésie. Sur la côte Est des États-Unis, en Irlande, en Espagne, elle est d'abord là, elle a partie liée au temps, elle en est le symptôme. Par conséquent cette proximité s'accompagne d'un mystère presque indicible : les métaphores employées, les tentatives légères, les hésitations, les suspens sont autant de tutoiements, de tangentes qui effleurent le gouffre pressenti du monde des choses, l'irréductible en-soi du minéral, du végétal et de l'animal. Or il existe un risque à tenter d'écrire son désir de connivence étroite avec le monde, et à constater son impuissance à le réaliser. Tout devient « vaine forme de la matière », et le sens disparaît. À l'instar d'un peintre qui s'éloigne mais qui est rattrapé par ses amis, Jennifer Barber se retourne vers l'autre, vers l'humain proche, tout aussi incompréhensible parfois, mais seul susceptible de rétablir une parole salvatrice. L'autre, qui est là, sauve le sens, malgré la mort.