De L'attente

  • « Sur l'île de Tahiroha, le jour du Vendredi saint, les cannibales convertis au christianisme ne mangent que des marins. » L'écrivain lisboète exilé Jaime Montestrela (1925-1975) écrivit ces «contes liquides» à Paris, de mai 1968 à juin 1972, au rythme de deux ou trois par semaine. Plus de mille, donc. Nous en présentons ici quatre-vingts, ce qui n'est pas mal, compte tenu du fait que le traducteur ne parle pas portugais.

    Livre préfacé par Hervé Le Tellier, postface de Jacques Vallet. Avec un dessin de Fernando Puig Rosado en ouverture.

  • « Mais voilà que le zéro est arrivé, répandant ses méfaits à travers toute l'Europe chrétienne. » Réunissant intimement esprit critique et travail de poésie, Rosmarie Waldrop embarque ici dans l'histoire humaine (grandes découvertes, guerre d'Irak, musique, peinture, finances, croyances, philosophie) pour observer les progrès de notre pouvoir d'abstraction qui, malgré tous les ponts qu'il édifie sur le vide, ne le résoudra jamais. /// Extrait (p. 29) : MATÉRIAUX /// J'ai une vieille aversion pour la pierre, les associations culinaires avec l'argile, et une horreur du plastique. Creux et bosses. L'imprécision des contours soulève des doutes que le marbre a résolus mais j'ai toujours eu envie de faire un croc en jambe aux statues. Entourées qu'elles sont de voyeurs, elles raidissent leur absence de colonne vertébrale pour refuser à la fois la théorie précise et la vérification approximative. Comme des vierges. Ai-je besoin du mutisme de la matière pour m'inquiéter de sa réalité ? La nuit tombe vite, comme une perte d'équilibre, comme la mort vient au soldat, avec du change en poche. Et puis il y a ces phrases que je saisis pour les tordre. Elles s'écroulent bruyamment devant le mot identitaire, soulevant un vent vide entre les fragments.

  • Rikiki

    Aurélia Declercq

    Avec des mots tour à tour tranchants et veloutés, une syntaxe acérée mais un phrasé soyeux, Aurélia Declercq nous entraîne dans la petite grotte, la gorge derrière la glotte, où la nature physique abdique ses lois devant celles de la profération et de la projection, de la lecture et de la rature, d'une métamorphose verbale continue et néanmoins brutale. Il vaut la peine de la suivre dans ce détroit de tissu et de chair déchirés. La voix qui nous guide est déjà reconnaissable entre toutes. (Extrait de la préface de Pierre Alferi) /// Extrait (p. 54) : Remise du deuil à moitié je me suis rappelée qu'on était dans une sorte de cave ceci explique cela. Toujours pas d'Elsa dans l'angle de vue, pas de tapis rouges tapissés bientôt cavés. Disant bientôt cavés je trébuche, presque c'est la chute totale dans pigeon tout emplumé, trébuchée là un tchin aux fabuleux clowns qui nous enchantent encore : à Keaton titubant, sa blessure cicatrisée c'est-à-dire à la seconde. Ramassée je vois le visage de Keaton ici, je vois dentelle et autres tissus sur ses cils, enchanté Keaton, bienvenue dans le jabot. J'imagine, Keaton tu as dû tomber dans l'oiseau, tomber bien tomber là, toboggan à ton tour. Dans sa chute, dans son gag pigeon, je vois une broderie lézarde, une crevasse toute cousue, chute un peu fibrée rien de tel qu'un birdy pour les clowns encore d'aujourd'hui. /// Aurélia Declercq (1993) est née à Bruxelles et vit à Paris. Après un diplôme en psychologie clinique et des recherches sur la fonction du néologisme dans les processus langagiers dits psychotiques à l'Université Libre de Bruxelles, elle rejoint l'École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris afin de poursuivre ses réflexions sur la matérialité du langage. RIKIKI est son premier livre et il suit une série de publications de textes théoriques (Flux News, le Point Contemporain, Université Libre de Bruxelles) ainsi que poétiques (11 Mars 1978 Serendipity, DO IT, revue Dissonances, A) GLIMPSE) OF) Issue).

  • Tiroir central

    Sophie Coiffier

    Comment atteindre le fondamental en partant du dérisoire, d'un fouillis inquiétant et familier ? Nous sommes perdus, "lost in translation", égarés dans le langage, dans des espaces difficiles à habiter, entre les cases des formulaires... Les chapitres-dossiers de ce tiroir central exposent des repères qui font signe : découvrir un certain sens au désordre, s'y reconnaître, retrouver un passage, un endroit déjà connu et de là, enfin, tracer son chemin, singulier et multiple. Un livre qui questionne de manière incisive l'ordre du monde contemporain et déstabilise quelque peu les fondements politiques d'aujourd'hui. L'autrice nous dévoile en prime la recette du pâté de couleuvres, tout en essayant de résoudre les équations épineuses d'un quotidien qui déménage...

  • Le peigne-cocotte

    Fred Léal

    Le bon docteur récidive avec son septième opus aux éditions de l'Attente, quatrième dans la série des "peignes", ces témoignages décoiffants d'un médecin appelé en remplacement dans les campagnes du Sud-Ouest. Avec son écriture diffractée par les interférences de la réalité, Le peigne-cocotte vole allègrement dans les plumes du pittoresque rural.

  • Nuit

    Etel Adnan

    "Fusion brève mais puissante de poésie, de prose et de philosophie, ce livre est aussi énigmatique que la nuit elle-même, perpétuellement tendue vers l'illumination tout en la retenant. L'incertitude se déploie comme une rivière souterraine à travers ces pages où les mouvements physiques du monde sont mis en parallèle avec ceux de l'esprit brillant d'Adnan. "La philosophie nous ramène à la simplicité", écrit-elle, tout en essayant avec une grande complexité de concilier l'inconciliable : la relation de la mémoire au temps." - Kimberly Grey (extrait), revue en ligne On the seawall.

  • 33 sonnets plats

    Frédéric Forte

    « et s'il manquait au sonnet l'une de ses trois dimensions ?
    Et s'il s'en écrivait quand même ?
    On les aimerait quand même ?
    (non ce n'est pas de la science-fiction) » Voici comment l'auteur nous introduit à ces 33 sonnets plats, donc 33 poèmes de quatorze vers composés de deux quatrains et de deux tercets, et dont la troisième dimension fait toute la « platitude » dont on se régale. De la mécanique de haute précision !

  • Un basculement intime au moment d'un basculement politique, on a vu le temps fléchir, on ne peut pas faire autre chose qu'espérer. La narratrice prend la route, rencontre des réfugiés dans une forêt de l'Aude, un voleur de bateau en Méditerranée, une infirmière peu conforme à confondre et des squatteurs à Besançon. C'est ça : la narratrice tente de se frotter au monde, de le rencontrer - mais voilà, cela semble vain. Restent les étapes nommées, les Gertrude Stein, Dashiell Hammet, Pere Gimferrer, Jean-Patrick Manchette et Virgile.

    C'est un road movie, une fuite, une fille, la narratrice a bel et bien l'impression qu'elle fuit un crime qu'elle a commis et oublié, un corps gît au centre d'une pièce ; au bout de la course, au moment du retour, c'est elle-même la narratrice qui se retrouve allongée au sol, au centre - et si quelqu'un court encore dehors, en liberté, dans le monde bel et bien rejoint, c'est une sorte de soeur, de double : « court, sandales aux pieds traversant les territoires les muscles bandés le coeur vif et la force du taureau, une qui est sans fatigue ».

  • Banzuke

    Frédérique Forte

    Les poèmes de ce livre ont été composés en utilisant le banzuke du Haru Basho (tournoi de Printemps) 2000 ; sont portraiturés les 40 meilleurs lutteurs de ce tournoi-là. Le nombre de vers de chaque poème est déterminé par le nombre de victoires remportées par le lutteur dans le tournoi. S'il a abandonné, il n'a droit qu'à un monostique. S'il était absent, eh bien il est withdraw (forfait). (Extrait du préambule de l'auteur)

  • Album photo

    Jérôme Game

    Traversant le flux des images qu'on produit et reçoit en continu aujourd'hui et sur lesquelles nos yeux glissent à vive allure, ce livre cherche à ralentir notre regard, à lui redonner une prise concrète sur le monde via une multitude de photopoèmes. Ces images-récits sonnent comme des débuts, ouvrent sur des possibles, invitent à faire un pas de côté hors de la frénésie pour retrouver un regard sensoriel et critique. Dans ce livre comme trempé dans du révélateur poétique, un contrechamp s'ouvre à même la photogénie de la globalisation.

  • Mer et brouillard

    Etel Adnan

    La mer?: peut-être le symbole littéraire originel, incarnant vie, mort et changement incessant. Le brouillard?: mystérieux, atmosphérique, parfois mortel. Ce livre d'Etel Adnan, intitulé à partir des éléments qu'il questionne, est une suite de strophes contemplatives et sombres interrogeant la condition humaine contemporaine. Il s'attache aux forces universelles, affrontant les cycles répétitifs les plus tragiques de la nature humaine?: le départ, la mort, la guerre, l'amour.
    Moins expérimental que ses travaux antérieurs, le terme le plus approprié pour cet ensemble pourrait être «?épique non-narratif?». À certains moments, on perçoit des éléments de la pensée zen et de la philosophie classique, avec des critiques de l'impérialisme et de la violence.

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