Karthala

  • Ethnographie du catholicisme contemporain Nouv.

    Le catholicisme connaît une mutation de grande ampleur. Pourtant, ses transformations récentes telles qu'elles se manifestent sur le terrain, dans les paroisses et dans de nouveaux regroupements, ainsi que dans la cité font l'objet de rares études alors qu'une approche ethnographique paraît particulièrement pertinente pour répondre aux questions qu'elles posent. Comment le catholicisme est-il « travaillé » non seulement par le clergé et l'institution mais aussi et surtout par les croyants eux-mêmes ? Comment se manifestent les dynamiques globales de transnationalisation religieuse, d'individualisation des comportements et de mobilité des appartenances ? Quelles sont les pratiques de ceux qui se définissent comme catholiques aujourd'hui ?

    Cet ouvrage prend comme terrains d'étude la France, le Québec et la Belgique, trois pays francophones d'histoire imprégnée du catholicisme, mais dans un contexte de sécularisation avancée.

    Veillant à expliciter sa démarche, Ethnographies du catholicisme apporte également des éléments de réflexion méthodologique permettant d'appréhender ce qui se passe au plus près du religieux en train de se faire. Évitant les analyses « par la haut », il est proposé les résultats d'études inédites menées sur des sujets aussi variés que : les JMJ, la pop-louange, les pèlerinages, les ermites, la conversion, les parcours missionnaires, la paroisse, etc.

    Au final, ce panel d'observations apporte de précieux éléments d'analyse et de compréhension du catholicisme contemporain qui sauront captiver tout lecteur, qu'il soit spécialiste, étudiant ou juste curieux.

  • Nourri par un travail ethnographique mené depuis 2006, ce livre s'attache à décrire et à analyser la manière dont les Wayùu de Colombie tissent des liens avec leur environnement et l'investissent par leurs pratiques. Le quotidien des Wayùu est présenté à travers les multiples situations qui le jalonnent : plongée en apnée, navigation, pratiques funéraires, danses de la pluie, règlement des conflits, circulation des biens et des animaux, gestion précautionneuse des morts et des esprits, usages des lieux, interprétation des variations climatiques, des cycles stellaires, des phénomènes maritimes...

    Un souci transversal anime l'auteur : saisir la manière dont les événements sont vécus par les protagonistes. C'est un monde singulier, tiraillé par de multiples logiques et peuplé par des êtres de natures diverses que ce livre invite à découvrir. Il pointe ce faisant la nécessité de décentrer notre regard et de questionner nos propres outils conceptuels pour saisir pleinement la spécificité de l'inscription des Wayùu de Colombie dans le monde, entremêlant descriptions ethnographiques, réflexions théoriques et considérations épistémologiques.

  • Comment penser les enjeux démocratiques, les rapports de pouvoir et les incidences des dynamiques globalisées dans un contexte rural ouestafricain contemporain ? Comment cerner cette tension entre « modernité » et « tradition » face aux enjeux vitaux des ressources naturelles et de leurs accès ? Comment saisir le « vivre-ensemble » de groupes ethnicoprofessionnels foncièrement différents mais amenés à se partager un même espace, tout en étant confrontés à la singularité environnementale du Delta intérieur du fleuve Niger au Mali ? Comment comprendre cette fascinante capacité l'adaptation, non sans violence, des populations et de leurs élites face aux bouleversements rapides et aux basculements politiques impulsés depuis le sommet de l'État ? Qui sont ces élites politiques locales ? Ancrée dans une ethnographie fine et fouillée, cette monographie explore ces questions à partir de l'étude de cas de Youwarou, une petite localité du Delta intérieur du fleuve Niger au Mali.
    Début des années 1990, le Mali vit un basculement politique qui se concrétise par la décentralisation de l'État, l'instauration du multipartisme et des élections communales, largement promus par les bailleurs de fonds du Nord. En éclairant les transformations du politique à Youwarou, depuis cet ancrage local et rural, cet ouvrage s'interroge sur les enjeux démocratiques contemporains et les injonctions normatives formulées par l'État malien et les bailleurs de fonds internationaux. L'auteure explore l'articulation pragmatique entre une politique publique visant la démocratisation et une hégémonie de fait des élites politiques locales. Cet ouvrage explore la façon dont les autorités traditionnelles se reconfigurent au fil du temps long et comment ces élites se maintiennent au pouvoir captent diverses rentes des ressources naturelles et du développement. Cet ouvrage s'intéresse aussi aux dynamiques de contrepouvoir et à l'imaginaire politique local construit par les multiples récits de fondation de la localité. Cet ouvrage revisite ainsi l'idée du « local » et du « global », en apportant une contribution à une anthropologie politique contemporaine des modes de gouvernance locale en Afrique de l'Ouest.

  • Cet ouvrage se propose de revisiter la mémoire nationale algérienne pour montrer combien celle-ci participe à fois à la légitimation et à la contestation du pouvoir dans une société façonnée par la guerre d'indépendance, comme l'illustre le rôle majeur de l'armée encore aujourd'hui. L'auteur développe une perspective critique du nationalisme mémoriel algérien et met à jour la pluralité des points de vue, reflet de la diversité en Algérie.
    Il contribue ce faisant à éclairer les fondements de la crise identitaire que traverse la société algérienne, qui peine à élaborer un projet de « vivre ensemble » et à faire émerger une citoyenneté faisant consensus. Cette question se pose avec acuité après les « printemps arabes », et l'affaiblissement de la légitimité révolutionnaire des dirigeants algériens.
    En étudiant « l'histoire vue de l'autre côté », à travers des sources d'une grande amplitude (enquêtes de terrain en Algérie réalisées de 2006 à 2017, étude des musées et des monuments commémoratifs, archives militaires et judiciaires), l'auteur se positionne de manière originale par rapport au contentieux mémoriel franco-algérien. Il propose une histoire connectée des mémoires, faisant la part belle à une analyse critique des usages algériens du passé et des imaginaires sociaux que ces mémoires construisent. « L'histoire à parts égales » n'est-elle pas un devoir pour parvenir à une « juste mémoire » ?

  • Coédition Karthala - IRMC Tunis.

    L'Algérie n'est pas l'exception autoritaire illisible que l'on présente parfois. En combinant les apports de l'observation sociologique et de la théorie critique, ce livre s'efforce de dépasser les fictions qui suggèrent l'existence d'un « Système » omnipotent, impersonnel et corrupteur, en décortiquant les transformations de l'ordre politique algérien au cours des trois premiers mandats d'Abdelaziz Bouteflika. Rendue à la fois possible et nécessaire par la crise qui a touché le pays à partir de la fin des années 1980, cette mise à jour s'est faite en accord avec des tendances globalisées qu'elle imite ou précède, avec en arrière-fond le spectre d'une catastrophe qui menacerait de replonger le pays dans la guerre civile.

    Cet ouvrage part du postulat que l'Algérie est confrontée à une crise toujours latente. Le souvenir de la décennie noire (1992-1999) nourrit ainsi l'idée d'une menace existentielle pesant sur le pays, orientant les politiques gouvernementales et les stratégies des acteurs. Cette situation a une dimension objective, puisqu'elle fait écho à une contestation fragmentée mais néanmoins permanente ainsi qu'aux contradictions internes du cartel qui tient l'État algérien. Elle a aussi une dimension subjective dans la mesure où les discours catastrophistes irriguent l'espace public, annonçant un bouleversement sans cesse repoussé. La crise latente est donc devenue une ressource qui justifie les dispositifs sécuritaires, mais aussi les réformes politiques et économiques.

    Par ailleurs, ce livre étudie aussi la violence symbolique qui accompagne la suspension de la catastrophe. L'incertitude brouille les cartes, questionne le passé et hypothèque l'avenir ; elle touche de plein fouet l'image de la communauté imaginaire, sans invalider totalement l'idéal de sainteté politique sur lequel l'ordre politique algérien a été bâti après 1962. La recherche de sens conduit néanmoins à des discours imputant la responsabilité des problèmes du pays à la population. Les déséquilibres structurels et les choix politiques s'effacent devant l'image d'une société prétendument malade et/ou pré-moderne. Dès lors, le « Système », aussi corrompu et violent qu'il puisse paraître, est naturalisé. Les dirigeants, mais aussi certains de leurs opposants les plus critiques, endossent alors un rôle disciplinaire pour contrôler une masse anarchique et manipulable.

  • Les pays arabes ont récemment connu une série de ruptures politiques et d'évolutions sociales qui ont été l'objet de nombreuses analyses, et pourtant l'impact de ces changements sur les rapports de genre a peu été traité. Les dites « révolutions » ou « printemps arabe » en 2010- 2011, gagnent à être considérés comme des « révoltes » dans la mesure où elles n'ont pas abouti à des évolutions sociales majeures. Ce constat est particulièrement vrai dans le domaine des droits des femmes, et ce malgré une forte mobilisation de ces dernières, qui sera souvent suivie de violence. Ainsi, de symbole d'émancipation, la place Tahrîr est devenue le symbole de la violence de genre existant en Égypte.

    C'est ce dont rend compte cet ouvrage qui explore plus généralement la place que les femmes occupent en contexte arabo-musulman, dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient, ainsi qu'en contexte migratoire. L'approche ici développée est celle des sciences sociales, faisant essentiellement appel à l'anthropologie, à la sociologie, et au droit. Plusieurs axes liés au genre sont privilégiés : la mobilité et la spatialité, les luttes et les mobilisations féminines, les violences contre les femmes ainsi que leurs droits, la virginité et la sexualité, les nouvelles techniques liées à la procréation. Cet ouvrage questionne les changements sociaux au prisme du genre dans ces différents domaines.

  • Plus de 20 ans après le génocide de 1994 au Rwanda, c'est aujourd'hui le processus de reconstruction du pays qui suscite de vifs débats. Pourtant les études approfondies de ce processus sont encore rares. C'est cette lacune que l'ouvrage de Jean-Paul Kimonyo tente de combler.

    Plus de 20 ans après le génocide de 1994 au Rwanda, c'est aujourd'hui le processus de reconstruction du pays qui suscite de vifs débats. Pourtant les études approfondies de ce processus sont encore rares. C'est cette lacune que l'ouvrage de Jean-Paul Kimonyo tente de combler.

    Comment ce pays parmi les plus pauvres au monde, totalement déchiré, a-t-il pu se reconstruire aussi rapidement ? Comment la population divisée a-t-elle fini par vivre, travailler ensemble et participer à la reconstruction du pays ? Quels liens existent-ils entre le succès à consolider mais inespéré du pays et sa gouvernance sujette, elle, à controverse ? De façon succincte mais couvrant une longue période historique et un large spectre de domaines, ce livre tente d'apporter une réponse à ces question et à fournir une explication précise sur les modalités de mise en place de ce processus de reconstruction post-génocide au Rwanda.

    A cette fin, l'auteur retrace les origines et les évolutions du Front patriotique rwandais (FPR), la force politique dominante au Rwanda. Il relate comment des communautés réfugiées, chassées de chez elles à la veille de l'indépendance, éparpillées dans toute la région des Grands Lacs, en sont arrivées 35 ans plus tard à prendre le pouvoir dans leur pays, dans des conditions calamiteuses.

    Ce travail montre comment les choix politiques et idéologiques qui menèrent à la formation du FPR à l'extérieur du Rwanda ont fortement orienté la reconstruction du pays. Sa narration couvre toutes les étapes de celle-ci, jusqu'à la période actuelle, plus focalisée sur les activités de développement.

    L'auteur situe son analyse dans le débat sur les reconstructions post-conflit de cette décennie, dans la région des Grands Lacs, l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient, le poussant à prendre ses distances avec les catégories normatives qui avaient été élaborées en ce domaine à la suite de la chute du mur de Berlin.

  • Cahier photos de 14 pages.

    Ce livre est consacré à la conquête du Sahara (fin XIXe-début XXe siècle), cet espace désertique qui a longtemps nourri les phantasmes des Occidentaux.

    Du rezzou d'Hassi-Inifel jusqu'à l'installation du Père de Foucauld dans l'Ahaggar, ce sont quelques-uns des épisodes les plus marquants de cette histoire qui sont présentés et analysés ici à travers une (re)lecture critique de plusieurs moments clés de cette histoire.

    Toutes les études réunies dans cet ouvrage sont fondées sur des documents issus pour la plupart des Archives nationales d'outre-mer d'Aix-en-Provence. Là, se trouve en effet une somme considérable d'archives traitant de l'avancée puis de l'installation de la France au Sahara central. Écrits souvent passionnants et qui dans leur très grande majorité n'avaient jamais été cités ni étudiés. De plus, ces archives (rapports de tournée, documents officiels, correspondances publiques et privées...) présentent un avantage considérable. Contemporaines des événements, rédigées « à chaud » par les acteurs même de cette conquête, elles dévoilent bien souvent ce que masque, censure ou déforme le discours hagiographique qui, répété de livre en livre, d'article en article, s'est vite transformé en une véritable doxa.

    Ouvrage indispensable pour les passionnés du désert comme pour les historiens de cette région.

  • Dans certaines colonies, le référendum sur la Constitution française du 28 septembre 1958 suscita des protestations contre l'indépendance. À Mayotte, île de l'archipel des Comores, lui-même détaché de la colonie malgache depuis 1946, la mobilisation fut portée par le Congrès des Notables, devenu en 1966 le Mouvement populaire mahorais (MPM), qui revendiquait la départementalisation.

    Les apparences francophiles du mouvement masquaient en réalité un acte de rébellion contre la prédominance des autres îles de l'archipel au sein des institutions locales et nationales, celle-ci étant perçue comme une survivance des dominations passées de la Grande Comore et d'Anjouan.

    À rebours des constructions mémorielles à la gloire du combat pour Mayotte française, cet ouvrage resitue, en s'appuyant sur les archives coloniales et des témoignages, l'histoire du MPM dans le contexte bien particulier des années 1950-1970. Il dévoile le caractère nationaliste et insulaire de ce mouvement et la violence de ses militants. Il retrace le processus de séparation engagé par le MPM pour aboutir à la sécession de Mayotte, en 1975, lorsque le reste de l'archipel des Comores accéda à l'indépendance.

  • Recueillis lors de plusieurs séjours de recherche entre 1985 et 1989, les soixante contes et récits présentés ici en version bilingue peul-français constituent le répertoire quasi exhaustif de Goggo Addi, une conteuse peule de Garoua (Nord-Cameroun), née vers 1911 et décédée en novembre 1999.
    Chacun des textes met en scène différentes facettes de la vision du monde dans laquelle ils s'inscrivent.
    Entre " Le chasseur qui doit apporter les poils de la queue d'une girafe princière à sa femme " et " Koumbo, la fille qui sait faire tomber la pluie ", on découvre une multitude de personnages complémentaires, qui illustrent les principaux noeuds conflictuels de la société, et qui permettent ainsi aux contes d'intervenir dans la constitution et la manifestation de l'identité culturelle.
    Le corpus de la conteuse est précédé du récit de sa vie et de l'analyse de tous les thèmes qui traversent son répertoire.

  • Sur le continent africain comme ailleurs, les femmes et les enfants sont souvent les premières victimes des atteintes aux droits de l'homme. L'intérêt et la force de ce livre, réalisé sous l'égide de l'Institut danois des droits de l'homme (IDDH), sont d'en rendre compte en privilégiant une approche locale et concrète. Envisageant les difficultés rencontrées par des personnes vulnérables que les lois et les coutumes ne protègent pas suffisamment, les études rassemblées ici ont également l'avantage de prendre la mesure des évolutions à l'oeuvre en Afrique. Cet ouvrage se distingue aussi par sa diversité. Fruit du travail de onze chercheurs africains - pour l'essentiel des juristes ayant à coeur de privilégier une approche pluridisciplinaire -, il se penche sur les situations vécues dans huit pays : Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Kenya, Niger, Malawi, Ouganda et Togo. À cette diversité géographique, parfois doublée d'une approche comparatiste, s'ajoute une grande variété de thèmes abordés (mariage, divorce, violences faites aux femmes, protection des mineurs délinquants, participation des femmes à la vie politique.) pour tenter de prendre toute la mesure du sujet. Diversité linguistique enfin, dans la mesure où le principe éditorial retenu a consisté à permettre à chaque auteur d'écrire dans sa langue universitaire de prédilection. Les contributions se répartissent ainsi de manière sensiblement égale entre l'anglais et le français.

  • La question dite ethnique est apparemment au coeur de toutes les crises en Afrique : le Rwanda en 1994, la Côte d'Ivoire, le Congo ou le Burundi aujourd'hui.
    Pourtant la définition de ce qu'on appelait autrefois " les races " ou " les tribus " reste le plus souvent floue, énigmatique ou contradictoire. Autant les " ethnies " reviennent comme des évidences dans les médias, autant les historiens et les autres chercheurs en sciences sociales ont multiplié les remises en cause de ce concept et surtout de son utilisation rigide dans l'africanisme classique. Les trente études réunies ici analysent les dynamiques historiques qui ont forgé les consciences ethniques comme toutes les autres " communautés imaginées ".
    La complexité des constructions collectives, sociales et politiques propres à chaque région d'Afrique a été artificiellement simplifiée et figée dans les lectures et les pratiques coloniales qui ont souvent été intériorisées bon gré mal gré par les colonisés euxmêmes. Les dernières décennies ont été marquées par des sortes de résurgences de ce passé, correspondant en fait à des stratégies politiques et à des montages idéologiques très actuels.
    La conscience et la mobilisation ethniques, proches en cela du mouvement des nationalités dans l'Europe du XIXe siècle, sont profondément impliquées par les enjeux politiques et sociaux des Etats contemporains. Chaque situation demande donc un décryptage de l'ethnicité concernée, entre les héritages culturels d'un passé parfois très ancien, le legs de l'emprise coloniale et les adhésions ou les manipulations du temps présent.
    Dans la fièvre des affirmations identitaires actuelles et le réveil d'une ethnicité à l'échelle planétaire, les " ethnies " africaines n'échappent pas aux tentations de l'ethnisme. Les cas étudiés dans ce livre par un groupe d'historiens européens et africains méritent toujours d'être médités.

  • La constitution brésilienne de 1988 prévoit que soient reconnues et légalisées les terres des populations noires paysannes dont les ancêtres étaient des esclaves fugitifs et vivaient en communautés (communautés marrons, en brésilien quilombos).
    Votée dans le contexte du premier centenaire de l'abolition de l'esclavage et sous la pression des mouvements militants noirs, cette disposition était surtout un gage symbolique de réconciliation nationale. Dépourvue de tout cadre réglementaire, elle ne semblait d'ailleurs pas applicable. Les quilombos n'étaient voués qu'à être d'improbables lieux de mémoire. Au début des années 1990, pourtant, des " communautés noires " affirment être les héritières des anciens quilombos et, invoquant la constitution, exigent les titres de propriété des terres qu'elles occupent.
    A l'interface entre " question agraire " et " question raciale ", entre mémoire et ethnicité, au carrefour du terrain ethnographique et de l'analyse sociologique, cet ouvrage propose de suivre l'aventure au cours de laquelle l'une de ces communautés, Rio das Rãs (littéralement " Rivière des Grenouilles ") de l'État de Bahia, fut amenée à puiser dans son passé les ressources pour garantir sa survie dans le Brésil contemporain.

  • Le monde occidental connaît le Hezbollah en tant que parti chiite, agent de l'Iran au Liban et force militaire qui fait la guerre à Israël. Médias et gouvernements dénoncent le rôle destructeur du "parti de Dieu" au sein du pays du Cèdre, ainsi que ses ambitions islamistes et terroristes néfastes au bon développement de la société plurielle libanaise. Ce livre s'adresse aux lecteurs et lectrices qui ne se suffisent pas d'une telle analyse réductrice.

    Basé sur une connaissance du terrain longue de quinze années et sur l'analyse d'une trentaine d'entretiens, ce livre propose une nouvelle grille de lecture du Hezbollah, qui l'examine non pas comme phénomène externe à la société libanaise mais comme protagoniste inscrit dans l'histoire sociale et politique du pays. Mona Harb analyse aussi comment le Hezbollah forge au sein de la communauté chiite, longtemps stigmatisée, une conscience collective et un sentiment d'appartenance territoriale qui engendrent des sentiments de fierté, d'orgueil et de confiance.

  • Analyses et controverses se succèdent sur le génocide des Tutsi et le massacre des Hutu démocrates au Rwanda en 1994, mais souvent loin des réalités du terrain. Cet ouvrage est au contraire le résultat d'une enquête qui nous livre un document de première importance sur l'agenda de ces crimes de masse. Avec le témoignage de Richard Mugenzi, recruté dès le mois d'octobre 1990 comme espion par les Forces armées rwandaises, nous sommes au coeur de la machine politico-militaire préparant le génocide, par lequel des groupes extrémistes espérainet conserver et même renforcer leur emprise -jusque-là san spartage - sur le Rwanda. Les explications de cet ancien agent de renseignement de l'armée rwandaise rappellent que les massacres nt suivi une logique militaire et politique, et que les machettes des miliciens s'appuyaient aussi sur des armes modernes et sur un pouvoir sophistiqué.

    Ce livre aide à comprendre la logique profonde et l'efficacité redoutable de la machine monté, avec l'appui de militaires français, par les services de renseignement de l'armée rwandaise, acteurs de premier plan de la désinformation et de la propagande raciste déployée à la même époque par les médias extrémistes rwandais.

  • Contrairement au domaine français, où l'épopée a disparu depuis longtemps, l'Afrique contemporaine comporte encore deux grandes zones où le genre épique est particulièrement vivace : l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale et orientale, avec une extension en Afrique du Sud. Ces deux grandes zones offrent une panoplie incomparable d'épopées royales, corporatives, religieuses ou mythologiques, qui, fixées par écrit, dévoilent une incroyable beauté formelle.
    Cet ouvrage propose au lecteur francophone un vaste panorama qui, par la richesse des textes offerts en anthologie, et par la pertinence des analyses proposées, autorise une compréhension en profondeur, non seulement des épopées africaines, mais encore des formes et des objectifs du genre épique dans des aires géographiques et culturelles très variées.

  • Le Hezbollah libanais irrite, intrigue et fascine. S'il a pu être d'abord décrit comme un parti des mustad'afîn (les « démunis ») et des mahrûmîn (les « déshérités ») dans les régions négligées de la Bekaa et du Sud-Liban puis dans la banlieue sud de la capitale, le Hezbollah joue aujourd'hui un rôle central dans la mobilisation de l'ensemble de la communauté chiite libanaise, toutes classes sociales confondues.
    L'essentiel de la production scientifique sur ce parti a principalement été consacré à son histoire, à sa mobilisation et au parcours de ses principaux dirigeants, à sa « libanisation », à sa structure politique et idéologique ainsi qu'à ses pratiques religieuses. Ce livre met l'accent sur un autre aspect : les militants du parti, qui le vivent au quotidien.
    Retraçant les histoires des femmes et des hommes qui, à un certain moment de leur vie, ont décidé de s'engager de diverses manières dans les rangs du Hezbollah, il analyse la pluralité des motivations, des parcours de vie et des types d'engagement, tout en reconstituant le système symbolique et quasi liturgique qui conditionne et entretient la mobilisation politique pour ce parti.

    Cet ouvrage repose sur une centaine d'entretiens réalisés auprès de militants et de cadres du Hezbollah entre 2005 et 2011, sur l'analyse de nombreux documents du parti (tracts, discours, vidéos...) et sur de multiples observations. Ainsi, l'auteur déconstruit le stéréotype de militants socialement marginalisés, très religieux, voire « terroristes », et relativise l'assimilation mécanique entre l'adhésion au Hezbollah et l'ensemble des expériences politiques vécues par les chiites libanais.

    Loin de se réduire à son Conseil exécutif principal, à son leadership ou à son expression officielle, ce parti est aussi l'ensemble de ses militants, qui en représente bien plus profondément la réalité. Les ressorts de la mobilisation se trouvent également dans le façonnage organisationnel que le Hezbollah offre à ses militants et qui combine coercition et sensibilisation, rétributions matérielles et symboliques.
    Pour comprendre ce que fait et ce que dit le Hezbollah, il faut saisir ce qu'il est, et la société qu'il forme. Ce livre plonge ainsi dans la société du Hezbollah, une dimension peu documentée et pourtant essentielle à la compréhension des engagements qu'il peut susciter.

  • Soixante ans après « la Toussaint rouge » (1er novembre 1954), date du début de l'insurrection algérienne, l'historiographie connaît un renouvellement des questionnements. Cette dynamique de recherche est globalement portée par une jeune génération d'universitaires et de chercheurs qui, sans se démarquer totalement de la génération précédente, la renouvelle en grande partie. Celle de l'après-guerre d'Algérie avait posé les cadres généraux de l'histoire de la période et d'une certaine manière « dégrossi » l'histoire de ces années de feu, à travers de grandes « fresques » qui balisaient toute la période, mais plus rarement à travers des travaux ponctuels focalisés sur les principaux acteurs (biographies, portraits et engagements contextualisés).

    Ces travaux apportent de nouveaux éclairages sur la compréhension de la guerre. Les approches explorent davantage les racines et les dimensions internationales du conflit. Sont ainsi abordés le rôle de la Hongrie, de l'Italie, d'Israël et de la Croix Rouge. Le caractère nouveau de ces recherches se retrouve également dans l'attention portée aux opinions publiques, à la communication et au rôle de l'imprimé (éditeurs et éditions), aux idéologies, aux représentations et aux pratiques des acteurs de la confrontation (théories et théoriciens de la guerre anti-subversive, combattants et opposants à la guerre), aux rapports hommes/ femmes dans les luttes (militantes et porteuses de valises).

    Certaines études descendent jusqu'à la région, à la ville, au village sous forme de monographies, apportant un regard plus localisé et territorialisé sur le conflit (l'action politique en milieu rural, les Aurès, la Kabylie avec la Wilaya III, la manifestation du 14 juillet 1953 à Paris...). La dimension mémorielle est également revisitée non seulement dans une perspective intergénérationnelle, dans ce qu'elle traduit comme recompositions identitaires, mais aussi dans ce qu'elle laisse à voir comme imposition idéologique.

  • Jacques Giri a mené avec sérieux son enquête sur les sources qui nous parlent du Jésus de l'histoire et des premières communautés chrétiennes - celles du Nouveau Testament et celles qui vont de Clément de Rome à Marcion. Il s'est plongé avec sérieux dans une littérature technique, dont il reformule les résultats en un style clair, et porte sur le sujet un jugement pondéré. Face à la pléthore de ce genre d'ouvrage, souvent écrit en langues étrangères et marqué par l'appartenance confessionnelle, il veut « essayer de servir de guide à travers ces terres peu ou mal connues ». Une synthèse équilibrée sur un sujet difficile, présentée ave c clarté et honnêteté scientifique.

    Les Études, mai 2008.

    Le polytechnicien Jacques Giri nous livre ici un courageux parcours de reconnaissance dans ce maquis d'ouvrages et d'hypothèses, à la manière, dit-il, d'un « honnête homme » du Grand Siècle. En somme, voici un dossier didactique, clair et utile sur les travaux historiques actuels.

    Archives de Sciences Sociales des Religions, avril-juin 2008.

    Plus les enquêtes avancent, plus croît la perplexité sur l'historicité des récits évangéliques. Puisant aux sources les plus récentes et les plus érudites, Jacques Giri recense impitoyablement les contradictions des récits « légendaires » de la naissance et de l'enfance de Jésus. Ou les fantaisies d'interprétation liées au « Royaume de Dieu ». Ou encore les divergences des chercheurs sur les événements ayant précédé la mort de Jésus, son entrée à Jérusalem, son algarade avec les marchands du Temple, la Cène. Si l'authenticité de la crucifixion est établie, comment ignorer les surcharges de la réécriture visant à faire porter la responsabilité de cet événement aux juifs plutôt qu'aux Romains ? Il s'ensuit une surabondance de portraits de Jésus : du Christ céleste au Jésus mythique, du révolutionnaire au prophète apocalyptique, du sage juif au fils de Dieu ou au héros grec. Le mérite du livre est de « déconstruire Jésus » pour mieux faire ressortir le rôle dominant des premières communautés chrétiennes.

    Henri Tincq, Le Monde des Religions, mars-avril 2012.

  • A la fin du XIXe siècle, sauf à l'intérieur de quelques garnisons et forts de traite européens de la côte, les prisons étaient inconnues en Afrique.
    Aujourd'hui, les Etats africains utilisent massivement le système pénitentiaire légué par les colonisateurs. Comme le rappellent chaque jour les prisons surpeuplées du Rwanda, la nuit carcérale étend désormais son ombre sur l'ensemble des sociétés au sud du Sahara. Dès les premières années de la conquête coloniale, la prison joua un rôle central dans le contrôle de la population. Des bâtiments temporaires aidèrent à contraindre et à soumettre les Africains au travail forcé et à l'impôt obligatoire, remplacés bientôt par un maillage serré de prisons permanentes, partie intégrante du décor colonial et de ses techniques répressives.
    Aujourd'hui, ce réseau architectural n'a été ni détruit ni remplacé, et fournit la majeure partie des bâtisses utilisées par le régime pénal des Etats contemporains. Mais la prison fait partie d'un ensemble plus vaste. Les gouvernements coloniaux dotèrent leurs territoires d'institutions destinées à connaître, comprendre et surtout quadriller les espaces et les hommes qui persistaient à leur échapper.
    Ces outils intellectuels et matériels - cartes ethniques, routes, villages regroupés, asiles, camps de travail - enfermèrent peu à peu l'Afrique dans une nouvelle forme d'espace politique, dont les paysages actuels sont les héritiers directs. Ce basculement séculaire d'une Afrique ouverte à une Afrique fermée contient de précieuses leçons sur l'efficacité des modèles de gouvernement occidentaux à envahir d'autres aires culturelles, sur la capacité des hommes ordinaires à refuser ou à manipuler les systèmes imposés de l'extérieur, ainsi que sur le destin de l'autorité en Afrique, et de ses Etats.
    Cet ouvrage présente pour la première fois l'histoire sociale, culturelle et politique des arsenaux répressifs apparus en Afrique, depuis la capture des esclaves au XIXe siècle jusqu'aux prisons du génocide rwandais, en passant par les asiles d'aliénés coloniaux, les camps de réfugiés, et les réponses des prisonniers à leurs bourreaux.

  • L'émergence et le maintien des espaces en marge constituent un phénomène global qui appelle un travail d'anthropologie comparée. Cet ouvrage met en miroir les camps de réfugiés palestiniens au Liban et les favelas brésiliennes. Bien que nés dans des contextes historiques et politiques très différents, la condition actuelle des camps et des favelas, aux marges de la ville et de l'État, invite au rapprochement. Au Liban, la situation des réfugiés palestiniens est des plus difficiles au regard des autres communautés de la diaspora palestinienne, l'intégration des Palestiniens dans la société libanaise ayant toujours représenté une menace pour l'équilibre confessionnel du pays. Au Brésil, si les habitants des favelas sont, en principe, des citoyens brésiliens, ils se situent de facto aux marges politiques, économiques, sociales et juridiques de la société, la favela étant considérée comme l'espace de la criminalité et de la drogue. Amanda Dias s'intéresse aux processus sociaux et identitaires qui se développent à l'intérieur de ces espaces marqués par la précarité et la stigmatisation, ainsi qu'aux interactions avec l'État et la société dans laquelle ils s'insèrent. En privilégiant une approche ethnographique dans le camp de Beddawi et la favela d'Acari, elle révèle les stratégies de survie de leurs populations et l'existence d'importants réseaux d'entraide au sein du camp et de la favela. Elle accorde, enfin, une attention particulière à ceux qu'elle identifie comme les « intellectuels des marges », artistes et militants, portes d'entrée microsociologiques pour comprendre la condition des réfugiés, des favelados et de leurs lieux de vie. L'exercice comparatif ne se réduit pas à pointer similitudes et différences, il ne prétend pas non plus à la création d'un modèle explicatif globalisant mais porte la promesse d'un regard renouvelé. Docteur de l'École des hautes études en sciences sociales (Paris) et de l'Université de l'État de Rio de Janeiro, Amanda Dias est chercheur associé au Laboratoire d'anthropologie urbaine et au Centre de recherches sur le Brésil colonial et contemporain. Elle est membre du comité de rédaction de la revue Brésil(s). Sciences humaines et sociales et a contribué à plusieurs ouvrages collectifs, en français, en portugais et en anglais

  • Ce livre se fonde sur le célèbre cri de protestation et d'espoir, « Y'en a marre », né au Sénégal et repris par la jeunesse africaine et sur l'inventivité artistique des gens de peu pour imaginer les rêves d'un autre monde possible. Il esquisse les modalités pratiques par lesquelles la philosophie africaine peut renoncer à « l'immaculée conception » et s'approprier vigoureusement la question du social.

    Kasereka Kavwahirehi pose ainsi courageusement la question du renouvellement, de la reconstruction, de la production du sens et de la finalité de la philosophie africaine dans un contexte où l'Afrique doit construire son « à-venir » en faisant face à de nouvelles luttes sociales contre la poussée néo-libérale et la mondialisation violente des inégalités.

    Le pari de ce livre est de faire éclore une philosophie africaine qui témoigne du désir de profondes transformations sociales et politiques qu'expriment les foyers de résistance constitués par les mouvements citoyens, la musique urbaine et les gens ordinaires qui utilisent leur précarité comme force mobilisatrice et point initial pour l'action et la solidarité. C'est une invitation à jeter un regard neuf sur le monde et à réactualiser les potentiels utopiques des mémoires africaines. À l'exemple de Socrate, sillonner les rues de nos cités bruyantes et y jouer le rôle de sage-femme, tel est aussi le défi à relever.

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