• Dans cette Chanson l'oreille voit et l'oeil entend. La recherche visuelle/sonore, l'inventivité de l'écriture donnent naissance à une polyphonie de voix émiettées en séries de lancers, à un éclatement de la parole, parfois jusqu'à sa mise en poudre. Joug et Joui sont le jour et la nuit, la lune et le soleil, l'eau et la soif, Eros et Thanatos, mais aussi bien le Méchant et le Gentil des contes, le malheur et le bonheur, malchance et chance, douleur et plaisir, elle et lui, tantôt lui, tantôt elle, tout le monde, personne. Deux anguilles, deux drôles de larrons inséparables. Et voici la chanson est le poème de leur histoire et l'histoire du poème, où l'écriture mène la danse à toute allure et se met soudain à chanter à voix cassée. Rester en vie, exister ici et maintenant, même dans l'insensé, voilà la chanson de Et voici la chanson avec ses voltes, ses intrications, ses élans, ses ruptures. La quête de l'auteur y est encore et toujours d'écrire « du » poème comme elle le dit. Une matière faite de tout, où elle taille et qui sonne, bouge, s'échappe, rebondit, se casse, file vaille que vaille. L'essentiel est que le chant s'invente à la lecture ou à l'écoute et que, de lui, découle une joie, « un appétit immense, une forme de jubilation qui emporte la lecture au-delà de la compréhension rationnelle » comme l'écrit Claudine Galéa de la poésie d'Hélène Sanguinetti (Cahiers Critiques de Poésie n° 17) et dont naît cette « beauté neuve » surgissant « dans une cascade de visions-éclairs comme venues de couches de vie intactes, primitives. » (Marta Krol, Le Matricule des anges, n°87).

  • Il s'agit d'un texte théâtral inédit de Michelangelo Antonioni écrit en collaboration avec Elio Bartolini, coscénariste du Cri, de L'Avventura et de L'Eclipse. Scandales secrets met en scène les theèmes chers a Antonioni dans ses films de cette période et fait la chronique de trois amours dont l'échec sert de catalyseur à l'émancipation des deux personnages féminins. L'intrigue se développe autour des amours clandestines de deux soeurs pour le même homme, dans la somnolente province du nord de l'Italie qui vient de connaitre les débuts du miracle économique et son cortège d'illusions. Deux soeurs, Diana (incarnée dans la mise en scène d'Antonioni par Monica Vitti) et Vittoria (Virna Lisi), vivent dans une petite ville du nord de l'Italie : la première est résignée à ce rythme de vie mesuré et prévisible dont l'autre sent en revanche toutes les restrictions mortifères. Tandis que Diana est fiancée avec Gianluigi, jeune professeur universitaire, Vittoria est la maitresse de Marco, à la vie dissipée, suffisamment cynique pour se consacrer presque uniquement à sa vie amoureuse pour laquelle il ne manque ni de temps ni de moyen semble-t-il. La relation scandaleuse de Vittoria est le moteur de l'intrigue : non seulement elle est à l'origine de conflits répétés entre les deux soeurs, mais elle sera la cause de la mort de leur mère malade du coeur, prélude à leur propre séparation. Si Vittoria se prépare à quitter leur petite ville natale pour les lumières de la grande ville, Diana se retrouve victime des attentions de ce même Marco, qui lui fait une cour de plus en plus pressante jusqu'a la convaincre d'admettre la mesquinerie de son mariage imminent avec Gianluigi.

  • La pièce met en lumière les raisons du long séjour de Pétrarque à Carpentras, à Avignon et à Vaucluse. Fils d'un exilé florentin pourchassé comme Dante pour des raisons politiques, Pétrarque reviendra vivre en Italie les vingt dernières années de sa vie, mais ce ne fut pas un « long fleuve tranquille » comme on pourra le constater au travers du 4e des 5 « entretiens » prévus. Grand voyageur et grand humaniste, Pétrarque aura marqué son époque tout en désespérant de la politique menée par ses contemporains français, italiens ou germaniques. Son amour pour Laure - ou pour le laurier poétique - aura été l'étoile qui a conduit son nom vers la postérité.

    Cette pièce procède du désir de faire découvrir la vie du grand poète italo- provençal dans sa dimension historique et non pas seulement légendaire. Les dialogues imaginés entre Pétrarque et certains membres de sa famille ou avec tels éminents personnages comme Philippe de Cabassole, Boccace, Cola di Rienzo, le pape Clément VI, l'empereur du Saint-Empire Charles IV, ne sont sans doute que plausibles mais ils s'appuient sur des témoignages historiquement avérés et sur la correspondance de Pétrarque, ainsi que sur le reste de son oeuvre.

  • Jacques Copeau

    Collectif

    Préface de Jacques Lassalle, Postface de Catherine Dasté Textes de Maria Ines Aliverti, Marco Consolini, Marion Denizot, Thomas Donahue, Simone Drouin, Yukie Mase, Vincenzo Mazza, Miloš Mistrík, Keiko Miyamoto, Simona Montini, Zbigniew Osinski, Pierre Philippe-Meden, Maryline Romain, Gessica Scapin, Marc Sorlot Suivis de la pièce inédite des Copiaus Les Jeunes Gens et l'Araignée Sous la direction de Miloš Mistrík L'intitulé du livre Jacques Copeau hier et aujourd'hui est une métaphore. Une équipe internationale d'auteurs provenant de France, d'Italie, de Pologne, de Slovaquie, du Japon et des États-Unis se concentre principalement sur l'histoire et sur des aspects encore inexplorés de l'oeuvre de Copeau, aborde les débuts de Jacques Copeau, ses sources d'inspiration, évoque ses amis de jeunesse et les hommes qui l'ont aidé à forger sa propre vision du théâtre, étudie sa propre activité théâtrale et son École qui est toujours restée une priorité pour lui, sans oublier les créations de ses élèves et disciples. Le Jacques Copeau d'hier peut être perçu comme vivant et comme source de nos jours.
    Nous publions en annexe une pièce, jusqu'à présent inédite, Les Jeunes Gens et l'Araignée ou La Tragédie imaginaire, composée par Jean Villard-Gilles et Michel Saint-Denis.

  • Créée en 1986, la compagnie Pippo Delbono jouit aujourd'hui d'une véritable renommée internationale. De l'exil de Pepe Robledo durant la dictature de la fin des années 1970 en Argentine, à la rencontre avec ce petit homme que tout le monde appelle Bobò dans un hôpital psychiatrique près de Naples, c'est tout un archipel de trajectoires et d'expériences diverses, de parcours croisés, que recouvre la notion même de compagnie, dont Baptiste Pizzinat interroge ici l'évidence sociologique.
    Partant d'une ethnographie intimiste, mais non moins rigoureuse, l'auteur montre en quoi la recherche artistique de la compagnie Pippo Delbono est irréductible au seul domaine du théâtre, mais s'inscrit dans l'invention d'un langage original qui n'a de cesse de déplacer les frontières entre l'art et la vie, invitant à sa manière chacun d'entre nous à faire de l'expérience esthétique une expérience humaine globale de transformation de soi.

  • Ces deux-là n'auraient pas dû se rencontrer. Elle s'est construit une histoire d'amour avec un beau pompier. Lui n'a vu que la possibilité d'assouvir ses pulsions sexuelles. Elle n'a pas su dire non. Il l'a offerte aux autres. Pourquoi aurait-il été le seul à profiter de la bonne aubaine. Elle doit aimer ça puisqu'elle ne dit jamais non. Mais en a-t-elle la capacité ? Sait-elle qu'elle peut dire non ? C'est une fille limitée, c'est ce qu'ils disent mais font comme s'ils ne s'en apercevaient pas. Elle a fini par raconter. À d'autres femmes. Et il va être jugé. Il a peur. La cité va défendre la victime contre ses bourreaux. Vraiment ? Dans un monde d'hommes. La parole d'une fille « limitée » qui se comporte comme une « chienne » de film porno, contre celle d'un soldat du feu. Et la fille gagnerait ?

  • La grande décharge

    Eric Pessan

    Ils ont quitté la ville, chassés par la misère, coupant tout lien avec leur passé.
    Leur pas les ont guidés vers la grande décharge, ce ventre gigantesque surgi à la périphérie de la ville, sans cesse nourri et engraissé par la noria de benne chargée à ras bord de détritus et du trop-plein de ceux d'en face.
    Petit à petit ils se sont acclimatés à leur nouvel environnement et y ont pris racine.
    De la ville ils ont encore conservé le langage qui évoluera inéluctablement vers l'extrême dépouillement faute de nourriture spirituelle et d'un apport culturel.
    Ils sont pourtant nos semblables, abandonnés au bord de la route puis oubliés. La grande décharge est devenue leur terre d'accueil où s'ébattent leurs enfants, loin du regard de leurs mères, continuellement inquiètes, mais impuissantes à suivre leur déplacement dans ce territoire chaotique, véritable enfer sur terre dont chaque parcelle est source de mortels périls.
    Ils sont contraints de s'entendre et de partager la richesse de la décharge : à tel les pneus, à tel autre les métaux.
    Le temps est marqué par l'arrivée des bennes. Une grève des éboueurs les plongent aussitôt dans le désespoir, mais il n'y a point de sortie.
    La frontière, bien qu'invisible, existe et leur donne paradoxalement un sentiment de possession.
    Le territoire de la grande décharge est bien le leur, pourquoi alors ne pas proclamer leur république : « la République de la Grande Décharge ».
    La métaphore va loin, elle est le triste reflet d'une réalité humaine et écologique.

  • À l'inverse de beaucoup de cinéastes italiens dont l'oeuvre a été découverte en France dans la continuité de son développement, celle de Luchino Visconti a connu de multiples aléas. Les premiers films du cinéaste sont arrivés dans le désordre : l'accueil critique s'en est ressenti. Visconti tourne son premier film, Ossessione, en 1942. Le fascisme est au pouvoir. L'oeuvre constitue une remise en cause absolue des formes dominantes d'expression. Le film ne sortira en France qu'en 1959 sous le titre racoleur de Les Amants diaboliques. Après la guerre, Visconti se consacre au théâtre. Il ne revient au cinéma qu'en 1947 avec La terre tremble, un film diversement accueilli au festival de Venise où il est présenté en 1948. Suivent Bellissima (1951), qui ne sera distribué en France que dix ans plus tard, et Senso (1954), premier film situé dans le passé et qui provoque en Italie un intense débat idéologique. Par souci de prise de distance, Visconti tourne ensuite Les Nuits blanches (1957) avant de donner successivement les deux oeuvres qui vont définitivement établir sa réputation, Rocco et ses frères (1961) et Le Guépard (1963), palme d'or à Cannes. Dès lors, la notoriété du cinéaste est installée. Vu de France, Visconti est devenu une des valeurs sûres du cinéma italien.
    C'est le parcours critique et la réception des oeuvres que présente le livre de Jean A. Gili.

  • Kaiser ; notre père

    Alexis Ragougneau

    Kaiser conte la trajectoire américaine des frères Kaiser, fondateurs à la fin du XIXème siècle des abattoirs géants de Chicago, instaurant pour la première fois - bien avant Ford - le travail à la chaîne, transformant radicalement la manière de travailler et de se nourrir du monde occidental, faisant germer sur un même sol les deux grands phénomènes de masse qui ont marqué le vingtième siècle : consommation et génocide. Rarement un lieu aura-t-il à ce point concentré les prémices d'un siècle en gestation : le monde moderne est né au fond des abattoirs de Chicago. Kaiser raconte l'épopée de cette naissance.

    Notre Père est une fiction s'inspirant d'une histoire vraie, celle de l'une des plus puissantes congrégations de l'Eglise catholique. Considéré par beaucoup comme un véritable saint, son fondateur et dirigeant pendant plus de soixante ans était en réalité un criminel dont la culpabilité a été reconnue sur le tard par les autorités vaticanes. L'affaire décrite dans Notre Père va bien au delà du simple fait divers, repoussant à des limites exceptionnelles le contraste entre les apparences et la réalité, entre l'ombre et la lumière.

  • Faire ça ! A son fils ! de Josep M. Benet i Jornet.

    Gloria : Tu les baises... On ne peut même pas dire que tu les mets au lit, pas besoin de lit... Tu les baises et après... (Pause.). Et après, comme qui dirait. tu les élimines.
    Pau : Non !
    Gloria : (Naturelle.) Tu les tues, avoue-le, mon fils. Tu les tues !

    La femme incomplète de David Planas.

    Le médecin : Qu'est-ce qui s'est passé ?
    La secrétaire : Lui, là, le bras orthopédique que vous m'avez mis hier, il fait des mouvements que je ne contrôle pas.
    Le médecin : Non, ça c'est impossible.

  • Ce récit écrit au fil de la plume retrace un itinéraire à travers le monde du spectacle vivant sur environ 40 ans. Celui d'un homme de théâtre qui a commencé sa carrière d'acteur en Provence, dans la décentralisation, confronté tout d'abord à Sophocle, Molière, Labiche, Giono ou Giraudoux, il a également très vite été intéressé par les techniques de la scène, menant ces diverses activités avec enthousiasme.
    Arrivé à Paris, il a vécu aux côtés de Jean Mercure, son fondateur, l'aventure de la création du Théâtre de la Ville en 1967. L'auteur fait revivre tout un pan de l'histoire de ce lieu au renom international. On y retrouve des parcours artistiques exceptionnels, on y voit des artistes aujourd'hui reconnus débuter leur carrière, on y évoque des oeuvres marquantes qui y ont été créées. On passe aussi de l'autre côté du rideau pour entrer dans la fabrication des spectacles, les répétitions, les doutes et les joies de la création au travers d'anecdotes et de souvenirs.
    Puis, on voyage avec l'auteur dans le monde entier au gré de sa curiosité à la recherche des spectacles qui ont fait la réputation de ce théâtre.

  • Le radin

    Danielle Helme

    D'abord bouc émissaire parce que Français en Côte d'ivoire en 2004, Aubert l'est à nouveau en réinsertion sur son lieu de travail de retour en France. Dès lors, rendre la vie de ses proches acceptable quand on est radin est loin d'être une sinécure. Roman ancré dans le quotidien de cette passion maladive de l'avarice avec ses privations et routines qui engendrent un sentiment de frustration, qu'éprouvent sa femme, animée d'un désir d'aimer, trouvant ailleurs les plaisirs et sa fille en quête de pureté. Des années plus tard, Aubert voit tout l'argent économisé dans une vie de travail et de gestion attentive risquer de partir en fumée. Dans une petite ville en périphérie de Grenoble, un pied dans la zone rurale, un pied dans la zone urbaine, qui occupe la place d'un protagoniste. Immersion saisissante de réalisme dans une famille qui se désagrège par l'argent. Danielle Helme explore avec force les diverses facettes de concevoir l'argent, de le détester, de l'ignorer ou de l'adorer, tout en faisant surgir de l'indicible. Et si Aubert devenait avare compulsif à cause d'une vulnérabilité génétique ? De circonstances défavorables ? De son environnement ? D'un peu tout ceci.

  • «Il y a une dimension plus chamanique qu'onirique dans la poésie telle que la pratique H. Sanguinetti. Et les peuplades que convoquent ses laisses syncopées semblent émerger de quelque tribu primordiale ou de l'imagination d'une fillette rêvant d'un ogre à la veillée - cet «enfant muet que traverse la voix du monde», peut-être, apparaissant à la fin du conte (en prose) qui clôt le sixième chant d'Alparegho.

    On reste émerveillé, quoiqu'il en soit, par le charme tangible qui se dégage du poème. Vertu talismanique? Qui sait...
    «Une langue qui n'existe/ pas/ attend/ au fond du bol/ que je boive/ j'ai bu», écrit Hélène Sanguinetti. Faisons comme elle.» Yves di Manno, Vient de paraître n°22, sept 2005.
    «Cavalier déchu qui tremble sous l'armure, lépreux condamné à l'errance, rejeté de tous parce que d'identité incertaine, Alparegho, Pareil-à-rien, offre le visage des rescapés des outrages du monde.
    «Plus qu'un visage». Qui «se dilate à l'infini»*. Alparegho, Pareil-à rien. Pareil-à-tous.» Pietro Citati (La Pensée chatoyante) Angèle Paoli, Terres de femmes, janv. 2008.

  • Que le théâtre ne soit pas un métier, mais une façon de vivre, une morale, un pari d'existence ; qu'il constitue moins une profession qu'une famille, qu'il engage le tout d'un individu, sa mémoire, ses fibres, ses amours et ses rêves ; et qu'il soit en cela plus proche de la poésie que des industries culturelles, du barde antique que du prestidigitateur - plus soudé à l'organisme humain qu'à nos prothèses et nos appareils - il suffira, pour s'en convaincre, de lire De théâtre et d'eau fraîche. Ce savoir théâtral un peu abstrait, Claude Confortès lui donne couleur et chaleur dans ce récit pittoresque, picaresque et sans façon. C'est un homme de l'art, qui en connaît comme personne toutes les facettes - comédien, auteur, dramaturge, metteur en scène, et qui, de son art, a fait chair et sang.
    Régis Debray Comédien au TNP avec JeanVilar et au Théâtre du Soleil avec ArianeMnouchkine, metteur en scène, assistant de Peter Brook, écrivain de théâtre, de poésie (récompensé par un Grand Prix de la SACEM), auteur d'un Répertoire d'auteurs de théâtre contemporain de langue française, de fictions radiophoniques, acteur et réalisateur de films, pédagogue, homme de rencontres, de convictions et d'engagements, Claude Confortès raconte au fil des pages son parcours théâtral, dans un récit tendre, entouré d'une époustouflante galerie d'amis.

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