• Ce livre aurait pu s'intituler Contre une psychiatrie industrielle, quantitative, protocolisée, standardisée, numérisable, objectivante, désincarnée, ultrarapide et inégalitaire, mais c'eût été trop long et difficile à retenir. C'est dommage car l'heure est grave : le pouvoir politique abandonne la psychiatrie publique à sa misère, plusieurs ténors de la profession militent pour instaurer une psychiatrie industrielle, quantitative standardisée, numérisable, objectivante, désincarnée, ultrarapide et inégalitaire, et les malades les plus fragiles font les frais d'un économisme sanitaire totalement dénué d'état d'âme. Constat inquiétant, lorsqu'on sait qu'un Français sur trois a été, est, ou sera atteint d'un trouble mental, et que le degré de civilisation d'une société se mesure à la manière dont elle traite ses membres les plus fragiles.
    Mais il n'est pas forcément trop tard pour restaurer une psychiatrie artisanale, prévenante, lente et respectueuse des singularités des personnes qu'elle soigne.
    C'est de cet espoir que ce livre procède.

  • Atteint du syndrome d'Asperger, l'homme qui se livre ici aime la vérité, la transparence, le scrabble, la logi que, les catastrophes aériennes et Sophie Sylvestre, une camarade de lycée jamais revue depuis trente ans. Farouche ennemi des compromis dont s'accommode la socialité ordi- naire, il souffre, aux funérailles de sa grand- mère, d'entendre l'officiante exagérer les vertus de la défunte. Parallèlement, il rêve de vivre avec Sophie Sylvestre un amour sans nuages ni faux- semblants, et d'écrire un Traité de criminologie domestique.
    Par chance, il aime aussi la solitude.

  • « Esther X. a décidé de se nourrir de sperme et de sang. Dans les toilettes d'un bar, elle trouve plusieurs hommes très heureux de la sustenter, jusqu'à ce qu'elle en morde un très profondément à l'oreille. Sans le savoir, il aura frôlé le pire. » « Désespéré par l'inconduite de sa petite amie, Loïc Y. absorbe cinquante comprimés de somnifère. On le sauve. Cent comprimés. On le ranime. Deux cents comprimés, on le ressuscite. Quand ça veut pas, ça veut pas. » Clin d'oeil appuyé aux Nouvelles en trois lignes de Félix Fénéon, ce recueil d'observations saisies sur le vif ouvre une fenêtre sur des mondes intérieurs chamboulés par la souffrance ou la maladie psychique. On n'y trouvera pas la pierre de folie, mais la matière de destins ici tragiques, là cocasses, partout émouvants.

  • Gaston Ferdière est ce psychiatre inconnu qui a reçu et soigné Antonin Artaud à l'hôpital de Rodez entre 1943 et 1946. La mémoire collective a gardé de lui l'image tremblée d'un aliéniste incapable de distinguer la littérature de la graphomanie, d'un père-la-morale acharné à ramener Artaud au bercail de la raison ordinaire. Autant de contresens.
    Homme sensible et cultivé, praticien généreux et compétent, Ferdière n'a guère péché que par manque de souffle poétique et de foi en luimême.
    Poète mort sans oeuvre et psychiatre injustement désavoué, il nous laisse l'énigme d'une vie ratée avec tant d'application qu'elle mérite, à coup sûr, le détour.

  • Rien

    Emmanuel Venet

    • Verdier
    • 22 Août 2013

    Il y a vingt ans jour pour jour qu'ils forment un couple.
    Vingt ans que leur lien résiste à ce qui érode, sépare et altère les amants du premier soir.
    Pour célébrer l'anniversaire de cette énigme, ils ont choisi le Negresco, haut lieu de leur imaginaire intime.
    Là, derrière les volets entre-clos d'une chambre autrement plus cossue que celle de leurs commencements, ils viennent de faire l'amour ; et maintenant, sous un rai de soleil où dansent des poussières, chacun s'abandonne à sa rêverie.
    Autant dire à la nostalgie, au réveil d'émois secrets, à la révision de son histoire et aux pensées inavouables - ce noyau d'infidélité contre et par lequel ils ont scellé, vingt ans plus tôt, un pacte amoureux dont il vaut mieux ne savoir rien.

  • Comment concilier les exigences de la création poétique et les vicissitudes de la conjugalité ordinaire ? A travers quarante-neuf tableaux, le poète qui se raconte ici dramatise l'écart entre la haute opinion dans laquelle il tient son art et les besognes médiocres qu'exige l'harmonie de son couple : alors qu'il aspire à se consacrer à son oeuvre, il lui faut sans cesse distraire son énergie au profit de corvées domestiques, endurer des caprices, se perdre en mondanités.
    Le salut lui vient de son talent pour l'outrance, le fantasme de meurtre et la rêverie. T out en cultivant le projet d'écrire un Manuel de survie en milieu conjugal, il s'adonne à des songeries de liberté et de succès, et son oeuvre se construit finalement moins aliénée à la géométrie qu'on pourrait le craindre...

  • Notre rapport à la médecine dépasse la réalité car cette science nous semble détenir une part de notre destin. De ce diagnostic découle l'évidence d'une « médecine imaginaire ».
    Si la pratique de cet art, la maladie et ses thérapeutiques cristallisent l'imaginaire de chacun, ces images sont étonnamment hétérogènes : la connaissance s'y mêle avec l'obscur, la raison à la folie. Chacun des noms qu'elles portent appelle ce cortège étrange aussi prompt à provoquer la gravité que le rire d'autant plus juste qu'il est grave.
    La voix d'Emmanuel Venet prend en charge cet hétéroclite par quoi nous assumons notre sort, et « s'impose la nécessité de rendre à la médecine la part de poésie qu'elle rechigne à assumer ». Alors sa langue résonne comme une évidence.
    On habite sa fiction comme une réalité qui nous appartient.
    Il n'est pas question ici de la vérité, mais des vérités de la médecine que ce texte fait vivre en creux, avec jubilation, pour notre grande guérison.

  • Confrontant la revendication créatrice d'un malade mental et la raison bureaucratique de l'hôpital où il séjourne, ce mémoire d'avocat semble à première vue interroger le statut de l'oeuvre d'art. Mais au-delà de ce prétexte il s'enfonce dans un monde incongru surgi à l'intersection du délire mégalomaniaque et d'un juridisme devenu absurde à force de logique. Et il apparaît peu à peu qu'il explore, avec une cocasserie qui va crescendo, une question qui nous concerne tous : qui est fou ?

  • J'aurai tant aimé

    Emmanuel Venet

    • Lattes
    • 7 Février 2018

    Avec Je me souviens et ses 480 évocations de situations ordinaires, universelles et porteuses d'émotions subtiles, Georges Perec nous a mis dans la tête une ritournelle entêtante. Le livre se termine par une invitation à prolonger le jeu : à suivre...
    J'aurai tant aimé relève le défi : 480 souvenirs de bonheurs légers, un inventaire des petites joies qui scandent les jours et s'envolent aussitôt éprouvées. De se trouver ainsi épinglées et réunies, elles acquièrent une force poétique insoupçonnée, ouvrant à une autre manière de savourer les plaisirs et les jours.

    Extraits :
    « J'aurai tant aimé croire que j'ai un cancer et découvrir que c'est une tendinite. » « J'aurai tant aimé la magie des commencements amoureux, la découverte d'une femme encore superposable à l'idée que je m'en fais, avant la révélation plus ou moins douloureuse de l'écart entre les deux. » « J'aurai tant aimé les orages, et compter les secondes entre l'éclair et le tonnerre. » « J'aurai tant aimé préparer du jus d'orange, opération salissante et fastidieuse produisant un nectar que je n'arrive jamais à boire assez lentement. » « J'aurai tant aimé faire répéter des bêtises à l'écho. »

  • Virgile s'en fout Nouv.

  • Au fil du temps passé auprès de ses patients et au gré de rencontres insolites, John Balthazar réunit ici des expériences de vie de personnes en souffrance psychique mais toujours teintées de drôleries et de chaleur humaine.
    A travers ce recueil, il nous permet de mieux appréhender le monde de la folie et ses habitants, sans fard ni préjugé. C'est aussi un plaidoyer pour une psychiatrie à échelle humaine où l'on peut encore prendre le temps d'écouter et de soigner.
    Laissez-vous embarquer dans ce récit plein d'humour et d'humanité, un joli aperçu de ce que vivent chaque jour les patients et les soignants en psychiatrie.

empty