• Fondé à Paris en 2002 par Giorgia Fiorio, Reflexions Masterclass est un laboratoire de recherche sur l'évolution du langage de la représentation visuelle et de la photographie contemporaine, de même qu'un observatoire interculturel qui propose une réflexion sur notre époque. Association culturelle, Reflexions Masterclass accueille quelques jeunes auteurs parmi les plus reconnus à travers le monde. L'activité principale de l'association est la masterclass biennale, un programme de formation qui accompagne l'évolution de leur parcours d'auteur. Lors des six rencontres - une tous les quatre mois -, masters et étudiants effectuent une révision critique collective de chacun des travaux présentés : projets personnels à long terme ; thème de réflexion assigné à la session précédente, à chaque fois différent («Fear», «Vertigos», «The Mirror Image», «The Five Senses», «Violence», «Time», «Space, «The Event», «Freedom», «Fake», «The Human Body», «Even», «H2O», «Faces», «Borders», «Utopia», «Identity», «NO», «Silence», «Shadow», «Progress»). Pour l'un et l'autre projet, les étudiants déclinent les thèmes librement selon leur propre sensibilité et langage expressif.
    Outre Giorgia Fiorio, qui assure la direction artistique, et Gabriel Bauret, en charge du commissariat permanent, deux personnalités du panorama culturel international participent à chaque rencontre.
    Ainsi, sur une période de dix ans et au cours de trente rencontres, Reflexions Masterclass a été accueilli par vingt-cinq institutions européennes et a accompagné la formation de soixante-treize jeunes artistes photographes. Cet ouvrage s'affiche comme une synthèse de ces dix années de rencontres et de recherches. Il s'articule en quatre parties montrant tour à tour des exemples de thèmes travaillés lors de ces cours, des travaux d'artistes, des travaux réalisés avec diverses institutions et, enfin, un album photographique permettant de découvrir l'organisation de ces cours.

  • Parmi les différents travaux proposés aux élèves de Reflexions Masterclass - école de photographie fondée par Giorgia Fiorio en 2002 -, on compte les «IW», Institutional Work. Ils sont exécutés par des photographes volontaires au cours des trois jours suivant l'une des réunions de la masterclass. Évoluant, appareil en main, au coeur même des bâtiments, les artistes essayent de nous faire voir au-delà de ce cadre institutionnel. Ainsi, l'architecture, le contenu, mais aussi les personnes qui y travaillent ou qui les visitent, deviennent eux aussi un prolongement de l'institution. Chaque artiste doit rendre cinq photographies, qui sont ensuite regroupées en une sorte de catalogue - un essay - remis à l'institution en question.
    Ainsi, sur une période de dix ans, Reflexions Masterclass a été accueilli par vingt-cinq institutions européennes différentes dont : l'Agence Contact Press Images (Paris, France) ; le Musée de photographie contemporaine (Cinisello Balsamo, Italie) ; les éditions Actes Sud (Arles, France) ; la Maison européenne de la photographie (Paris, France) ; la Fondazione di Venezia (Venise, Italie) ; Dicastero Giovani ed Eventi Università di Lugano (Lugano, Suisse).
    Musée du quai Branly, trésors photographiques a été réalisé lors de la dernière rencontre de ce type en février 2012.
    Complété par un texte de Gabriel Bauret et une réflexion sur le thème du progrès de Carlo Ossola - professeur au Collège de France -, l'ouvrage rend compte du travail photographique de dix-neuf artistes issus de onze pays différents : Ying Ang, Virginie Chibau, Gianni Cipriano, Pierre Clauss, Alexandra Demenkova, Anna Di Prospero, Émilie Hudig, Ikuru Kuwajima, Minny Lee, Sean Lee, Émile Loreaux, Patrick Mourral, Modi, Pietro Paolini, Giovanni Presutti, Alisa Resnik, Yusuf Sevinçli, Gihan Tubbeh, Saana Wang.

  • Le don

    Giorgia Fiorio

    La photographe italienne, Giorgia Fiorio, qui a participé pour le projet «Le Don» à la finale du prestigieux Eugene Smith Award, a entrepris, depuis 2000, une recherche exhaustive et planétaire sur les manifestations contemporaines des croyances spirituelles.
    Quelle force entraîne les foules de pèlerins à travers les hautes montagnes et l'étendue infinie des déserts? Qu'ont donc en commun ceux qui lèvent les mains au ciel et ceux qui frappent le front contre le sol? Pourquoi certains sont-ils nus et d'autres couverts jusqu'aux yeux, d'autres rasés, polis comme des amandes, ou bien avec des cheveux longs mêlés à la barbe dans d'immenses turban? Qui habite les corps transpercés des flagellants, qui les membres couverts de cendre, qui se cache sous la peau, peinte ou tatouée de dessins enchevêtrés, qui derrière les masques, qui derrière le voile? L'extase, la transe, la contemplation et la méditation mènent-elles à une prescription indicible de la mort, ou bien à une réalité physique déchirante? A travers l'expérience directe, sans intentions encyclopédiques, j'ai pendant neuf ans suivi la voie d'un projet photographique autour d'un cheminement personnel: «le don» [the gift]. Ainsi s'exprime la photographe italienne, Giorgia Fiorio, à propos du long travail d'enquête et de reportage sur les formes de croyance et les rites des spiritualités contemporaines qu'elle a mené à travers le monde. Fidèle à sa démarche - on se souvient de son travail d'une décennie sur les communautés masculines fermées -, elle a parcouru plusieurs continents, s'est imprégnée de nombreuses cultures, pour recenser et questionner les manifestations de diverses communautés humaines dans leur relation au sacré. Religions monothéistes, taoïsme, bouddhisme, hindouisme, groupes animistes, chamanistes, initiatiques, toutes les spiritualités sont convoquées par la photographe sans a priori ou hiérarchie.
    Ethiopie, Pologne, Philippines, Haïti, Inde, Tibet, Birmanie, Thaïlande, Afrique, Océanie: à travers peuples et continents se dévoile un panorama saisissant des rites protéiformes de la ferveur humaine à l'aube d'un nouveau siècle. Les visions du «corps priant», de ses gestes, de ses postures, de ses transes, sont les indices qui guident Giorgia Fiorio dans son approche des rituels. Rituels complexes, éprouvants, dans lesquels la plastique des corps en mouvement se teinte sous le regard de la photographe d'une dimension métaphysique.
    Impliquée elle-même dans cette quête de sens, Giorgia Fiorio ne porte aucun jugement, ne tire aucune conclusion de sa démarche ; elle constate admirablement ce qui est, convaincue que l'épaisseur des mystères mis en jeu ne saurait occulter l'extraordinaire richesse d'un patrimoine propre au genre humain et à l'histoire de ses civilisations.

  • De 1990 à 1999, la photographe italienne Giorgia Fiorio a effectué une longue série de reportages sur des communautés fermées d'hommes. Boxeurs, mineurs, légionnaires, marins, toreros, pompiers, pêcheurs ont fait l'objet de six monographies qui ont marqué par leur force plastique et la qualité documentaire de leur investigation. Figuræ se propose de revisiter ce travail, dont de larges extraits ont été publiés dans la presse internationale, et d'en proposer un panorama réactualisé et enrichi. Initialement intitulées Des hommes, les séries photographiques de Giorgia Fiorio rendent compte d'un univers archétypal où l'idéal de la masculinité occidentale s'exprime en termes de force physique et de courage.
    Pénétrer des univers masculins clos, fortement marqués par la discipline, le labeur, la hiérarchie et l'esprit de conquête, constitue pour tout photographe une forme de défi.
    Une salle de boxe, un parcours d'entraînement, une galerie de mine tolèrent difficilement la présence d'un témoin qui ne participe pas à l'effort ou à la tâche collective assignés au groupe ; on devine que cette faible tolérance frise l'exclusion quand le témoin est, de surcroît, une femme. C'est au coeur de cette difficulté que Giorgia Fiorio a voulu s'inscrire pour déchiffrer in vivo les stéréotypes de la représentation de la virilité.
    Dans la subtilité d'un noir et blanc parfaitement maîtrisé qui donne à chaque environnement abordé (mer, terre, ciel, murs) les aspects d'un décor neutre et presque organique, la photographe met en exergue le rôle et la présence des corps. Corps au travail, en souffrance, en tension, c'est la violence faite au corps masculin - qu'il s'expose aux cornes d'un taureau dans la poussière d'une arène lointaine pour l'apprenti torero, ou à la suffocation de la forêt tropicale pour le légionnaire de Guyane - que les photographies qui constituent Figuræ révèlent de manière saisissante. Elles viennent en quelque sorte démontrer visuellement ce que certains théoriciens ont mis en évidence : la discipline et le sens de l'effort sont d'abord des mises au pas méthodiques des corps.
    Mais de l'Ukraine aux îles Shetland et du Texas au Tchad, la vérité des hommes que nous fait découvrir Giorgia Fiorio ne saurait se réduire aux communautés de destins ou d'épreuves qui les rassemblent. Sous son regard attentif, s'efface l'indifférencié des uniformes et des postures, et parviennent à se révéler des visages uniques, des expressions singulières, des libertés distinctes, qui soulignent la part irréductible d'humanité et de subjectivité qui habite chacune de ces «figures».
    «Il n'est pas si fréquent de capter autour de nous, avec un art aussi maîtrisé, l'ombre portée du néolithique sur notre modernité, quand tout nous pousse à oublier les fondamentaux indélébiles du vivre - et de l'oeuvrer - ensemble», note avec grande justesse Régis Debray dans la préface qui introduit l'ouvrage.

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