• L'ombre de la Méditerranée plane sur ce poème symphonique, une Méditerranée actuelle mais aussi projetée dans 650 000 ans lorsque l'eau, l'eau de tous les dangers, aura disparu.
    Un choeur d'exilées rapporte la traversée, celle de l'eau jusqu'à l'aspiration dans les profondeurs, celle de la langue, perdue, celle de l'identité, gommée. Quand la narratrice prend la parole, elle conte l'exil et l'accueil, les langues qui se traversent. Ce sont celles du choeur, réminiscences inaliénables, mais aussi la langue de l'administration, des préjugés, de la loi et de l'hostilité, qui se fait de plus en plus présente.
    Mais la narratrice ne porte-t-elle pas aussi une langue de l'exil intérieur ? Quelle main peut se tendre entre celles-ceux d'un même territoire ? Comment, alors que l'on a été dépossédé de tout ce qui fait notre humanité, peut-on inventer une langue commune ?
    Un magnifique chant-hommage qui explore poétiquement le politique.

  • Krach ; S & P

    Philippe Malone

    • Quartett
    • 15 Octobre 2013

    Dans l'accélération offerte par la défenestration, tu peux échapper au système, tu peux tomber plus vite que la programmation sociale, tu peux laisser sur place les règlements intérieurs, tu peux devenir fusée. La défenestration a lieu depuis l'open space du grand impersonnel, cet espace tout en verre et hiérarchie conçu pour interdire l'existence individuelle hors des spots dédiés (fond d'écran thème famille ou plage ou animé marrant ou chaton). L'open space où te nier comme individu est la condition sine qua non pour que tu appliques les procédures, agisses dans la machine sans te préoccuper de l'impact de tes actions.

  • Blast est une partition dramatique tissée à partir d'entretiens couvrant les grands évènements marquants du XXième siècle, du débarquement du 6 juin 1944 aux Twin Towers en 2001, en passant par Mai 68 ou les grandes vagues de licenciement en Normandie. Elle délaisse cependant l'histoire pour traquer dans les discours les séquelles intimes laissées par ces évènements.

  • Une femme interpelle Sweetie : elle entend des vrombissements dehors, des bourdonnements derrière les murs. Qui peut bien produire ces bruits dont elle se sent menacée ? Ses propres enfants ? Les voisins ? Sweetie ne répond jamais.
    Farcesque, grotesque et politique, Sweetie est l'écho d'un monde qui préfère s'enfermer, se replier sur lui-même, empêcher tout accueil de l'autre, jeune ou étranger, pour préserver ce qui s'écroule de l'intérieur.

  • Septembres fait entendre la voix intérieure d'un enfant, qui sort de sa chambre, traverse les ruines de sa ville, gravit la colline et parvient au sommet sous les bombardements. Sa descente sera une métamorphose de l'enfant en jeune homme qui pourrait devenir poseur de bombes.

  • Morituri.
    Morituri est le discours public d'accession au pouvoir d'un futur dictateur. Libéral, fasciste, arriviste et communicant, il a tout pour plaire et explique, dans un long monologue, ce qui l'a conduit ce soir devant les spectateurs / électeurs. Pour un comédien.

    Les prometteuses.
    2 filles se battent pour prendre la place de leur mère, qui refuse de la leur céder. Le texte est une parabole du pouvoir, des luttes parfois vaines que se livrent opposition et majorité pour le trône suprême, quand seule la résistance importe et préserve la part d'humain. Trois femmes pour 3 comédiennes, ou comédiens, au choix.

  • II réinterroge la notion de pouvoir - des pouvoirs - aujourd'hui, plongée au milieu des contradictions (parfois seulement apparentes) et des nouvelles passions contemporaines.

    L'abord politique (et donc économique), s'il constitue le socle de cette pièce, dut rapidement être dépassé, afin de se défaire des positions idéologiques, et pour mieux s'intéresser à fouiller, à travers le personnage emblématique de Richard, la notion même d'humain. La poétique de la langue, les rythmes et ruptures, les situations devinrent alors l'axe principal du travail pour tenter d'approcher au plus près ces problématiques, et mieux les détruire.

    Richard est le produit d'une époque Le produit manufacturé d'une époque qui « consomme ses propres enfants » En perte de désirs et de sens (Et qui lui en voudrait quand l'envie, quantifiable et facilement rassasiée, a supplanté le désir ?) Mais Richard est aussi un produit de luxe, qui peut, grâce au pouvoir hérité par le sang (la puissance), changer le cours des choses Richard n'a pas eu d'enfance Il n'a pas connu cette « révolution étouffée » de l'enfance C'est elle qu'il cherchera à reconquérir dans cette pièce C'est elle Avec l'aide de l'argent Avec l'aide des lâchetés et des peurs Avec l'aide de son nom Qu'il cherchera à imposer Avec, il l'espère, à la clef Le désir

  • Nos maris ont quitté ce village pour en défendre d'autres / Ils se battent dans des ruines qu'ils protègent comme leur peau / Prêts à signer de leur sang les murs de chaque maison / Nos maris creusent des tranchées qui se ferment sur eux lorsque la mort survient / C'est ainsi qu'ils s'éteignent / Ravalés par le sexe de la terre / Parfois vos hommes se perdent et tombent dans ces ventres / DE TELS SEXES ONT-ILS UNE PATRIE / (L'histoire‚ soldats‚ les confondra) / Comme la terre confond ses fils / Sur chaque sexe clos pousse désormais une tombe / Les cimetières sont nos temples / La guerre nous a rendu maîtresses dans l'art de les construire / Où sont nos maris / Nos ventres les réclament.

  • L'entretien est une pièce sur le monde du travail au sein d'une grande entreprise.
    Elle s'articule autour de la parole et des pensées de trois femmes, emblématiques du monde du travail : la cheffe d'entreprise, la mère également syndicaliste, et la fille de celle-ci qui passe l'entretien d'embauche dans l'entreprise.
    En arrière-fond le choeur des employés.

    La forme du texte permet un passage très rapide de l'une à l'autre de ces femmes, cherchant à rendre ce qui se joue aussi bien sur le plan personnel que sur le plan de la réalité socio-historique qui les entoure et les détermine.

    Ni naturaliste ni relevant de la science-fiction, L'entretien évoque le monde du travail d'aujourd'hui, dans la complexité de ces enjeux et de sa réalité au quotidien.

  • Bien Lotis se présente sous forme d'interview menée tambour battant entre un journaliste et un couple d'habitants : à fois questions-réponses, quizz, commentaires, flash-back, apartés, il dresse avec humour un tableau intime des quarante glorieuses, de l'arrivée enthousiaste dans les cités au rêve pavillonnaire : la grande épopée périurbaine. A travers ce couple attendrissant, avec Ahmed l'immigré syndicaliste, Carlos le fils et une kyrielle de voisins, Bien Lotis explore l'histoire de l'urbanisation sur les vies, la mémoire d'une époque mais aussi les bouleversements de la notion de travail : usine, chômage, entreprise individuelle.
    Un regard tendre, drôle, féroce sur les situations de vie et les mutations d'une société, en pleine résonnance avec aujourd'hui. Que reste-t-il des utopies ?

  • Les bonnes fortunes usinent le monde Elles font et défont les pays Et les hommes Sans objections Ni entraves Voilà la seule réalité qui mérite d'être nommée La vérité que vous présentez n'est que le reflet mensonger De la réalité que j'exerce Vous seriez misérable sans mes talents pour vous rehausser Ce siècle n'est plus fait pour la vérité, monsieur Fat Vous agitez son cadavre devant des foules affamées Avec l'ardeur d'une hyène au sommet d'un charnier Mais que cela ne vous abuse pas C'est la fascination du charnier qui rend les foules attentives Pas ce que vous tentez de leur dire La nécessité contre la vérité Le reste n'est qu'illusion Une illusion de plus, monsieur Fat Les illusions s'évanouissent vite Pas la nécessité

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