• Au feu de dieu

    Walter Siti

    • Verdier
    • 24 Août 2017

    Leo est prêtre à Milan : un excellent prêtre, au plus près du message révolutionnaire de l'évan- gile, ouvert, généreux, tenaillé par une intel- ligence implacable, un prédicateur capable de mobiliser ses ouailles, un homme plein d'esprit, profond et pétillant.
    Leo est un homme de foi - il est le théâtre intime de la lutte avec Satan, le tentateur, le provocateur, le semeur de zizanie.
    Leo se trouve au centre d'une constellation de destins qui font de la Milan moderne la scène d'une comédie humaine dont Siti a donné ailleurs les clefs - on pense à La Contagion. Le voilà qui accompagne une danse macabre : ce sont des migrants désespérés, des enfants aban- donnés, des bourgeois corrompus, des couples déchirés.
    Pour tous et pour chacun, Leo est là.
    Mais avant d'être ordonné, Leo avait découvert son penchant pour les jeunes garçons et lorsque Massimo surgit, qu'il avait aimé alors qu'il était encore un enfant, ce qui devait s'écrouler s'écroule. Ce passé qui revient comme une condamnation ou comme une blessure boule- verse d'autant plus le lecteur que tout l'attache à Leo. Ce n'est pas par Massimo que le scandale arrive, mais par l'onde de choc qu'il provoque et qui ravive des braises peut-être jamais éteintes.
    Un autre enfant déclare sa flamme à Leo qui se refuse à lui.
    Il est temps, alors de tout passer au feu de Dieu.

  • Dans cette descente vers les bas-fonds, vers les décharges de la société et de l'Histoire, on ne reconnaîtra pas seulement une pente à l'exhibitionnisme, mais un véritable populisme. Entendons-nous : il s'agit de retrouver le point de vue de ceux qui se trouvent au bas de l'échelle sociale, qui subissent les plus grandes pressions économiques, qui veulent vivre comme les riches alors qu'ils n'ont pas un sou, qui sont nés dans les banlieues postmodernes et qui vivent des expériences étranges et insolites, peu visibles parfois, filtrées toujours par le regard d'en haut qui les dénature.
    C'est là, selon Siti, qu'on a le plus de chance de comprendre le monde comme il va, plus en tout cas que si on se promène entre Madison Square et Fifth Avenue, entre la Place Vendôme et Hampstead.
    La Contagion est un roman touchant et choquant, inventif et polyphonique, une mosaïque d'histoires vraies, de prises directes sur la réalité. De nombreuses histoires s'accumulent et donnent l'impression du chaos, de la contamination, de la contagion des vies.
    Il y a, dans le style de Siti, une furie de destruction des idoles et une manipulation déformatrice, une cruauté provocatrice continue, un goût baroque pour les excès.

  • Une douleur normale

    Walter Siti

    • Verdier
    • 22 Août 2013

    Walter, un écrivain, décide de faire à Mimmo, son jeune compagnon, le don d'un livre.
    Cet ouvrage s'intitule Réparations d'amour. C'est un récit mais aussi une démonstration puisque Walter veut prouver que l'amour homosexuel peut être durable et s'intégrer sans trop de peines au sein d'une vie consacrée à l'écriture.
    Mais pour gagner ce pari il faut prendre la mesure de toutes ses difficultés psychologiques, sociales et politiques. Siti peut ainsi creuser plus avant dans les sombres galeries qui faisaient l'éclat ténébreux de ses Leçons de nu : les irréductibilités régionales de l'Italie et de ses parlers dialectaux, le culturisme et la disproportion des niveaux de culture, les souffrances de l'âme et du corps, la transformation du monde par l'immigration, les médias, les puissances financières et la globalisation. L'ordre marchand est ici matérialisé par un trafic d'organes auquel sont mêlés les deux protagonistes.
    L'éditeur refuse l'ouvrage. Walter, désespéré, se livre alors à une refonte du livre. Il le durcit et se dénude un peu plus encore. Mais quelle sera la réaction de Mimmo ?
    Et qu'attendre d'un roman du désenchantement ?
    Qu'il le délivre de l'imposture qu'était sa vie ?
    Walter Siti n'a pas son pareil pour suivre les méandres de la conscience : de l'épreuve de vérité surgiront des conséquences imprévues liées au pouvoir assassin des mots.

  • Ça commence par une scène terrifiante de roman noir, quelque part dans les Marais Pontins, ça se poursuit par un bref essai sur les limites de la prostitution et le rapport au corps des jeunes femmes de l'époque berlusconienne, puis on passe à la chronique de moeurs ironique chez les "people" italiens.
    C'est dans ce milieu à la fois puissant et dérisoire que se déroulent les bizarres manoeuvres d'approche d'un spéculateur financier de haut vol à l'égard du narrateur.
    Jouant sur tous les registres, Walter Siti, l'un des plus grands auteurs italiens vivants, nous attache aux destins croisés d'un fils du petit peuple romain, obèse dans son adolescence, génie des mathématiques, devenu "bankster" milliardaire, et d'une mannequin qui gère avec maestria le capital de son corps pour protéger son âme. S'appuyant sur une connaissance approfondie aussi bien des mécanismes et du jargon de l'économie numérisée que sur une intime pratique du parler populaire romain, l'auteur nous fait découvrir comment la fameuse zone grise entre les mafias et la haute finance tend à devenir de fait la finance tout court. A travers une galerie de personnages complexes et attachants - dont l'auteur lui-même - nous sommes transportés au coeur de ces guerres quotidiennes qui nous concernent tous, dont les champs de bataille sont le sexe et l'argent.
    Résister ne sert à rien a obtenu à une écrasante majorité le Premio Strega, plus important prix littéraire attribué en Italie.

  • Leçons de nu

    Walter Siti

    • Verdier
    • 22 Août 2012

    Pornographiques, des crimes familiers, et dans les replis sans fin de sa conscience et de son coeur mis à nu. Ainsi commence, entre dîners académiques et compétitions de culturistes, entre amitiés et trahisons, infamies et jalousies, entre scènes de drague rocambolesques ou médiocres et relations sexuelles souvent scabreuses ou parfois lyriques, la biographie d'un homosexuel métaphysique.
    Une vie sans relief peut se révéler monstrueuse. Mais les Leçons de nu ne portent pas sur le seul destin d'un individu singulier. C'est aussi le roman de l'Italie des années quatre-vingt. La question, alors, n'est pas seulement: que reste-t-il de nos amours? mais bien: que reste-t-il de nos rêves d'émancipation et de libération ? La pornographie homosexuelle est un filtre pour raconter ce qui se joue dans les affaires des hommes et des femmes confrontés à un monde entraîné dans sa lente dérive, et il faut à Siti tout le courage et l'art de la mise à nu pour se mesurer à cette disparition.
    Mais il faut aussi évoquer la joie de ce roman, la joie d'aimer et d'être aimé, la jubilation de l'écriture qui joue sur tous les niveaux, qui mêle les langues et les mondes, les cultures et les bibliothèques dans une cavalcade à perdre le souffle sous le grand ciel d'incendie de l'Emilie.

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