Circe

  • Kiarostami.: le réel, face et pile , le précédent livre de Y. Ishaghpour, était consacré aux aspects di érents et aux métamorphoses d'une oeuvre complexe dans son apparence de simplicité.
    Le présent volume continue la même démarche, à propos des fi lms récents. On retrouve chez le réalisateur le même détachement esthétique, avec sa sérénité, sa disponibilité, son ouverture et son accueil. Cependant, tout en gardant toujours leur «.minimalisme.», sans rien d'une réfl exivité moderniste, les fi lms et les photographies de Kiarostami s'a£ rment de plus en plus «.conceptuels.».
    Le nouveau fi lm de Kiarostami ( Like Someone in Love ) sortira sur les écrans le 12 septembre.

  • Chohreh Feyzdjou présente ses oeuvres dans l'idiome universel de la marchandise : « Product of... ». Ainsi chaque chose en porte la marque, l'étiquette et la date. Et l'ensemble, qui sans cela serait une quelconque installation, tient, avec ses cageots et ses bocaux, ses flacons ou ses sachets, de l'étalage, déposé à la hâte, d'un marché du jour. Ses caisses éventrées semblent venir d'un entrepôt de grossiste, des quais d'une gare ou d'un port. On pénètre ainsi dans un bazar qui a l'insolite et l'étrangeté, l'ironie aussi, trouble et effrayante, d'une épicerie de l'apocalypse...
    Chohreh Feyzdjou, plasticienne d'origine iranienne (1955-1996) a exposé en France et à l'étranger dans de nombreuses galeries et musées.

  • Malraux a appelé « irréelle » la peinture commencée à la Renaissance et « intemporelle » la peinture moderne. Avec son « allégorie réelle », dont son Atelier, objet central du livre, est le manifeste, c'est dans cet entre-deux que se place Gustave Courbet. Entre ce que la peinture était encore pour Ingres et Delacroix et ce qu'elle sera à partir de Manet : entre une « peinture de l'idéal » et un « idéal de la peinture ». C'est dans cet entre-deux, ce hiatus, dans ce qui semble une syncope et un passage, qu'apparaît Courbet.
    Et c'est ce vide, cette ouverture qu'il crée et qu'il remplit à la fois, par son attitude rebelle, exigeant une force peu commune, par l'affirmation de l'individualité, de son individualité et par l'image de l'Artiste, sa propre image et presque son corps.

  • La fin de la modernité, celle "des grands récits", de la réflexivité, de la négativité, de l'historicité a reconnu son cinéaste en Abbas Kiarostami, venu d'un monde où le moderne n'avait jamais pénétré. Non plus "le nihilisme" mais "le goût du réel", le retour aux choses mêmes, comme un (re)commencement du cinéma retrouvant son sens premier et sa vocation originelle d'être une "révélation du monde en son image" (Bazin). Cependant pour Kiarostami, l'image du cinéma qui permet de révéler le réel renvoie aussi à elle-même par exigence envers sa propre réalité. Le minimalisme post-moderne se complète d'un art conceptuel se prenant pour son propre objet. La réalité filmée par le cinéma se révèle être ainsi "une réalité de cinéma", avec sa puissance d'illusion, de feintise et de faux. C'est par la mise en oeuvre de cette part du faux et par différence avec elle que le mensonge de l'art sert de détours pour Kiarostami : comme moyen de retour au monde et à la musique du paysage.

  • La peinture moderne a évité l'image et la narration pour ne pas se retrouver dans la proximité de la photographie et du cinéma et de ce que la reproduction technique révèle : la banalité d'un monde vide de substance. C'est ce défi que Hopper assume pour peindre le présent au présent.
    Tout en conservant la proximité du photographique et du monde banal, il les dépasse en exprimant leur « vérité » en peinture. Une transfi guration qui produit la tonalité particulière de son oeuvre :
    « étrangement familier », énigmatique dans son évidence. En partant de la réalité de l'Amérique de son temps, déterminée dans son essence par Hollywood, Hopper atteint l'envers du « rêve américain » et « l'expérience existentielle » commune du XXe siècle : déréliction, solitude, aliénation.

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