Éditions Amsterdam
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Deleuze et Guattari : Une philosophie des devenirs-révolutionnaires
Igor Krtolica
- Éditions Amsterdam
- L'Emancipation En Question
- 15 Mars 2024
- 9782354802882
Ce livre est la première introduction générale en français à l'ensemble de la philosophie de Deleuze et Guattari, qui comme celle de Marx et Engels, doit être considérée dans son rapport à son contexte historique et politique. Jusqu'ici tantôt les études se sont intéressées à l'oeuvre du seul Deleuze ou du seul Guattari, tantôt elles se sont attachées à un aspect particulier de leur oeuvre, tantôt elles ont cherché à en proposer une analyse philosophique détachée des enjeux sociopolitiques de l'époque. Dans cet ouvrage, Igor Krtolica propose une analyse claire de l'ensemble de leur oeuvre pour montrer deux choses : qu'elle est en prise étroite sur la conjoncture politique, car elle analyse les nouvelles subjectivités qui émergent après-guerre et cristallisent dans les mouvements révolutionnaires de la fin des années 1960, comme les réactions contre-révolutionnaires qui les répriment et font craindre l'instauration d'un nouveau type de fascisme ; mais aussi que cette oeuvre a une prétention universelle, car les nombreux concepts qu'inventent Deleuze et Guattari remplissent une fonction intempestive, celle de saisir dans chaque présent historique ce qui recèle une puissance d'avenir et de devenir, formant ainsi une clinique des devenirs ou une médecine de la civilisation - avec une vigilance particulière pour ces moments critiques où se lèvent les devenirs-révolutionnaires, comme pour ceux où les choses risquent de mal tourner.
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Marx écologiste ? L'opinion courante est que Marx et le marxisme se situent du côté d'une modernité prométhéenne, anthropocentrée, qui ne considère la nature que pour mieux la dominer et l'exploiter, selon une logique productiviste qui fut celle tant du capitalisme que du socialisme historiques. L'écologie, comme discipline scientifique et comme politique, aurait ainsi à se construire en rupture avec l'héritage marxiste ou, du moins, au mieux, en amendant considérablement celui-ci pour qu'il soit possible de lui adjoindre des préoccupations qui lui étaient fondamentalement étrangères. Qu'en est-il vraiment ? Dans Marx écologiste, John Bellamy Foster, textes à l'appui, montre que ces représentations constituent sinon une falsification, du moins une radicale distorsion de la réalité : des textes de jeunesse aux écrits de la maturité, inspirés par les travaux de Charles Darwin et de Justus von Liebig, le grand chimiste allemand, fondateur de l'agriculture industrielle, Marx n'a jamais cessé de penser ensemble l'histoire naturelle et l'histoire humaine. S'il faut aujourd'hui tirer de l'oubli la tradition marxiste et socialiste de l'écologie politique, c'est que la perspective marxienne en la matière a une actualité brûlante : une des questions les plus urgentes de l'heure n'est-elle pas de savoir si la crise écologique est soluble dans le capitalisme ?
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Judith Butler opère dans Ces corps qui comptent une reformulation de ses vues sur le genre en répondant aux interprètes de son précédent livre, qui y voyaient l'expression d'un volontarisme (on pourrait «performer» son genre comme on joue un rôle au théâtre, on pourrait en changer comme de chemise) et d'un idéalisme (le genre ne serait qu'une pure construction culturelle ou discursive, il n'y aurait pas de réalité ou de substrat corporel derrière le genre). Selon l'auteure, la prise en compte de la matérialité des corps n'implique pas la saisie effective d'une réalité pure, naturelle, derrière le genre: le sexe est un présupposé nécessaire du genre, mais nous n'avons et n'aurons jamais accès au réel du sexe que médiatement, à travers nos schèmes culturels.
Autrement dit, le sexe, comme le genre, constitue une catégorie normative, une norme culturelle, donc historique, régissant la matérialisation du corps. Il importe dans cette perspective de souligner que le concept de matière a une histoire, et qu'en cette histoire sont sédimentés des discours sur la différence sexuelle.
Or, si certains corps (par exemple les corps blancs, mâles et hétérosexuels) sont valorisés par cette norme, d'autres (par exemple les corps lesbiens ou noirs) sont produits comme abjects, rejetés dans un dehors invivable parce qu'ils ne conforment pas aux normes.
A travers une reprise critique du concept foucaldien de «contrainte productive», J. Butler va, loin de tout volontarisme, s'efforcer de ressaisir la façon dont les corps, informés par des normes culturelles, peuvent défaire ces normes et devenir un lieu d'une puissance d'agir transformatrice. Cette réflexion sur la matérialité des corps et les limités discursives du sexe
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Sagesse ou ignorance ? la question de Spinoza
Pierre Macherey
- Éditions Amsterdam
- 22 Novembre 2019
- 9782354802028
Sages et ignorants, quelques sages et beaucoup d'ignorants : le philosophe est confronté à la nécessité de prendre en compte cette différence, qui peut dégénérer en contradiction, et devenir une source de conflits au coeur desquels son entreprise se trouve inévitablement plongée. Parfois présenté comme un doctrinaire de la vérité pure, Spinoza est peut-être pourtant le philosophe qui a le plus fortement perçu le halo d'impureté dont la vérité à chaque fois s'entoure, ce dont il a entrepris de tirer toutes les conséquences. Comme le soutenait Deleuze, sa philosophie est en réalité avant tout « pratique », impliquée de part en part dans le mouvement des choses et de la vie, avec la prise de risques que cela suppose. Adopter le genre d'attitude propre à une philosophie pratique, c'est du même coup renoncer à délivrer des leçons de vérité assénées sous un horizon de certitude absolue.
Dans cet essai, Pierre Macherey s'empare de l'alternative posée par le philosophe entre sagesse et ignorance, où se croisent sans se confondre un certain nombre d'enjeux fondamentaux qui concernent l'ontologie (la puissance de la substance et la nécessité de la nature des choses), l'éthique (la bonne conduite de la vie et les satisfactions qu'elle procure) et la politique (la paix civile, conforme aux exigences de la raison et indispensable à son exercice). Car ce qu'il s'agit de déterminer, c'est si Spinoza est un conservateur, défenseur acharné de mesures sécuritaires destinées à contenir les fureurs de la foule ignorante, ou un révolutionnaire, partisan d'une transformation radicale de l'ordre social allant dans le sens d'une levée des contraintes qui en font un mode collectif d'asservissement et d'abêtissement pour la plupart de ceux qui y participent.
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Le mot « critique » est aujourd'hui omniprésent en philosophie et en sciences sociales, mais quel est son contenu ? La vaste enquête entreprise par Stathis Kouvélakis, dont ce livre sur l'École de Francfort constitue le premier volet, voudrait clarifier les usages de ce terme et saisir ce qui s'y joue depuis Horkheimer dans les années 1930 jusqu'à Pierre Bourdieu et Judith Butler dans les années 2000.
L'auteur étudie ici de façon approfondie la trajectoire intellectuelle de trois auteurs, celle de Max Horkheimer, premier directeur de l'Institut de recherche sociale de Francfort, et de ses successeurs, Jürgen Habermas et Axel Honneth. Une question fondamentale le guide : comment un programme de recherche au départ conçu comme interne au matérialisme historique a-t-il pu s'en éloigner au point de devenir un simple accompagnement intellectuel de la démocratie libérale ouest-allemande ?
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Spinoza et les passions du social
Eva Debray, Frédéric Lordon, Kim Sang Ong-Can-Cung
- Éditions Amsterdam
- 8 Février 2019
- 9782354801663
Si la philosophie de Spinoza nous parle, c'est par son aptitude à s'emparer, sans aucun égard pour la distance dans le temps, des objets et des problèmes de notre monde, sa puissance de défaire nos manières ordinaires de les penser, et de nous les faire voir autrement. Les contributions réunies dans cet ouvrage ont pour but d'éprouver à nouveau cette puissance et d'en montrer l'actualité. Elles se proposent de le faire à partir du double point de vue qui considère, d'une part, que le social est le milieu de la vie des hommes et, d'autre part, que, de ce milieu, les passions sont l'élément. Les individus n'ont d'existence que sociale, et cette nature sociale consiste en une certaine organisation du jeu des affects. Les passions du social s'en trouvent alors repérables à tous les niveaux : celui de la constitution de l'individualité, de l'opération des institutions, ou des processus de l'histoire.
Ce recueil est donc par destination une contribution au dialogue de la philosophie (spinoziste) et des sciences sociales. Les secondes offrent les questions qu'elles ont construites à la première, qui leur rend sa manière singulière de les envisager voire de les reformuler. Et cette mise au travail de la pensée spinoziste poursuit par là même l'exploration de ce qu'elle peut.
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L'égalité radicale ; Jacques Rancière et au-delà
Antonia Birnbaum
- Éditions Amsterdam
- 9 Novembre 2018
- 9782354801816
L'Égalité radicale n'est pas une monographie de plus consacrée à Jacques Rancière, ni même une monographie tout court, affligée des tares habituelles de ce type d'exercice - paraphrase, servilité, héroïsation de son sujet, etc. Ce livre remarquablement riche propose de repenser l'égalité dans la conjoncture présente, à partir du philosophe qui, dans Le Maître ignorant, en a proposé la formulation contemporaine la plus forte avec le postulat de l'égalité des intelligences.
Durant la période qui s'ouvre avec la publication de La Leçon d'Althusser (1974) et se clôt avec La Mésentente (1995), Rancière n'a en effet cessé de critiquer les discours intellectuels, de gauche ou de droite, qui expliquent, aux prolétaires en particulier, les raisons de l'impuissance et l'impossibilité d'en sortir. De la même façon, il a insisté sur l'émancipation comme désidentification, c'est-à-dire arrachement aux places sociales assignées, et sur le fait que la politique est non pas consensus, maître-mot d'une époque « post-idéologique », mais litige entre positions irréconciliables.
C'est sur ces idées qu'Antonia Birnbaum s'appuie pour penser avec Rancière, en dehors de lui et aussi contre lui :
Elle le confronte à Lacan, d'une part, et, d'autre part, à ses propres objets, Gauny et Jacotot, elle expose les distorsions qu'il fait subir à la pensée de Marx, révèle ses impensés (la violence, l'organisation politique), montre ce que les luttes des femmes font à sa pensée, souligne les apories d'une focalisation sur l'émancipation individuelle, croise le fer avec la « politique des identités »... Le but ? Refaire de la politique, avec « nos petits moyens ».
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Cet ouvrage tente de formuler une théorie de la société et de l'histoire modernes visant à identifier la nature du néolibéralisme et son impact sur les conditions d'existence, les pratiques et les perspectives des êtres humains d'aujourd'hui.
Les grands débats de société, depuis plusieurs siècles, ont eu pour pivot la relation entre marché et organisation.
Marx aborde le capitalisme en termes de structure, comme l'instrumentalisation du marché, de la rationalité marchande, par la marchandisation de la force de travail. Mais c'est en termes de tendance historique de cette structure concurrentielle, qu'il en vient à l'organisation, traitée à partir du développement de la grande entreprise. Il la décrypte comme une autre sorte de rationalité, aujourd'hui entre les mains des capitalistes, mais qui finira par leur échapper et fournira, après l'abolition de la propriété privée et du marché, le tissu même du socialisme. On reconnaît là le noyau dur du grand mythe émancipateur du xxe siècle.
La théorie de Marx comporte deux insuffisances. D'abord, l'analyse du pouvoir. La lutte de classe est une lutte entre trois pôles, et non pas deux : la classe populaire, la classe dirigeante, et la classe capitaliste. Ensuite, celle du territoire. Comprendre les « régimes d'hégémonie », affirme Jacques Bidet, c'est comprendre comment le jeu de luttes et d'alliances entre ces trois pôles s'articule avec le système-monde. La théorie proposée ici fait tenir tout ensemble des concepts venus notamment de Marx, Gramsci, Foucault et des recherches sur la globalisation. Elle nous permet de situer le néolibéralisme dans un ensemble de régimes d'hégémonie, d'analyser finement son fonctionnement et de voir qu'il ne constitue pas l'horizon de la postmodernité, mais le point de départ d'une modernité « ultime ».