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En France, le nom de Max Scheler n'a jamais vraiment disparu du paysage et son importance historique est reconnue, que ce soit dans le domaine de la phénoménologie, de l'anthropologie philosophique ou de la sociologie de la connaissance. Pourtant, une partie importante de son oeuvre n'a toujours pas été traduite en français, et par rapport à d'autres figures de la philosophie allemande du XXe siècle, la littérature qui lui est consacrée est relativement modeste. Le présent volume témoigne toutefois d'un nouveau dynamisme de la recherche, axée notamment sur la philosophie sociale de Max Scheler. Une des originalités de Scheler est en effet d'ouvrir la phénoménologie sur une réflexion politique et sociale : en tant que phénoménologie de la vie affective et des valeurs, elle vise à « fonder un personnalisme éthique » (selon la propre formulation de Scheler dans le sous-titre de l'ouvrage sur le formalisme). Dans un esprit interdisciplinaire, et en apportant parfois un éclairage critique ou en introduisant aussi une dimension de comparaison avec d'autres auteurs, il s'agit dans les contributions ici rassemblées d'articuler deux dimensions souvent abordées de façon séparée : celle des fondements phénoménologiques de la philosophie sociale de Scheler et celle de ses prolongements culturels et politiques.
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Le concept de « corps propre » fut parfois employé pour traduire le Leib allemand. Si cette traduction peut sembler indue, elle a pourtant le mérite de mettre l'accent sur la thèse selon laquelle le corps se donnerait au sujet sur le mode d'une appartenance immédiate et originaire - explicitement affirmée par Husserl dans les Méditations cartésiennes, et sous-tendue par certaines descriptions phénoménologiques du corps vécu. Le concept de « corps propre » fut pourtant mis en question par la philosophie contemporaine, de l'extérieur comme de l'intérieur de la phénoménologie, laissant apparaître par endroits les traces de tout ce qui, dans le corps, échappe au sentiment d'appartenance, ainsi qu'à la maîtrise et à la volonté. Afin de nommer cet envers du corps propre, il est possible de parler d'un « corps impropre » qui, pour être vécu par le sujet, ne se donne pas toujours - ni même peut-être d'abord - sur le mode de l'appartenance. Les contributions réunies dans ce dossier font le pari de repenser le Leib depuis la distinction du propre et de l'impropre - ouvrant le corpus phénoménologique à la philosophie sociale, à l'anthropologie, aux études de genre ou à la psychanalyse, et mettant ainsi à l'épreuve la fécondité critique et descriptive du concept de corps impropre.
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Revue de phénoménologie n.27 : Patocka
Revue De Phenomenologie
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- Revue De Phenomenologie
- 3 Décembre 2019
- 9782955044957
Patocka, comme Fink avant lui, renouvelle la phénoménologie en formulant le programme d'une cosmologie phénoménologique. L'enjeu est d'établir une théorie de l'apparaître qui distingue le domaine des individus apparaissants et le monde lui-même compris comme « champ phénoménal » irréductible à l'étant. Deux thèses sont ainsi posées simultanément : une thèse phénoménologique classique selon laquelle les individus sont en tant seulement qu'ils apparaissent ; une thèse beaucoup plus audacieuse selon laquelle l'apparaître des étants s'effectue par des processus d'individuation qui n'exigent pas en eux-mêmes le concours de la conscience.
Penser un apparaître anonyme en évitant le double écueil de l'idéalisme subjectiviste et du naturalisme où le monde serait réduit à sa teneur matérielle et physique, telle est l'audace à laquelle nous invite la phénoménologie de Patocka.
Avec les contributions de R. Barbaras, Ph. Cabestan, B. Delmotte, A. Deudon, R. Franzini Tibalde, J.-Cl. Gens, S. Gourdain, P. Montebello, K. Novotný, Ch. Pesaresi, P. Souq, Cl.V. Spaak, O. Stanciu et un texte de Bernhard Waldenfels.
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Revue de phénoménologie n.29 : phénoménologie et marxisme
Philippe Cabestan, Françoise Dastur
- Alter
- Revue De Phenomenologie
- 25 Novembre 2021
- 9782955044971
De tous les dialogues que la phénoménologie a entretenus avec les différents courants et mouvements de pensée, celui avec le marxisme n'aura pas été le moins fécond. Si les débats ont parfois pris une tournure conflictuelle et si les tentatives de synthèse entre ces deux traditions ont pu apparaître comme le produit de circonstances non philosophiques, l'on ne peut que constater depuis un siècle le caractère récurrent du projet consistant à articuler marxisme et phénoménologie - signe peut-être d'une affinité insoupçonnée entre ces deux traditions de pensée. L'objectif de ce numéro de la revue Alter est non seulement de faire retour sur la diversité et la richesse des tentatives historiques d'articulation de la phénoménologie et du marxisme mais aussi et surtout d'accompagner les recherches contemporaines qui contribuent à la dynamique de ces questionnements et donnent à ce projet une nouvelle actualité.
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Revue de phénoménologie n.32 : Phénoménologie des âges de la vie
Revue De Phenomenologie
- Alter
- Revue De Phenomenologie
- 26 Décembre 2024
- 9782959146718
Que deviennent les âges de la vie du point de vue de la phénoménologie? De la vie foetale à l'enfance, l'adolescence jusqu'à la maturité et la vieillesse, les différentes contributions rassemblées dans le présent volume interrogent la division de la vie humaine en plusieurs âges, mettant à distance l'évidence d'une vision quantitative et naturaliste de l'écoulement des années, ou encore d'une division sociale en « classes d'âges », au profit d'une plongée dans les âges vécus et vivants. Faut-il considérer l'âge comme un phénomène individuel ou du point de vue de l'enchaînement cyclique de l'interdépendance des générations? Comment et de quel droit tenter de décrire - dans des mots de phénoménologue - le monde vécu d'un.e foetus, d'un.e enfant, leur manière de sentir, de se projeter dans l'espace et le temps? Un âge laisse-t-il la place à un autre, ou bien les âges se fondent-ils, s'enchevêtrent-ils, résonnent-ils de manière polyphonique comme ce qui relie un être humain à lui-même et aux autres? L'approche phénoménologique nous amène à réinventer en partie ces classifications, voir avec un oeil neuf des âges trop souvent manqués - c'est le cas ici de « l'adolescence » - et mettre au jour de « nouveaux âges » ancrés dans réalités historiques et sociales diverses, comme ce temps propre aux femmes en âge limite de procréer, ou encore la fin de vie particulière des personnes atteintes de difficultés cognitives. Les textes ici rassemblés, suivant le fil de la diversité des âges, nous permettent de repenser l'interdépendance des mondes vécus qui forment notre humanité commune.