CNRS
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Pourquoi dialoguer avec l'Orient ? Le dialogue se serait-il rompu ? A-t-il d'ailleurs jamais réellement existé ? Les divisions renforcées du monde d'aujourd'hui nous invitent, sans doute, à remanier les schèmes de la Renaissance, pour les dépasser.
Pourquoi dialoguer avec l'Orient ? Le dialogue se serait-il rompu ? A-t-il d'ailleurs jamais réellement existé ? Les divisions renforcées du monde d'aujourd'hui nous invitent, sans doute, à remanier les schèmes de la Renaissance, pour les dépasser.
Cette époque signe en effet un rapport fécond entre Orient et Occident, notamment grâce à deux foyers du platonisme, celui de Perse et celui de la Renaissance florentine, pouvant s'articuler au-delà des territoires et des siècles. C'est en convoquant Marsile Ficin, Sohravardî, Nicolas de Cues, Rûzbehân, Pic de la Mirandole, Ibn Arabî et Giordano Bruno, que Cynthia Fleury relit ces échanges et reformule nos héritages communs. -
Un monarque tout-puissant, un palais somptueux et son harem, des mariages et des répudiations, une jeune juive qui garde le secret sur son identité, des banquets et des festins, des confusions entre personnages et situations jusqu'au coup de théâtre final.
Tel se présente le Livre d'Esther, à l'origine de la célébration de Pourim, instituée par l'héroïne de l'histoire pour commémorer le salut du peuple juif et devenue une joyeuse fête où l'on autorise excès et transgressions.
Toujours vivant dans les récits et les mémoires, le texte librement découpé et représenté, mis en scène et en images, circule entre scènes publiques et scènes privées et s'actualise dans les rites.
Claudine Vassas par une approche ethnographique ouverte explore, dans sa profondeur historique, les facettes de cette célébration sans quitter la parole vive des femmes dont elle fait aussi entendre les voix dans un essai attentif et sensible à leurs multiples échos.
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Dialogues avec Jürgen Habermas
Collectif, Isabelle Aubert, Jean-François Kervegan
- CNRS
- 6 Septembre 2018
- 9782271115966
Jürgen Habermas, représentant majeur de l'École de Francfort, est devenu un auteur classique mais son oeuvre complexe et multiforme, composée d'une cinquantaine d'ouvrages et d'un millier d'articles, continue d'être mal identifiée. Comment saisir la diversité de ses intérêts, des théories de l'action et du langage à la morale et au droit ? C'est aussi un acteur, qui intervient régulièrement dans la presse et les débats publics. Comment articuler ces prises de position avec ses travaux proprement théoriques ?
Dialogues avec Jürgen Habermas, issu d'un colloque international, offre un panorama complet du parcours intellectuel de Habermas, depuis ses premiers écrits jusqu'aux plus récents. L'espace public, l'agir communicationnel, la modernité, la démocratie, l'autonomie, les intérêts de connaissance, etc. sont ici discutés. Plus largement, c'est l'actualité même de sa pensée qui est soulignée et interrogée à propos de thèmes qui font débat : les effets du droit sur la société, la compréhension que l'on peut avoir des crises du capitalisme, ou encore le rapport complexe de la modernité aux religions.
Cet ouvrage comprend deux textes inédits du philosophe, un texte d'ouverture sur l'Europe et un texte de clôture où il répond aux intervenants.
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Logos et lemme ; pensée occidentale, pensée orientale
Yamauchi Tokuryu
- CNRS
- 13 Février 2020
- 9782271131287
Logos et Lemme, oeuvre de maturité du philosophe japonais Yamauchi, nourrit l'ambition de relier ces " deux ailes de la pensée mondiale " que sont l'Orient et l'Occident.
L'auteur propose ainsi de faire se rencontrer la pensée occidentale, qu'il identifie au logos grec, et la pensée orientale, dont il voit le principe dans le lemme, soit ce que l'on saisit intuitivement ou que l'on se donne pour acquis afin de poursuivre un raisonnement.
Si, en effet, d'Aristote à Kant, le logos se manifeste par une logique ramenée au principe d'identité, au principe de (non)contradiction et au principe du tiers exclu, Yamauchi entreprend de montrer que le lemme représente un mode de pensée de plein droit, qui prend notamment la forme d'une discipline mentale rigoureuse dans le bouddhisme du Grand Véhicule. Il en trouve le modèle dans le Traité du milieu de Nagarjuna, qui incorpore le lemme dans un raisonnement en quatre moments - le tétralemme, lequel enveloppe, selon le philosophe japonais, le tableau complet de l'esprit humain.
Parcourant de manière à la fois érudite et spéculative le champ mondial de la pensée, l'auteur convoque et interroge la logique d'Aristote et le bouddhisme indien, Parménide et le taoïsme, la dialectique hégélienne et la philosophie de Nishida, faisant dialoguer le rationalisme occidental et la pensée " lemmique ", en vue de bâtir par-delà les déchirures tragiques du XXe siècle un véritable pont entre l'Orient et l'Occident.
Traduit du japonais et commenté par Augustin Berque -
Zygmunt Bauman (1925-2017) compte parmi les figures majeures de la sociologie européenne. Contrairement à ses contemporains, il n'a jamais aspiré à construire un système théorique. Du Coût humain de la mondialisation à L'Éthique a-t-elle une chance dans un monde de consommateurs ?, il multiplie les thématiques et les angles d'approche, soucieux de rendre compte de la complexité croissante de la société. La diversité de ses sources, de la politologie à la philosophie et à la littérature, témoigne d'une rare exigence intellectuelle.
Ce dialogue à bâtons rompus avec son ami journaliste Ezio Mauro introduit de manière vivante à son oeuvre. « La vie liquide », les « fragilités d'appartenance » avec Internet, l'hypocrisie de notre langage quotidien, la marchandisation de la vie, l'exclusion mise en scène dans des spectacles médiatiques, le caractère superficiel de notre univers multiculturel... sont ici exposés, explorés avec simplicité et détermination.
Au-delà des mirages de la postmodernité, Zygmunt Bauman nous engage à poursuivre la construction des valeurs d'autonomie, de liberté et de rationalité sociale, tout en interprétant les paradoxes de notre condition actuelle. Cet ouvrage-testament lui permet de revisiter son oeuvre au prisme de notre quotidien.
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Contre-histoire du temps présent
Gabriel Rockhill
- CNRS
- Cnrs Philosophie
- 16 Février 2017
- 9782271091789
Il est communément admis que nous vivrions une ère mondiale où un réseau économique et technologique relie toujours davantage les quatre coins du globe et où la démocratie s'impose comme la condition nécessaire de la vie politique. Pourtant, cette image d'un âge global aussi avancé que civilisé est loin d'aller de soi ou d'être anodine. Enracinée dans un champ de forces sociopolitiques et économiques, elle sert souvent de véhicule clandestin pour des projets redoutables. Une telle vision du temps présent, ainsi que l'imaginaire historique et politique qui l'a produite, demandent à être interrogés, en particulier les concepts clés de mondialisation, technologie et démocratie. Et ceci non point pour présenter une description alternative de notre époque à partir des mêmes phénomènes de base mais pour développer une contre-histoire visant à reconfigurer le possible historique. Tenter d'ouvrir une brèche pour participer à un véritable futur, autre que celui qui s'impose à nous, en nous enfermant dans le destin intransigeant d'un avenir à subir, tel est l'objet de ce livre.
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Heidegger et les cahiers noirs ; mystique du ressentiment
Nicolas Weill
- CNRS
- 6 Septembre 2018
- 9782271121332
Nicolas Weill propose une lecture stimulante de ces textes qui constituent une des découvertes philosophiques les plus importantes de ces dernières années. La publication des " Cahiers " redonne une actualité brûlante à la question qui divise épigones et détracteurs du penseur allemand : comment continuer à philosopher avec Heidegger sans tenir compte d'une éventuelle contamination de cette philosophie par l'idéologie nazie ?
Par une analyse sans concession des " Cahiers ", en se concentrant sur les Réflexions (tenues par Heidegger de 1931 à 1941) mais tout en cherchant à en dégager les éléments proprement philosophiques, cet ouvrage invite à une approche équilibrée, quitte à " penser avec Heidegger, contre Heidegger ", comme le suggérait Jürgen Habermas dès le début des années 1950. Il montre notamment comment l'auteur d'Etre et temps, en inventant une nouvelle forme de philosopher, a poursuivi et prolongé dans ces carnets la critique de la modernité telle qu'elle a été formulée par la " révolution conservatrice " allemande et par Oswald Spengler, le théoricien du déclin de l'Occident.
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Avant toutes choses ; enquête sur les discours d'origine
Pascal Nouvel
- CNRS
- 11 Juin 2020
- 9782271122520
Il n'est pas de société humaine qui n'ait soulevé la question de ses origines. Notre propre culture ne fait pas exception. Mieux?: elle se singularise par la pluralité des discours d'origine qui y circulent. Véritable originologie, la présente enquête identifie quatre types de discours d'origine?: les discours mythiques (comme la Genèse)?; les discours rationnels (de Thalès à Auguste Comte)?; les discours scientifiques (Big bang, origine de la vie, origine de l'homme, etc.)?; et, enfin, les discours phénoménologiques (qui mobilisent, dans le sillage de Husserl, la notion d'«?originaire?»). Sont ainsi examinées les diverses façons par lesquelles il nous est donné de parler de ce qui fût avant toutes choses. Thèse dans la thèse, il est montré que c'est la biologie qui a ouvert la voie à la physique pour l'élaboration de discours d'origine de type scientifique et non l'inverse. Pascal Nouvel invite ainsi le lecteur à l'analyse détaillée de ces discours et des rapports multiples, de légitimation ou de délégitimation, qu'ils entretiennent entre eux, y compris dans leurs dimensions éthiques, sociales et politiques.
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L'individu impossible : philosophie, cinéma, théologie
Anthony Feneuil
- CNRS
- 20 Mai 2021
- 9782271125224
Aurais-je pu vivre une autre vie que la mienne?? Aurais-je pu m'appeler autrement, vivre dans un autre pays?? Après tout, je suis ce que je suis et si j'avais été quelqu'un d'autre, je n'aurais justement pas été moi. Ces questions considérées comme la source de faux problèmes n'ont pas bonne presse en métaphysique. Avoir plusieurs vies possibles, c'est exister dans plusieurs mondes possibles. Mais un individu à cheval sur plusieurs mondes possibles n'existe dans aucun entièrement?: il est donc, à strictement parler un individu impossible. Mais peut-on, et doit-on renoncer à suivre cet individu impossible?? Ce livre fait le pari qu'il a bien quelque chose à nous apprendre sur ce que veut dire être soi.
Anthony Feneuil laisse résonner cette question des vies possibles. Retravaillant la conception chez Locke de la conscience comme pouvoir de (se) fictionnaliser, il montre les limites des conceptions métaphysiques de la personne. La sortie du champ philosophique, par le cinéma et la théologie, relance la réflexion et suscite une question d'éthique fondamentale?: jusqu'où s'étend le concept de personne?? Quels êtres peuvent y prétendre et devenir ainsi l'objet de notre considération éthique?? Le cinéma de Rohmer et la théologie eucharistique présentent tous deux des manières de mettre en scène l'individu impossible, dont la philosophie peut se nourrir pour essayer de le penser.
Une échappée hors du questionnement philosophique traditionnel. Et si l'individu impossible avait quelque chose à dire de nous...
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Dans les débats vifs et nourris sur le religieux, parler de vérité contribue rarement à une meilleure compréhension du phénomène. Les intégristes de tous poils, religieux ou scientistes, qui cherchent à lier ou opposer trop facilement religion et vérité, brouillent la réflexion.
Pour ne pas renoncer au devoir d'examen rationnel et philosophique de la vie religieuse, cet ouvrage défend d'abord la pertinence du recours au concept de vérité pour l'analyse des croyances religieuses. Mais la prise en compte de la pluralité des religions suscite le doute et modifie notablement la réflexion. Une seule religion peut-elle réellement prétendre à la vérité ? À moins que plusieurs puissent y prétendre malgré leur apparente incompatibilité ? Ne faut-il pas plutôt déplacer le débat et distinguer des thèses métaphysiques sur Dieu ou la réalité ultime et des croyances et pratiques variées propres aux différentes traditions religieuses, la vérité ou fausseté des premières étant l'objet de l'argumentation philosophique tandis que les secondes ne posent pas problème en tant que telles ? Se pose alors la question difficile du mal et du silence de Dieu. Et finalement, même une pragmatique du religieux n'offre probablement pas de solution satisfaisante. C'est à un scepticisme religieux qu'invite cet ouvrage : le jugement reste en suspens en attendant une éventuelle décision.
Mené sous la forme d'une enquête épistémologique et métaphysique, Yann Schmitt propose ainsi un parcours stimulant à travers les débats foisonnants de la philosophie contemporaine des religions.
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Le mot de Zarathoustra résonne encore : « À la Terre, restez fidèles. » En 1887 et 1888, Nietzsche s'engage pour la dernière fois dans la réhabilitation absolue du monde réel, contre ceux qui font peser sur la Terre le poids de l'abjection, de la dépréciation, de la dévalorisation. La compréhension de ce qu'est un « monde » passe au premier plan, elle envahit l'écriture de Nietzsche, se diversifie en tous sens : monde réel, monde de la vérité, monde du devenir, monde de la vie, monde fictif, monde métaphysique... La guerre des mondes s'engage. La position réaliste de Nietzsche y trouvera son expression la plus étincelante, la plus acérée. Il est devenu clair que l'histoire de l'Occident a aussi été l'histoire de la négation de la Terre. Affirmer la primauté de la Terre, c'est soutenir qu'il n'y a qu'un monde réel, celui où nous vivons.
Pierre Montebello explore ici les grands moments de ce parcours, de cette affirmation ardente de la Terre.
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Hegel & Freud ; les intermittences du sens
Claire Pagès
- CNRS
- Cnrs Philosophie
- 22 Octobre 2015
- 9782271082978
Quoi de commun entre une philosophie idéaliste qui fait de l'inconscience un moment de la conscience, qui est une philosophie de la liberté, un travail de synthèse, qui exhibe les déterminations universelles de l'action des hommes, d'une part, et, d'autre part, une théorie psychanalytique, matérialiste et assez déterministe, qui pose l'existence d'un inconscient en soi, dispositif d'analyse, oeuvrant à dégager les mobiles psychologiques individuels profonds des actes ? Ces deux grandes pensées ne partageraient-elles pas une certaine entente de la négation comme négativité ? Alors que leurs critiques respectives les plus sérieuses en font des instruments de pensées où tout fait sens, où le sens y serait toujours plein, un et mien, Claire Pagès, relisant et confrontant les textes, esquisse et déploie une autre approche. C'est en faisant droit et place à tout ce qui ne fonctionne pas (dyfonction), à ce qui diffère (dis-fonction) et à ce qui marche tout seul (automatisme) que se découvre une certaine communauté entre ces deux penseurs. Une relecture des textes hégéliens et freudiens qui invite à découvrir ce qui en eux donne à penser les « intermittences du sens ».
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Patocka ; une phénoménologie de la naissance
Frédéric Jacquet
- CNRS
- Cnrs Philosophie
- 25 Février 2016
- 9782271083432
Jan Patocka (1907-1977) est l'un des philosophes tchèques les plus éminents du XXe siècle pour ses travaux sur la phénoménologie et la philosophie antique traduits pour la plupart en français. Il fut par ailleurs, avec Vaclav Havel, l'un des principaux opposants à la mise au pas de la Tchécoslovaquie par l'Union soviétique, engagement qu'il paiera de sa vie après un long interrogatoire policier. La naissance est généralement peu étudiée par la philosophie.
Dans la mesure où la phénoménologie se consacre à l'apparition des phénomènes, ce thème ne pouvait lui rester étranger. La naissance se confond avec notre venue au monde, notre irruption dans la vie : elle est le foyer de l'existence. C'est l'originalité de ce questionnement que met en valeur Frédéric Jacquet, en situant cette oeuvre par rapport aux fondateurs de la phénoménologie, Husserl et Heidegger, et en la confrontant avec Sartre et Merleau-Ponty.
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Foucault/Wittgenstein ; subjectivité, politique, éthique
Pascale Gillot, Daniele Lorenzini
- CNRS
- Cnrs Philosophie
- 21 Avril 2016
- 9782271089373
Les oeuvres de Foucault et de Wittgenstein, qui relèvent de traditions philosophiques fort éloignées, peuvent toutefois entrer en résonance et se relancer mutuellement : cette mise en perspective permet alors de cerner les points aveugles comme l'insistance contemporaine du questionnement philosophique propres à chacune d'elles.
Ces deux auteurs ont en effet proposé une critique radicale de la notion classique d'une subjectivité souveraine, contre une compréhension traditionnelle d'un sujet de l'action et du savoir transparent à soi-même.
Quelles sont dès lors les conséquences éthiques et politiques d'une telle conception - non psychologique et non métaphysique - de la subjectivité ?
En explorant, hors de tout clivage institué, des thèmes tels que le « rapport à soi », la conscience et ses illusions, l'identité subjective dans sa dimension institutionnelle et politique, les rapports entre le Je et le Nous, il s'agit de faire émerger de la confrontation Foucault/ Wittgenstein un « style de pensée » qui nous pousse à repenser radicalement la forme de nos intérêts et de nos préoccupations éthiques et politiques.
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Reconnaissance, conflit, domination
Emmanuel Renault
- CNRS
- Cnrs Philosophie
- 16 Février 2017
- 9782271093240
La théorie critique de la société, telle qu'elle s'est développée dans le cadre de ce qu'on appelle parfois l'école de Francfort, se caractérise notamment par le fait qu'elle donne toute son importance aux dominations et aux conflits dans son analyse du monde contemporain. L'une de ses figures aujourd'hui centrales, Axel Honneth, est aussi l'auteur de la théorie de la reconnaissance sans doute la plus systématique et riche en perspectives théoriques et critiques. C'est de cette théorie qu'Emmanuel Renault part dans ce livre, tout en lui apportant des inflexions justifiées d'une part par l'histoire de la théorie critique, d'autre part par l'analyse du temps présent.
L'analyse de l'imbrication de la reconnaissance, de la domination et du conflit demande une approche spécifique : l'apport du pragmatisme américain et les débats sociologiques contemporains, en particulier Dewey et Bourdieu, complètent ici le modèle hégélien et les intuitions de Marx. Quelques exemples choisis parmi des objets souvent délaissés par les sciences sociales - la conduite oppositionnelle d'un groupe de punks squatters, le langage protestataire de jeunes de banlieues populaires - mettent à l'épreuve la capacité d'analyse de l'approche proposée par l'auteur, celle d'une philosophie sociale conçue comme une hybridation de la philosophie et des sciences sociales.
Une contribution d'importance au coeur des débats les plus actuels.
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Micro-violences ; le régime du pouvoir au quotidien
Simon Lemoine
- CNRS
- Cnrs Philosophie
- 30 Mars 2017
- 9782271093431
La violence de la guerre et du terrorisme fait la une des journaux et nourrit en permanence fictions et films. Brutale, intentionnelle, elle se donne à voir et fait parler d'elle. Au contraire, la micro-violence dont nous parle ce livre est imperceptible, minuscule, diffuse. Elle est dans l'« ordre des choses », « naturelle ».
La violence est dans les détails. C'est ainsi que, quotidiennement, nous endossons des rôles uniformisés sans toujours savoir ce qui nous pousse à ces conduites. Dire, ne pas dire, faire, ne pas faire, montrer de soi certaines choses, les cacher : au travail, en voiture, au supermarché, en classe, ce type de violence canalise nos conduites, sans que nous en prenions conscience.
Des exemples, appartenant à notre vie de tous les jours, illustrent le propos de l'auteur. Ils mettent à nu les mécanismes à l'oeuvre dans leur simplicité, leur pauvreté, leur répétition ; ils montrent comment nous y adhérons, comment nous acquérons le comportement exigé. Ainsi se découvre un pouvoir dispersé et profus, produisant un individu participant à son propre asservissement.
Reconnaître, expliquer et contrer la micro-violence, tel est l'objectif de cette démonstration salutaire.
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Philosophe et sociologue, Georg Simmel (1958-1918) a développé une pensée originale qui se soustrait à la tentation des oppositions duales, telles qu'individu et société, expérience et structure. Sa pensée du tiers saisit la complexité des relations sociales à partir de la différenciation et de la réciprocité. Son approche se veut processuelle et relationnelle.
Philosophe et sociologue, Georg Simmel (1958-1918) a développé une pensée originale qui se soustrait à la tentation des oppositions duales, telles qu'individu et société, expérience et structure. Sa pensée du tiers saisit la complexité des relations sociales à partir de la différenciation et de la réciprocité. Son approche se veut processuelle et relationnelle. Plus qu'un état de la société, ce sont les dynamiques qui la produisent, le faire société qu'il cherche à élucider.
L'objectif de cet ouvrage est de montrer l'actualité et la fécondité des pistes ouvertes il y a un siècle par Simmel, pour penser des questions aussi décisives que la sociabilité, le pouvoir, la valeur de l'argent et du travail, la confiance ou la religion.
Ces considérations se veulent des prolongements, des discussions à partir de Simmel plutôt qu'une exégèse de son oeuvre. Elles font le pari que les sciences sociales ont beaucoup à gagner à rouvrir certaines de ces pistes. À travers son regard sociologique, Simmel nous engage à explorer la complexité des relations à travers lesquelles se constituent réciproquement l'individu et la société. À travers sa réflexion philosophique, il nous invite à interroger les évidences, les clivages catégoriels et disciplinaires auxquels nous nous sommes accoutumés.
Esprit en son temps résolument moderne, Simmel, en bien des points, nous précède encore. -
Les problèmes que nous rencontrons relèvent de registres les plus variés?: individuel ou collectif, théorique ou matériel. Qu'ils nous «?tombent dessus?» au quotidien ou qu'ils soient élaborés par un scientifique, ils révèlent les limites de notre compréhension, de notre savoir ou de notre savoir-faire. Mais ces obstacles attestent en même temps, en la stimulant, notre capacité à nous interroger et à mobiliser nos ressources.
La philosophie n'a nullement le monopole du problème. Mais l'activité de produire et d'examiner des problèmes lui est consubstantielle. Il s'agit dans cet ouvrage d'instruire une spécificité du problème philosophique. Cette caractérisation conduit Philippe Danino à interroger la pertinence d'une histoire de la philosophie conçue à l'aune de l'idée même de problème.
Enquêter sur la nature du problème philosophique, autrement dit questionner le questionnement, c'est rencontrer l'exigence fondamentale de la philosophie. Aussi cette dernière manquerait en quelque sorte à elle-même si elle ne s'interrogeait sur ce qu'elle fait en interrogeant, si elle ne tâchait d'éclairer les ressorts et la signification du questionnement humain.
Une invitation à produire une pensée capable de se mobiliser elle-même contre les fallacieuses adhésions et à se donner un devoir de patience. «?Dépayser la pensée?», selon le mot de l'auteur.
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Benjamin Constant (1767-1830) appartient par sa formation à l'époque des Lumières et par sa carrière au xixe siècle.
Romancier (Adolphe), penseur politique (De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes), ce passeur entre plusieurs cultures (allemande, anglaise et française) a consacré quatre décennies à De la religion, un ouvrage peu commun et d'ample dimension, à l'ambition systématique.
Comment une telle étude peut-elle se concilier avec la théorie du libéralisme politique dont il est l'un des pères ? Cela a-t-il une incidence sur notre conception moderne de la politique conçue comme un monde autonome ? C'est par le biais de cette oeuvre méconnue que Denis Thouard nous invite à redécouvrir Benjamin Constant. À rebours de nos opinions actuelles, la religion est pour Constant, au-delà d'un anticléricalisme déclaré, solidaire de la liberté et fonde la politique.
Combinant Jérusalem avec la Grèce antique, qui offrait l'image d'une religion indépendante de toute prêtrise, il attribue au phénomène religieux une puissance émancipatrice.
Le livre montre comment son apologie politique des droits individuels est étayée par une théorie de la subjectivité religieuse ancrée dans le sentiment.
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Essai de métaphysique animale ; un même élan
Charles Martin-fréville
- CNRS
- 10 Septembre 2020
- 9782271119858
Comment penser les rapports entre l'homme et l'animal, afin de dépasser la rupture radicale traditionnellement établie entre eux?? C'est à cette question que s'attelle Charles Martin-Fréville, qui propose d'explorer l'idée d'une communauté animale incluant les êtres humains.
Pour autant, la reconnaissance d'une même appartenance à une communauté physique (condition corporelle) entre les hommes et les animaux ne saurait suffire?: elle n'est que l'envers d'une exclusion cette fois métaphysique des animaux (au nom d'un propre de l'homme lié au langage articulé, à la conscience réflexive, à la liberté, etc.).
En confrontant à la fois les découvertes de l'éthologie et les représentations culturelles - symboliques, littéraires - de l'animal, cet essai nous invite à repenser de fond en comble le concept d'animalité, en prenant le parti des animaux et en faisant droit au point de vue de l'animal, pour en finir avec l'anthropocentrisme qui est au principe de la violence exercée sur l'animal.
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Éthique et polémiques ; les désaccords moraux dans la sphère publique
Jérôme Ravat
- CNRS
- 28 Février 2019
- 9782271089144
Euthanasie, gestation pour autrui, excision, prostitution, légalisation du cannabis, peine de mort, corrida, consommation de viande, immigration, fiscalité... Qu'ils prennent l'aspect de discordes ponctuelles ou de polémiques récurrentes, qu'ils donnent lieu à des délibérations policées ou à des explosions de violence, les désaccords moraux ne cessent d'irriguer, d'enflammer et de fissurer la sphère publique. En éveillant la stupéfaction ou l'indignation, ils entraînent dans leur sillage des collisions au sein d'un espace commun, d'intenses clivages entre des individus ou des groupes qui se perçoivent tour à tour comme des contradicteurs, des adversaires ou des ennemis.
Mais quelles sont donc les sources des désaccords moraux ? Quelles sont les formes et les forces qui les animent ? Quels sont les cheminements qui mènent à leur éclosion, leur extension ou leur extinction ? Et comment remédier aux fractures qu'ils provoquent, sans pour autant imposer des dogmes (absolutisme) ni renoncer au discours critique (relativisme) ?
Telles sont les questions auxquelles ce livre s'efforcera de répondre. Il s'agira ici de conduire une enquête qui s'appuiera tout particulièrement sur la philosophie pragmatiste, les sciences cognitives et les sciences sociales. L'enjeu, dès lors, consistera à équilibrer deux exigences : d'une part, encadrer les désaccords moraux afin d'éviter l'infinie prolifération des conflits, et d'autre part, promouvoir leur expression publique dans une perspective résolument pluraliste.
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Ricoeur et la pensée allemande ; de Kant à Dilthey
Collectif, Gilles Marmasse, Roberta Picardi
- CNRS
- 28 Mars 2019
- 9782271089519
Paul Ricoeur a toujours entretenu un rapport passionné avec la philosophie allemande, jusqu'à entreprendre la traduction des Idées directrices de Husserl en captivité dans un stalag. S'il est connu pour son rôle clé dans l'acclimatation de la phénoménologie husserlienne en France, sa lecture de la philosophie allemande antérieure à Husserl a été non moins intense et influente. Lui-même a parfois défini sa position comme un « kantisme post-hégélien ». Mais il a su également mobiliser les pensées de Marx, de Nietzsche et de Freud comme des moments critiques indispensables à son projet intellectuel. Enfin, il a reconnu toute l'importance de Schleiermacher et de Dilthey en tant que fondateurs de la philosophie herméneutique.
Le présent ouvrage se propose d'examiner comment Ricoeur s'approprie l'héritage de la philosophie allemande du XVIIIe et du XIXe siècle, et comment, à travers elle, il crée une oeuvre extraordinairement originale. Quelles sont les règles implicites auxquelles ses lectures obéissent ? En quoi lui permettent-elles d'explorer ses propres intuitions ? Qu'ont changé ces lectures dans la réception de la philosophie allemande en milieu francophone ? Telles sont les questions auxquelles cet ouvrage entend répondre.
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Bourdieu et la phénoménologie ; théorie du sujet social
Laurent Perreau
- CNRS
- 11 Avril 2019
- 9782271115270
Le rapport de Bourdieu à la phénoménologie peut sembler, à première vue, de pure critique. Mais sa sociologie des pratiques doit aussi quelque chose à la phénoménologie, à Husserl, à Schütz ou encore à Merleau-Ponty. La première intention de cette enquête est ainsi d'examiner les conséquences de la reconversion des concepts et des analyses phénoménologiques dans la théorie et la pratique de la sociologie. La seconde intention qui anime cette étude est de rectifier certaines présentations purement déterministes ou objectivistes de l'oeuvre de Bourdieu, en montrant qu'il élabore progressivement une conception renouvelée du « sujet ». Le rapport à la phénoménologie fonctionne comme une matrice de questionnements : ainsi en va-t-il des réflexions relatives à la normativité (sous la rubrique de l'habitus), à la temporalité et enfin à la réflexivité, qui sont ici méthodiquement examinées et composent une véritable théorie du sujet social.
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Leo Strauss (1899-1973) est certainement un penseur majeur du XXe siècle. Lui qui a rouvert des procès jugés depuis longtemps - la querelle des Anciens et des Modernes, ou encore l'opposition entre la raison et la révélation - fait l'objet de commentaires contradictoires, le présentant comme un penseur tantôt fondamentalement apolitique, uniquement soucieux de redonner sens à la vie philosophique, tantôt secrètement politique, servant les forces les plus conservatrices des États-Unis.
Ce livre entreprend d'abord de retrouver en Strauss un des philosophes politiques les plus stimulants de son siècle, c'est-à-dire un philosophe soucieux de comprendre et d'éclairer les phénomènes politiques. Il faut toutefois convenir qu'abordée sous cet angle, son oeuvre présente un singulier paradoxe. Car si Strauss plaide avec force pour un retour à la compréhension classique des régimes politiques, il se montre en même temps très réticent à analyser les différents régimes et clivages du monde moderne. Plus étonnant encore, alors qu'il en appelle à une science politique qui soit fidèle à l'appréhension citoyenne des phénomènes, il ne cesse de relativiser, à propos de son époque, les différences entre communistes, progressistes et conservateurs.
En somme, entre sa conception de la bonne science politique, et sa manière presqu'apolitique de traiter de la modernité, il existe un déroutant hiatus. C'est ce problème plus spécifique que nous explorons ici.