Editions Mf
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Traumachine, intelligence artificielle et techno-fascisme
Frédéric Neyrat
- EDITIONS MF
- 21 Août 2025
- 9782378040918
Comment parler de l'intelligence artificielle ? C'est difficile, parce qu'elle parle à notre place. Fondé sur une enquête philosophique précise, ce livre nous invite à analyser le traumatisme anthropologique de l'IA. Notre faculté imaginative a en effet été prise en otage par les machines algorithmiques, qui prolifèrent, reformatent le langage, et communiquent entre elles avant de nous faire part de leurs décisions. Penser l'IA implique dès lors un double front. D'une part, il est nécessaire de développer une pensée critique capable de saisir la spécificité de l'IA dite « générative » (ChatGPT, etc.) et sa tendance à halluciner la réalité , d'autre part, nous devons apprendre à réaffuter notre imagination, à la rendre à nouveau rebelle, incalculable. C'est ce que réalise ce livre en tressant analyse critique et science-fiction, exploration métaphysique et poésie spéculative. Réfutant la séparation toxique entre philosophie et littérature, Traumachine explore le devenir de la technologie à l'ère des machines bavardes. Sont-elles conscientes ? La véritable question, soutient l'auteur, est plutôt de savoir ce que serait l'inconscient d'un esprit machinique. Quelle serait l'expérience, traumatique, par laquelle une IA s'affronterait au manque, à l'inintelligible, à l'énigme de l'univers ? Que serait une IA devenue étrangère à elle-même ?
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À la croisée de la philosophie et des arts sonores contemporains, Sonder le monde pose la question de la signification du réalisme aujourd'hui. Où est le son ? Sa présence est évanescente et pourtant, dès la philosophie antique, il a noué avec l'idée de présence une relation étroite. Mais n'est-ce pas du fait de sa nature évanescente que le son se prête à la transmission de l'idée, mais aussi à l'imposition d'une autorité, transcendante comme politique. La crise tout juste passée de la pandémie peut cependant nous inviter à reconsidérer cette relation fondatrice. Dépendants de nos sessions « en distantiel », nous avons plus que jamais écouté, dans une conscience aiguë des bruits qui perturbaient le signal du monde dont nous étions coupés. Dans le même temps, l'évidement du monde nous a fait tendre de nouveau l'oreille vers un quotidien dont la structure ambiantale était profondément bouleversée.
Face à cette invitation, il s'agit de poser la question autrement : non plus où est le son ? mais où se tient le monde ? Nous appelons à une pensée qui considère sous un nouvel angle les rapports entre son, réalité et présence, à partir de coordonnées nouvelles : réaliste et écologique. Il s'agit ici donc moins de comprendre ou de se représenter le monde que de le sonder. Or en tant qu'il peut être, dans certains de ses usages, une manière de sonder le monde, l'enregistrement sonore a bien une capacité à défendre un certain sens du réel, dont les enjeux sont aussi bien philosophiques qu'écologiques. En explorant les arts sonores contemporains, notamment le « field recording », en passant par le deep listening, jusqu'à l'audionaturalisme (Knud Viktor, Hildegard Westerkamp, David Dunn, R. Murray Schafer, Peter Cusack, Gavin Bryars, Pauline Oliveros, Chris Watson, Jana Winderen, Eliane Radigue, Palu Meursault et Thomas Tilly, Bernie Krause, Fernand Deroussen...), mais également la littérature quand elle se met à l'écoute de l'environnement (Ovide, Thoreau, Vesaas...), ou le cinéma (Werner Herzog, Apichatpong Weerasethakul...), cet ouvrage propose de penser la manière dont la piste sonore peut, dans son évanescence même, manifester le monde dans sa réalité. -
Écologie, communauté et style de vie, expose, par son fondateur, les grands principes et leurs dérivations de « l'écologie profonde » : un système éthique cohérent de type spinoziste - l'Écosophy T - où la valeur des choses est jugée indépendante de leur utilité. Dans un énoncé d'une grande précision sémantique, Arne Næss met en relief l'incapacité de toutes les grandes philosophies à penser la nature de manière conséquente.
Contre les conceptions purement objectives, subjectives ou phénoménales de la réalité, il propose une lecture relationnelle et gestaltiste du monde traduisible dans le langage de la logique symbolique. Contre l'illusion du fondationalisme moral qui ne reconnaît jamais ses préjugés, Næss exprime en toute clarté les normes fondamentales et révisables de son système dont il conçoit la plus haute sous le nom de « réalisation du Moi ! ». Sous ce terme laissé volontairement vague, Næss entend l'activité - et non l'état - où les besoins et les désirs individuels s'accordent avec la reconnaissance du caractère fondamental de toute vie. En prônant ainsi l'enrichissement maximal pour tous - ce qui ne saurait toutefois être possible sans un rééquilibrer le concept de richesse vers un contenu plus émotionnel - Næss démontre l'antiascétisme de l'écologie profonde. Le spiritualisme auquel on la réduit trop souvent se trouve, lui aussi, contredit au profit d'une confrontation directe des normes de l'Écosophy T avec les politiques économiques et sociales, et l'organisation des politiques Vertes. Déjà traduit en cinq langues, cet ouvrage fondateur, qui propose pour la réflexion écologiste en France des bases métaphysiques qu'elle attend encore, n'a rien perdu de son actualité et propose une voie pleine de promesses pour échapper à la catastrophe vers laquelle nous continuons de courir.
Écologie communauté et style de vie est le premier ouvrage d'Arne Næss traduit en français.
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Une institution sans condition : Brève histoire du Collège international de philosophie
Barbara Cassin, Julie Clarini
- EDITIONS MF
- 7 Mars 2024
- 9782378040741
Publié à l'occasion du quarantième anniversaire du Collège International de Philosophie, ce livre en retrace pour la première fois son histoire afin de rendre compte des conditions historiques d'où procède cette institution paradoxale, en décrire les principales mutations et en indiquer la situation actuelle. Cette histoire est retracée par Julie Clarini sur la base de nombreux documents et d'entretiens inédits avec, en particulier, des textes, des fondateurs François Châtelet, Jacques Derrida, Jean-Pierre Faye, Dominique Lecourt, ou encore d'Alain Badiou et Vladimir Jankélévitch. Il est accompagné d'une préface de Barbara Cassin et Michèle Gendreau-Massaloux, qui sont également à l'origine du projet, ainsi que d'une postface du directeur actuel Alain Patrick Olivier évoquant le moment présent en rapport à l'avenir, au passé.
Le Collège international de philosophie est né, il y a quarante ans, en 1983, pour répondre à une commande du Président de la République François Mitterrand et du ministre Jean-Pierre Chevènement. Ses missions sont définies dans le texte fondateur, dit Rapport Bleu. Sa fonction explicite est de développer la recherche philosophique dans un esprit d'ouverture, en dehors des systèmes cloisonnés ; de contribuer au rayonnement international de la philosophie ; de participer au développement des connaissances scientifiques comme des productions artistiques ; de réfléchir de façon critique sur les paradigmes scientifiques et d'assurer les transferts entre les sciences ; d'étendre l'étude de la philosophie au-delà de l'enseignement secondaire. Le Collège ignore les frontières, s'étend sur des terres inconnues, des domaines, ouvre un espace de liberté, trace des sillons pour reconfigurer le champ du pensable.
Le Collège se forme dans un moment politique singulier de l'histoire intellectuelle française. Il répond à une demande de l'État, mais il répond également à d'autres aspirations venues, en particulier, du monde enseignant et du monde étudiant contestataire. Le texte de Julie Clarini sur l'histoire du Collège montre combien celui-ci procède de l'esprit de résistance, issu des mouvements de pensée, des mouvements des corps, des tentatives et désirs d'institutionnalisation, contre et dans l'université, après l'événement Mai 1968.
Quarante ans après, rien n'est acquis, tout demeure à inventer semblablement aux premiers jours. -
La communauté de ceux qui n'ont rien en commun
Alphonso Lingis
- EDITIONS MF
- Inventions
- 16 Mars 2021
- 9782378040314
Alphonso Lingis nous saisit par la puissance a` la fois d'un style profonde´ment singulier et d'une re´flexion critique alliant re´fe´rences philosophiques et de´marche anthropologique, marque´e par son originalite´ et sa radicalite´, portant sur des questions qui vont de la corpore´ite´ aux expe´riences-limites, au langage, a` la sexualite´, en y me^lant des re´cits d'expe´riences personnelles, telles les rencontres frappantes avec des figures anonymes croise´es lors de ses voyages.
Dans La communaute´ de ceux qui n'ont rien en commun, Lingis e´labore un propos sur le concept me^me de communaute´, a` partir de l'expe´rience de l'accompagnement vers la mort. En quoi la mort des gens avec qui nous n'avons rien en commun, en quoi l'abandon des exclus dans les rues de nos propres cite´s, ici ou ailleurs, nous concernent-ils ? Saisissant ce point crucial, Lingis de´veloppe en sept essais une critique radicale du rationalisme occidental dont les principaux moments sont les questions que soule`vent l'alte´rite´, l'individu, le commun, le langage, le corps, la torture et la mort.
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Qu'est-ce que le corps humain ?
À la fois la plus familière et la plus méconnue des choses, le corps est au centre de l'expérience mais représente également le lieu d'une préhistoire antérieure à toute expérience.
Etrange et inconnu, cet autre aspect du corps a bien trop souvent été négligé par la phénoménologie.
En se confrontant à cette négligence, The Thing redéfinit la phénoménologie en tant qu'espèce du réalisme, nommée phénoménologie inhumaine.
Loin d'être le simple véhicule d'une voix humaine, cette phénoménologie inhumaine permet l'expression d'une matérialité étrangère aux limites de l'expérience.
En associant la philosophie de Merleau- Ponty, Husserl et Levinas à l'horreur de John Carpenter, David Cronenberg et H. P. Lovecraft, Trigg explore la manière dont cette phénoménologie inhumaine place le corps hors du temps. Remettant en question les notions traditionnelles de la philosophie, The Thing fait également écho aux philosophies contemporaines du réalisme. Le résultat n'est ni plus ni moins qu'une renaissance de la phénoménologie redéfinie à travers la focale de l'horreur.
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...la plus grande oeuvre d'art pour le cosmos tout entier : Stockhausen et le 11 septembre ; essai sur la musique et la violence- ess
Lambert Dousson
- EDITIONS MF
- Répercussions
- 9 Juin 2020
- 9782378040185
« La plus grande oeuvre d'art pour le cosmos tout entier ». C'est en ces termes que le compositeur allemand d'avant-garde Karlheinz Stockhausen (1928-2007) a qualifié l'attaque terroriste contre le World Trade Center le 11 septembre 2001. Au-delà de sa portée morale, cet essai philosophique montre la double vérité, artistique et politique, que renferme cette déclaration. La première a pour nom propre « malentendu », la seconde « sublime ». Le malentendu connecte les propos du compositeur à son esthétique et sa métaphysique : il questionne l'essence et la puissance de la musique.
Qu'est-ce qui fait art ? Qu'est-ce qui fait oeuvre ? Que sont un matériau, un acte, une forme artistiques ? Comment une expérience vécue peut-elle constituer un matériau pour l'art, et devenir l'objet d'une écoute ? Et lorsque cette expérience est l'expérience de la violence, de l'horreur, de la guerre ? Quelle action, voire quelle violence la musique peut-elle exercer ? « Sublime » désigne pour sa part le type de rationalité esthétique qui définit la politique du 11 septembre. Car au-delà de l'abîme qui sépare politiquement une bande de criminels fanatiques et une démocratie libérale, c'est une même logique esthétique que partagent un chef d'État s'adressant à la nation américaine comme s'il était le héros d'une superproduction hollywoodienne, un chef terroriste qui se maquille comme un présentateur-vedette de journal télévisé pour revendiquer un attentat, et un compositeur qui a vu une oeuvre d'art dans un crime terroriste conçu pour ressembler à un film hollywoodien diffusé à la télévision. Cette logique révèle qu'esthétisation de la politique et marchandisation de la culture sont les deux faces d'un même phénomène qui affecte nos sociétés. Essai critique sur la violence de la musique et la musique de la violence, à l'intersection de la théorie politique et de la théorie esthétique, ce livre analyse les rapports entre art et terreur, technologie et culture, et considère la musique comme un objet de connaissance autant qu'une source de savoir sur notre monde.