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Galilee
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Séminaire la peine de mort Tome 2 ; (2000-2001)
Jacques Derrida
- Galilee
- La Philosophie En Effet
- 15 Octobre 2015
- 9782718609317
Nous avons poursuivi les recherches engagées l'année précédente, en déployant les mêmes questions (autour de trois concepts : exception, souveraineté, cruauté) et en suivant les mêmes fils conducteurs.
Les discours de Kant et de Hegel ont été, de ce point de vue, au foyer de notre travail, qu'il s agisse des débats avec Beccaria autour de la Révolution française, du régicide, de la Terreur ou de la grande tradition de la loi du talion. Au sujet de cette dernière, nous avons relu quelques textes bibliques et étudié les efforts pour la justifier et même y reconnaître, contre une certaine doxa traditionnelle, le principe même et I'origine de la justice, de Kant ou Hegel jusqu'à Lévinas (inclus).
Cette loi du talion est aussi une référence fondamentale dans le débat qui s'est amorcé entre la psychanalyse et le droit pénal. Nous avons interrogé, de ce point de vue, les projets de transformation du droit criminel par la psychanalyse (notamment les écrits de Reik et les déclarations que celui-ci fit au nom de Freud, en 1926, contre la peine de mort, dans Le Besoin d'avouer).
À travers toutes ces lectures, nous avons tenté de ne pas perdre de vue l'actualité du problème, en particulier ce qui se passe actuellement aux États-Unis, pendant et après l'élection du nouveau président. La figure du « président », c'est-à-dire d'une souveraineté soumise à élection démocratique, méritait une attention particulière. Nous avons donc aussi fait référence à ce qui est dit, entre autres choses, du « président » et de la récente histoire de la peine de mort en France dans le dernier livre de Robert Badinter, L'Abolition.
Au croisement des analyses concernant les États-Unis et d'une problématique psychanalytique, et tout en suivant une certaine, histoire du sang » (visibilité ou non de I'exécution, passage à l'injection létale, modes de visibilité, de publicité, de théâtralité, de ritualité sacrificielle - lecture de Foucault et discussion de sa thèse sur la dé-spectacularisation progressive du châtiment ;
Lecture aussi de Donoso Cortes sur le sacrifice sanglant et la peine de mort [1859]), nous nous sommes aussi laissé guider par les trois questions suivantes, auxquelles nous avons tenté de donner un sens à la fois nouveau et spécifiquement coordonné à I'histoire des « crime et châtiment » : 1) Qu'est-ce qu'un acte ? 2) Qu'est-ce qu'un âge ? 3) Qu'est-ce qu'un désir ? -
« Ce livre raconte de manière très personnelle ce qu'a été ma rencontre avec Lacan, de même que ce dont je me souviens de mon analyse avec lui. A cet égard, ce livre apporte un enseignement clinique sur la pratique si originale de Lacan, sur son style et sur ses résultats. En même temps ce livre raconte les diverses péripéties de l'École freudienne de Paris jusqu'à sa dissolution. De ce point de vue ces pages comportent plusieurs informations tout à fait inédites sur ce qui s'est passé. Et qu'aucun(e) historien(ne) n'a jamais dévoilé.
Enfin, avec le recul de maintenant quarante ans j'ai voulu évaluer les apports de la théorie lacanienne, de même que quelques avancées problématiques ». -
Surtout pas de journalistes !
Jacques Derrida
- Galilee
- La Philosophie En Effet
- 11 Février 2016
- 9782718609409
Pour point de départ, cette question, cette scène, reprise en charge par Jacques Derrida :
« Qu'est-ce que Dieu a dû dire à Abraham ? Que lui a-t-il nécessairement signifié au moment où il lui a donné l'ordre de monter sur le Mont Moriah accompagné d'Isaac et de son âne, en vue du pire «sacrifice» ? Qu'est-ce qu'il a pu lui dire et devoir lui signifier ? » et l'éclairage qu'il lui donne :
« On peut avancer, en toute certitude, sans rien savoir d'autre, qu'il a dû lui signifier quelque chose que je résumerai ainsi : «Surtout, pas de journalistes !». » Dans cette intervention, inédite en français, de 1997 lors d'un colloque à l'Institut néerlandais de Paris (« Religion et Média », organisé par Hent de Vries et Samuel Weber), Jacques Derrida s'emploie à croiser les fils de la médiation et de la religion pour questionner à nouveau la « foi et le savoir » :
« Pas de lien social sans promesse de vérité, sans un «je te crois», sans un «je crois». [.] Et même pour mentir, pour tromper, pour abuser, il faut que ce «je te crois» ou «je crois à toi» ou «je crois en toi» soit à l'oeuvre. Sur le sol de cette croyance nue, les media se construisent, en essayant de reconstituer sans cesse la perception nue de cette expérience du «crois-moi» ? C'est en ce lieu que les discours des religions essaient de refaire leur nid, quelquefois chacune pour sa chapelle et quelquefois dans l'oecuménisme. Qu'est-ce que les trois grands monothéismes ont en commun ? Si ce n'est pas seulement la référence à Abraham (différemment modulée entre les trois), c'est la foi partagée. » -
Le mépris des juifs : Nietzsche, les juifs, l'antisémitisme
Sarah Kofman
- Galilee
- 24 Février 1993
- 9782718604374
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La publication des Cahiers personnels du Heidegger des années 1940 (3 volumes sont déjà parus en allemand dans la Gesamtausgabe) a révélé une pensée très explicite du rôle « métaphysique » joué par le Judentum (l'être-juif, le peuple juif, la « juiverie ») dans l'autodestruction de l'Occident. Cette pensée, avec son caractère systématique et argumenté, ne s'était jamais déclarée dans les textes publics, même si ceux-ci ne laissaient pas ignorer un antisémitisme . Or le philosophe avait lui-même prescrit la publication de ses Cahiers, qui en 2015 n'est pas achevée et dont on sait déjà que la suite confirme amplement l'antisémitisme qualifié de « historial » par Peter Trawny, éditeur et commentateur de ces volumes.
S'il a voulu cette publication c'est qu'il tenait à ce que soit connue sa conviction d'un destin attribué à un peuple supposé le plus doué pour le calcul et la « machination ». Ce destin devait accomplir l'« oubli de l'être » engagé depuis Platon. Cet accomplissement devait rendre possible un « autre commencement » de l'avènement de l'« être/Seyn ». À ce compte, l'extermination des Juifs était un sacrifice inscrit dans le cours de ce destin. Les nazis n'étaient pas capables de penser à cette hauteur, et d'ailleurs eux-mêmes se sont précipités avec leurs victimes dans la ruine occidentale.
L'antisémitisme de ces réflexions reprend le discours le plus lourdement banal de l'époque, celui du « complot mondial des Juifs ». Jamais Heidegger ne s'interroge sur sa longue provenance chrétienne ni sur son rôle dans une société qui s'inquiète d'elle-même (du capital, de la technique, etc.). Une obstination hypermétaphysique - bien que se déclarant antimétaphysique - exige qu'on désigne une figure du mal et qu'on appelle à une refondation totale.
C'est odieux, c'est furieux, c'est insensé, c'est presque pathétique. Pourtant la pensée de la déconstruction de l'ontologie aura marqué de manière irréversible le tournant philosophique du XXe siècle : toute la suite en témoigne. Cette contradiction n'est pas celle d'un seul : elle est nôtre.
Il faut donc tout reprendre, il faut détacher la pensée de l'« être » de celle d'une « histoire destinale » (voire « progressiste », autre banalité). Et d'abord, extirper le trop banal désir de pureté et d'originarité qui a produit la haine chrétienne des Juifs avant de la renouveler en racisme et en dénonciation d'une fureur économique - dont au demeurant la réalité n'est que trop manifeste. -
Comment empêcher que la présence, en s'instaurant, s'installe ? Qu'elle s'enlise de ce qu'elle se réalise et s'abîme dans la durée ?
Les Amants en sont menacés.
Je proposerai de penser cet « être près » de la présence, non pas dans les termes de l' « être », donc de la détermination ; mais dans les termes de l'entre laissant passer indéfiniment l'intime entre les sujets.
De sorte que la présence ne sombre pas dans la fatalité de l'être-là qui, s'étalant dans son « là », se désactive et désapparaît.
N'est-ce pas ce qui d'abord importe pour vivre à deux et ex-ister ? -
La peau fragile du monde
Jean-Luc Nancy
- Galilee
- La Philosophie En Effet
- 27 Février 2020
- 9782718609973
Ni la fin du monde, ni le début d'un autre, ni la suite de l'histoire - mais une extrême fragilité. Ça peut casser, ça peut tenir, ça demande précaution. Moins des projets (même s'il en faut) qu'une circonspection pour notre présent, car c'est en lui que ça se trame ou se défait. Le comble de la fragilité s'atteint dans l'autonomie technologique - aussi économique qu'industrielle et cybernétique. Pour se déprendre de cette autonomie il faut trouver une allonomie : une loi de l'autre, une autre loi et autre chose qu'une loi.
Trouver n'est pas inventer. Il s'agit moins d'une volonté que d'un désir, moins d'une intention que d'une attention, moins d'un savoir que d'un art.
Jean-Luc Nancy -
Héraclite l'obscur ; fragments du même
Marc Froment-meurice
- Galilee
- La Philosophie En Effet
- 19 Novembre 2020
- 9782718609980
« Si Héraclite paraît obscur, c'est qu'il ne nous a laissé que les réponses, et non les questions qu'il a commencé par se poser à lui-même. Il faut donc commencer par là : trouver les questions auxquelles ces fragments répondent. »
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La pensée est toujours une affaire de préposition.
Entendons le terme « préposition » en deux sens à la fois : 1) préposition au sens linguistique, et je souligne d'emblée que c'est sur la préposition à plutôt que sur d'autres que va s'appuyer cet ouvrage dont la tâche est d'éclairer pourquoi nous mettons aujourd'hui l'accent sur cette préposition ; et 2) pré-position, c'est-à-dire le mouvement ou l'élan presque fluide et libre avant qu'on prenne (une) position ou qu'on s'y fixe.
Et par le terme « pensée », je ne veux pas dire la pensée au sens d'un système philosophique qui se démontre dans un livre ou un essai. Une telle pensée n'est ni la pensée à son origine ni la pensée dans ses aventures. Cette pensée-là, et qu'on peut appeler « en papier » en suivant Derrida, n'est en somme que superficiellement structurée ou positionnée (d')après des révisions et des raffinements.
Contrairement à la pensée « en papier », je pense à la pensée qua pensée, c'est-à-dire la pensée en train de se penser ou de se « faire », qu'on dirait avant et après tout prépositionnelle.
D'une part, on dit qu'« on pense à quelque chose » quand il s'agit du premier surgissement des idées à propos de la chose en question. D'autre part, et bien qu'on puisse dans ce cas-là avoir un semblant de position par rapport à la chose à laquelle on consacre la pensée, cette « position » n'est qu'en formation et n'est pas strictement formée. À cet égard, il n'y pas ainsi une position mais plus exactement un positionnement. Et tant que la pensée est en train de se penser, elle reste toujours prépositionnelle : elle s'ouvre à toutes possibilités, trajectoires, directions et à toutes révisions, voire au changement d'idées.
La pensée de la préposition/pré-position, sinon l'idée de la pensée en tant que préposition/pré-position, ne manque pas dans les oeuvres des penseurs français contemporains, notamment celles de Jacques Derrida, de Luce Irigaray et de Jean-Luc Nancy. Je laisse pourtant cet idiome à venir, n'oubliant pas ceux qui par leurs travaux contribueront à son émergence. Car l'enjeu en général de la préposition à est sa force d'ouverture. La préposition à fait ouvrir ce qui est fermé, et c'est en ce sens qu'on peut dire qu'elle s'approche de la déclosion de Nancy.
Autrement dit, la préposition à est à la fois l'espace et le temps d'ouverture. Elle s'ouvre toujours elle-même à toute altérité, à n'importe quoi, à n'importe qui, à n'importe quel lieu, à n'importe quel moment. Ou bien, simplement, elle s'ouvre à l'infini. C'est justement cette force d'ouverture que la préposition à, plus que d'autres, attire chez les penseurs français contemporains et qui nous intéresse ici. Nous verrons ainsi comment, avec ce à, repenser ou penser à nouveau l'ontologie, l'éthique et la politique. -
Avoir pénétré en cette quatrième de couverture, mais y avoir pénétré si loin que s'est révélé son centre : l'impossibilité d'avoir véritablement pénétré en cette quatrième de couverture.
Ce livre, gravitant autour de ce centre (dans une tension entre le fuir et s'y écraser), s'écrira à l'encre du vertige. Circonvolutions. Ce livre, s'enroulant autour de ses propres replis (dans une tension entre l'étrange et l'impensable), deviendra l'organe du vertige. Circonvolutions. Ce livre, tordant ses idées et son écriture autour de l'idée d'écriture (dans une tension entre le soi et le soi de l'écriture), ne sera que le vertige de ce livre. Circonvolutions.
Faire des noeuds sur le fil de cette quatrième de couverture, et tenter d'y grimper suffisamment haut pour que le vertige se transforme en la possibilité de véritablement pénétrer en l'écriture. » -
« Penser et écrire l'impossibilité de véritablement penser et écrire l'impossibilité de véritablement penser et écrire.
Ce livre se commence et se termine ici, dans ce texte de présentation.
Voir sa préface. » Stéphane Sangral.
Creusant ces matériaux que sont la pensée et le langage avec ces outils que sont le langage et la pensée, Stéphane Sangral creuse également, dans cette boucle infernale et fascinante, une brèche. Peut-être peut-on résumer ce livre, peut-être même toute l'oeuvre sangralienne, à l'exploration minutieuse de cette brèche...