La Fabrique Éditions
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Silvia Federici, dont le nom a déjà un fort écho en France depuis le succès du volumineux Caliban et la sorcière (Entremonde, 2014) propose ici une lecture inédite des rapports sociaux de domination, en faisant le choix de décentrer le regard par rapport aux domaines traditionnels de la critique sociale, à savoir le salariat et l'économie marchande.
Bien informée par sa grande fresque historique de la chasse aux sorcières à l'aube du capitalisme, Federici voit dans la famille et le contrôle de la sexualité, de la natalité, de l'hygiène et des populations surnuméraires (exclus, migrants et migrantes), la véritable infrastructure de la sphère productive.
Comment en effet faire tourner les usines sans les travailleurs bien vivants, nourris, blanchis, qui occupent la chaîne de montage ?
Loin de se cantonner à donner à voir le travail invisible des femmes au sein du foyer, Federici met en avant la centralité du travail consistant à reproduire la société (sexualité, procréation, affectivité, éducation, domesticité) et historicise les initiatives disciplinaires des élites occidentales à l'égard des capacités reproductrices des hommes et des femmes. De ce fait, la lutte contre le sexisme n'exige pas tant l'égalité salariale entre hommes et femmes, ni même la fin de préjugés ou d'une discrimination, mais la réappropriation collective des moyens de la reproduction sociale, des lieux de vie aux lieux de consommation, ce qui ne va pas sans la fin du capitalisme et de la production privée - production et reproduction étant irréductiblement enchâssées.
Ce livre constitue un essai court et percutant qui propose une lecture féministe, critique et exigeante de Marx, sans aucun prérequis en philosophie ou sciences économiques ; cet essai permet en outre de saisir avec rigueur la scansion historique du capitalisme patriarcal, ou encore les débats au sein du mouvement ouvrier sur l'horizon stratégique du féminisme.
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Les espoirs de la civilisation et autres écrits socialistes
William Morris
- La Fabrique Éditions
- 4 Octobre 2024
- 9782358722827
Poète, écrivain, artiste, décorateur, William Morris (1834-1896) est aujourd'hui connu pour son oeuvre poétique et romanesque, ainsi que pour son travail révolutionnaire dans le domaine des arts décoratifs. Après une carrière bien remplie et de nombreux succès, il se « convertit » au socialisme au début des années 1880 à l'approche de la cinquantaine et se consacre corps et âme à la « cause » avec un enthousiasme et une énergie hors du commun. C'est cet aspect moins connu de sa vie et de son oeuvre que ce recueil d'articles et de conférences pour la plupart inédits en français nous fait découvrir. On y voit Morris s'affirmer comme l'un des pionniers du mouvement socialiste au Royaume-Uni. Révolté contre l'hypocrisie et le « philistinisme » de la société bourgeoise de son temps, il trouve dans le socialisme scientifique de Marx et Engels matière à aiguiser sa propre critique radicale du capitalisme. Sa sensibilité d'artiste lui permet d'humaniser la dimension parfois aride du matérialisme historique et de faire rêver ses lecteurs (et auditoires) d'un monde meilleur. Homme d'action et militant infatigable, il réussit une synthèse habile entre marxisme et critique de la civilisation industrielle, place l'art et le travail au centre de sa réflexion et s'insurge contre la destruction de la nature engendrée par la production de masse. Nombre des thèmes qu'il aborde dans ces textes aux magnifiques accents utopiques, comme la justice sociale, l'environnement, le consumérisme ou l'égalité hommesfemmes, restent plus que jamais d'actualité.
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Edward Said, le roman de sa pensée
Dominique Eddé
- La Fabrique Éditions
- 20 Octobre 2017
- 9782358721585
Dominique Eddé livre ici une lecture inédite des travaux d'Edward Said. Procédant par rapprochements, recoupements, associations, pointant les relations secrètes entre l'auteur et son double, ses exercices d'admiration et ses exercices critiques, le pourfendeur de l'Orientalisme et l'atmosphère orientaliste de son enfance, elle nous donne à voir simultanément la cohérence et l'ambivalence assumée de cette pensée au style inimitable.
De Conrad à Swift, Ibn Khaldoun et Vico, en passant par Fanon, Adorno, Foucault, Derrida, Orwell, Mahfouz ou Camus, de Bach à Mozart, Strauss ou Beethoven, elle tisse les liens progressivement indéfectibles, conflictuels ou pas, entre leurs imaginaires et le sien. Ils en deviennent les personnages d'un roman qui s'écrit sous la forme d'une aventure intellectuelle où l'idée prend le pas sur la métaphore, la fugue sur la conclusion, et où, peu à peu, à l'approche de la mort, la notion d'irreconciability l'emporte sur celle de la toute-puissance politique, sans mettre en cause la validité de ses combats.
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Philosophie et révolution ; de Kant à Marx
Stathis Kouvelakis
- La Fabrique Éditions
- 8 Février 2017
- 9782358720939
Le lieu commun voudrait que Marx soit venu au communisme en faisant la rencontre des ouvriers. Pour le philosophe et militant grec Stathis Kouvélakis, c'est inexact. Pour reconstituer le fil qui mène au communisme de Marx, c'est du côté des retombées de la Révolution française dans la philosophie allemande qu'il faut aller regarder, car contrairement à son image conservatrice, Kouvélakis montre combien Kant, Hegel et leurs successeurs sont travaillés par l'espoir révolutionnaire, tout en souhaitant conjurer la violence des masses. Cette nouvelle édition est accompagnée d'un entretien inédit avec l'auteur, qui situe l'intention du livre dans le contexte de la crise du marxisme et du projet communiste. Il en souligne l'actualité et le tranchant politique, à l'heure où la critique sociale s'intéresse davantage aux inégalités qu'à l'acuité du concept de révolution.
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Un virus souverain ; l'asphyxie capitaliste
Donatella Di cesare
- La Fabrique Éditions
- 22 Octobre 2020
- 9782358722056
Il n'est pas question ici d'épidémiologie, ni de virologie, ni de quelque « logie » que ce soit car c'est de philosophie qu'il s'agit. Du reste, Donatella Di Cesare enseigne cette discipline dans la plus ancienne institution universitaire d'Europe, La Sapienza à Rome.
Que penser d'une démocratie immunitaire où les experts ont acquis des places de gouvernants et où l'état d'exception est permanent ?
Que dire de la « distanciation sociale » sinon qu'elle est l'élargissement du fossé entre les riches et ceux qui n'ont rien ?
Comment qualifier un virus capable d'annuler l'idée même de frontière ? Comment qualifier les relations où chacun vit caché derrière son masque et où personne n'ose se toucher ?