Filtrer
La Republique Des Lettres
-
Recueil de pensées et de réflexions intimes, "La Pesanteur et la Grâce" constitue une remarquable initiation à l'oeuvre de Simone Weil. Sa démarche, où prend place une expérience spirituelle singulière, montre combien la raison tendue à l'extrême porte un ordre qui n'est pas le sien, qu'elle assimile mais ne dicte pas. Que ce soit l'ordre grec où s'inscrit l'exil, ou le désir de transcendance qui verrait la fin de cet exil, elle ne prend pas la voie simple d'un désir réalisé pour lui-même. Elle impose une exigence temporelle pleinement assumée qui diffère la satisfaction d'obtenir pour soi. Simone Weil représente « l'autre », celui qui est insitué, extérieur et à sa propre tradition et à une tradition d'accueil, l'autre par rapport auquel on doit se situer, presque malgré soi. Aussi tente-t-elle de définir un lieu neuf à la pensée à partir d'une expérience de l'individu lié au monde. Elle repose la question de Dieu selon d'autres normes, selon la nécessité d'un autre discours qu'elle suggère par la recherche d'une méthode et de structures.
-
En 1934, après avoir achevé la rédaction de "Réflexions sur les causes de la liberté et de l'oppression sociale", Simone Weil, à l'époque professeur agrégée de philosophie et militante syndicale et politique (plus anarchiste que marxiste), décide de prendre un congé de l'éducation pour «études personnelles». Dans le cadre de sa réflexion, elle porte en effet son attention sur les conditions de vie, de travail et de développement des ouvriers et souhaite faire l'expérience directe de l'usine. Elle s'engage d'abord comme manoeuvre à l'usine Alsthom, puis devient fraiseuse chez Renault. C'est de cette expérience vécue de deux années (1934-1935) qu'elle rend compte dans "La Condition ouvrière". L'ouvrage est composé de son «Journal d'usine», où elle consigne au jour le jour ses observations, son travail, ses rencontres, ses horaires, ses gains, ses souffrances morales et physiques, et d'un riche ensemble de textes et de lettres où elle dégage la philosophie et la morale de cette expérience. "La Condition ouvrière" est un document brut, sans lyrisme ni sentimentalité, où s'affirme la soif d'attention au présent et la position éthique fondamentale de Simone Weil, celle d'être toujours du côté des opprimés.
-
Note sur la suppression générale des partis politiques
Simone Weil
- La Republique Des Lettres
- Weil
- 1 Octobre 2024
- 9782824912516
Écrite en 1940, publiée à titre posthume en 1950, cette brève "Note sur la suppression générale des partis politiques" offre une analyse politique pénétrante de Simone Weil sur les partis politiques. Pour l'auteure de "La Condition ouvrière", les partis politiques sont d'abord des machines à fabriquer des passions collectives, ce qui ne répond pas au besoin de démocratie qui doit dépendre avant tout de la volonté humaine. Leur véritable objectif, mortifère pour le bien commun sous couvert d'une illusion démocratique, est de générer sans limite leur propre croissance en aliénant la raison de leurs membres. «La tendance des partis est totalitaire, non seulement relativement à une nation, mais relativement au globe terrestre», affirme-t-elle. Elle suggère la mise en place d'un autre système d'organisation, fondé sur des revues et des groupes d'écriture, sans candidats à présenter aux élections. Les mérites de ce point de vue radical ont été défendus entre autres par André Breton pour qui ce pamphlet relève d'une nécessaire «entreprise de désabusement collectif». Le texte est suivi d'une biographie de Simone Weil.
-
Le rire a une fonction sociale selon Henri Bergson. L'auteur de "L'Énergie spirituelle" fonde sa théorie sur une analyse très fine des différentes catégories du comique: comique des formes, des mouvements, des situations et des mots, des caractères enfin. Un chapitre entier est consacré à ce dernier comique, avec des exemples empruntés surtout au théâtre, qui est le lieu où le comique apparaît à la fois comme une forme de l'art et comme une fonction de la société. Contrairement au drame, qui pénètre en nous par l'analyse de ce que nous sommes en chacun de nous, la comédie extrait de l'humain des types généraux qui nous font rire par leur spectacle et nous rappelle à la règle commune de la vie dans la société. "Le Rire, Essai sur la signification du comique" est l'un des meilleurs livres de Bergson. Son intérêt est à la fois esthétique et philosophique. Son idée du flux de la vie réelle, qui échappe à la connaissance conceptuelle, annonce déjà son futur essai sur "L'Évolution créatrice".
-
Texte d'une conférence donnée en 1936 par Paul Valéry à L'Université des Annales, en accompagnement d'une prestation de la célèbre danseuse espagnole Antonia Mercé y Luque, dite "la Argentina". Avouant ne pas être lui-même danseur, l'auteur se penche sur la danse comme sujet philosophique, tentant de mettre en mouvement et de chorégraphier les mots et les concepts.
"[Dans] cette danse d'idées autour de la danse vivante, j'ai voulu vous montrer comment cet art, loin d'être un futile divertissement, loin d'être une spécialité qui se borne à la production de quelques spectacles, à l'amusement des yeux qui le considèrent ou des corps qui s'y livrent, est tout simplement une poésie générale de l'action des êtres vivants."
Paul Valéry -
D'une érudition vertigineuse, cette Lettre à un religieux - écrite en 1942 au Père Couturier, à la veille du départ pour Londres où elle rejoint la Résistance, et quelques mois à peine avant de mourir à l'âge de 34 ans - est l'un des textes majeurs sur la réflexion et le parcours spirituel de Simone Weil. Elle y affirme sa foi en Jésus-Christ mais refuse pourtant d'entrer dans l'Église, y voyant le danger d'une oppression de la vie spirituelle à cause de son organisation terrestre d'origine romaine et estimant en outre qu'elle y trouverait un refuge trop facile qui l'éloignerait d'une expérience religieuse plus profonde du Christianisme. Pour elle, l'Église est catholique de droit mais non de fait. "Quand je lis le catéchisme du concile de Trente, il me semble n'avoir rien de commun avec la religion qui y est exposée. Quand je lis le "Nouveau Testament", les mystiques, la liturgie, quand je vois célébrer la messe, je sens avec une espèce de certitude que cette foi est la mienne, ou plus exactement serait la mienne sans la distance mise entre elle et moi par mon imperfection. Cela fait une situation spirituelle pénible. Je voudrais la rendre, non pas moins pénible, mais plus claire." [...] "La réflexion sur ces problèmes est loin d'être un jeu pour moi. Non seulement c'est d'une importance plus que vitale, du fait que le salut éternel y est engagé; mais encore c'est d'une importance qui dépasse de loin à mes yeux celle de mon salut. Un problème de vie et de mort est un jeu en comparaison."
-
Publié au sortir de la Première Guerre mondiale où Alain s'était engagé volontairement comme simple soldat, "Mars ou La guerre jugée" est une suite de 93 brefs essais - plus vingt autres rajoutés en 1936 - ayant l'allure et la beauté d'autant de poèmes en prose. Alain y dessine le visage ambigu de Mars, dieu de la guerre, avec la rigueur de l'homme de science, la pénétration du philosophe et le bonheur d'expression du poète. Il y démonte tout le mécanisme de la guerre dans ses causes profondes, ses contradictions et ses mensonges, évitant cependant les trop évidents aspects immédiats de la tragédie: la souffrance, la mort et la destruction. Là où l'on ne voit souvent que l'apparence de la guerre, Alain continue lui de voir l'homme, «sentencieux toujours, observateur étonnant, sachant tout du ciel et de la terre, et embarqué pour les dix ans du siège de Troie». Révolté, il s'attaque en particulier au traitement inhumain que la hiérarchie militaire inflige à l'homme de troupe, qui est pour lui sans doute l'un des côtés les plus hideux du visage de Mars, ce «dieu vaniteux, triste et méchant».
-
Dans cette synthèse de sa philosophie, Emmanuel Mounier esquisse une approche de la «personne», principe ontologique fondamental, et de la réalité personnelle dans sa dimension communautaire. Selon lui, ce qui caractérise la personne est d'être la seule réalité que nous puissions connaître par le dedans, avec le regard intérieur. Mais la personne n'est pas un «moi» idéal et transcendant. Sa valeur étant d'origine chrétienne suppose la notion d'incarnation. La personne est corps autant qu'esprit, indestructible unité d'existence, ce qui implique à la fois le rejet de l'idéalisme et celui du matérialisme. La personne est essentiellement «une présence dirigée vers le monde», mais elle ne peut cependant être réduite uniquement à cela et sa réalité politique ne peut être échangée contre aucune autre. Le Personnalisme, dit «social» ou «communautaire» d'Emmanuel Mounier, inspiré par l'existentialisme et le spiritualisme chrétien, est un effort pour ramener l'individualisme moderne à l'acceptation du monde et d'autrui tout en affirmant l'importance fondamentale de la liberté personnelle dans la marche de l'Histoire. «L'univers de la personne, c'est l'univers de l'homme», dit le fondateur de la revue "Esprit".