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Lemieux
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Il a signé des livres magistraux tels que L'Illusion politique, Le Système technicien, L'Empire du non-sens ou Le Bluff technologique.
On ne sait pas toujours bien qui, d'Ivan Illich à Jean Baudrillard en passant par Castoriadis, Simondon, Edgar Morin et tant d'autres, a lu ou n'a pas lu Jacques Ellul (1912-1994). Mais il est bien certain que ce professeur de la faculté de Bordeaux, qui ne songea jamais à quitter la ville de Pessac où il s'était installé en 1946, n'en a pas moins dialogué avec tout ce qui compta dans le siècle. Ellul a inspiré ou perturbé toutes les réflexions un peu sérieuses sur la technique.
Se plonger dans l'oeuvre et la vie de Jacques Ellul, c'est emprunter mille chemins : aborder le résistant et le Juste, le compagnon de route de la décroissance, le porteur d'une ambition critique radicale qui impressionnèrent Bernanos et Debord, mais aussi le protestant converti et s'inventant un christianisme très particulier, le « rhinocéros intellectuel » qui fonce sur tout ce qui bouge, le pessimiste résolu dans une société qui veut le Bien à tout prix. Mais aussi le duo intellectuel et virtuose formé avec Bernard Charbonneau et celui, théologien, formé avec Jean Bosc.
Édouard Schalchli campe (et discute) le portrait - surtout pas l'hagiographie - de l'un des philosophes les plus impressionnants du xxe siècle. Et surtout s'interroge : comment être ellulien après Jacques Ellul ?
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Du pouvoir intellectuel en france (ou de ce qu'il en reste)
Jean-Marie Durand, Emmanuel Lemieux
- Lemieux
- 16 Mars 2017
- 9782373440850
Le pouvoir intellectuel français (Pif) n'échappe pas au désarroi et au déni qui frappent les autres pouvoirs (politique, financier, économique et médiatique), mais reste plus opaque dans son fonctionnement.
Qui influence ? Qui bloque (et qui débloque) ? Des médiacrates aux jeunes pousses, en passant par des réseaux nouveaux et des tribus requinquées, le feuilleton tour à tour excitant, énervant ou inattendu de la vie intellectuelle française sous François Hollande (2012-2017) comme si vous y étiez.
Les influences, une nouvelle collection La collection « Les influences » narre l'actualité des idées. Chaque livre est autonome ou peut se lire comme l'épisode d'un feuilleton de la vie intellectuelle.
Rédigée comme un roman par deux journalistes, une enquête ou une biographie de fond de 120 pages raconte l'époque.
Un but : aider le lecteur à mettre ses idées à jour dans le déluge de débats, d'opinions et de livres. Un bonus d'une cinquantaine de pages, intitulé « Les idées nouvelles » et rédigé à la façon d'un journal de bord, rend compte à travers portraits, reportages sur le vif, notes de lecture et mise en ordre chronologique des idées, débats et polémiques du moment.
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Kojève, l'homme qui voulait tout savoir
Laurent Bibard
- Lemieux
- Monde D'idees
- 19 Août 2016
- 9782373440690
Kojève le célèbre inconnu. Il est toujours utile, pour comprendre un philosophe, de connaître certains traits de sa vie. C'est bien le cas pour Kojève bien que cela soit difficile. On le soupçonna d'être un espion sovéitique à Paris. Il brouilla les cartes toute sa vie en donnant souvent de lui une image factice. Exceptionnellement discret, il anticipa pourtant la fameuse société du spectacle de Guy Debord.
Kojève l'encyclopédiste. C'est un philosophe au sens où il chercha sans cesse. Sa vie entière est une recherche. Kojève veut tout savoir pour tout comprendre et pour dire le tout. Or il y a longtemps que nous avons abandonné l'idée d'un savoir encyclopédique qui couvrirait la totalité du savoir humain possible, et permettrait à un individu de comprendre totalement ce qu'il en est du monde.
Une pensée à contre-courant. Philosophe controversé qui réactualisa Hegel et fut critiqué par Jacques Derrida, il veut trouver et dire la vérité. À une époque où le « politiquement correct » produit un scepticisme de principe, ce genre d'attitude peut paraître singulièrement dogmatique, immodeste voire folle.
La vie est une comédie, car l'on n'y est jamais sûr de rien. Mais c'est la seule que nous ayons à jouer, si l'on en croit Kojève. Et la seule chance qu'elle « vaille le coup », c'est qu'en prenant le risque de la jouer, on le fasse sérieusement.
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Le contexte de maladie peut très vite polluer la relation entre les personnes. Or, dans la maladie, autrui est indispensable : le malade a besoin du soignant et de ses proches pour être soigné et soutenu ; le soignant a besoin du malade et de ceux qui le connaissent bien pour répondre au mieux à ses besoins ; les proches ont besoin du malade et des soignants dans leur confrontation brutale à la maladie.
Cet ouvrage n'est ni un manuel de philosophie, ni un document scientifique mais un essai cherchant à décortiquer certaines situations dans la relation de soin qui se révèlent complexes à vivre et à penser. Les différentes conceptions de l'éthique y sont approchées pour saisir les enjeux moraux et sociaux de situations complexes (fin de vie, prélèvement d'organes, essais cliniques, annonce de mauvaise nouvelle, prise de décision, place des proches dans la relation de soins, etc.), afin d'apporter quelques outils de réflexion et favoriser l'esprit critique de chaque citoyen confronté à ces situations.
Une enquête de terrain autant qu'un grand livre de philosophie et d'humanité qui, en donnant des réponses claires, aide à penser la maladie, la sienne comme celle de ses proches et à répondre à des situations compliquées ou tragiques.
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Voilà un essai de philosophie politique qui traite d'un sujet encore peu abordé par les sciences humaines et sociales et qui pose des questions nouvelles : le rôle des nouvelles technologies numériques dans le réchauffement climatique. Pour nombre de chercheurs et de décideurs, la puissance des ordinateurs est capable d'anticiper, voire même de traiter les effets planétaires.
Dans ce texte accessible et stimulant, Susan Perry démontre au contraire qu'il n'en est rien. La surpuissance numérique et la délégation humaine à la machine soulèvent bien des problèmes éthiques, anthropologiques, sociétaux et politiques que personne pour l'instant ne sait penser définitivement. Elle pointe aussi le fait que le design et le marketing dissimulent la réalité effective des nouvelles machines numériques : leurs effets de radiation sont encore mal connus, l'externalisation d'une grande partie de la mémoire humaine entraîne les sociétés dans l'inconnu, rien n'a été conçu pour encadrer une technologie qui pollue beaucoup et qui plutôt que sauver la planète, rajoute des problèmes collectifs nouveaux.
La politologue décrit des entreprises et des lobbys déconnectés de leurs clients, un vide réglementaire et philosophique sidérant ou encore le nouveau défi politique que représente la technologie numérique dans une démocratie. Nous déifions la machine, nous sommes dans l'ère de l'illusion pixel.
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« Une apologie d'Ernst Jünger s'impose.
Une apologie - c'est le sens grec du mot - est un discours (logos) qui vise à lever (apo) une accusation, en montrant son absence de fondement. Comme dans l'Apologie de Socrate de Platon. Extirper les vieilles calomnies anciennement enracinées, colportées par la rumeur et la malveillance. » Telle est la démarche de François L'Yvonnet qui entreprend l'exploration d'une personnalité sulfureuse : Ernst Jünger (1895- 1998). L'auteur d'Orages d'acier, Sur les falaises de marbre ou de Journal de guerre est associé au nazisme, et notamment à Martin Heidegger et Carl Schmitt dont il fut proche. Ces trois-là illustreraient le « fond obscur de l'esprit allemand, dans sa grandeur, mais aussi dans sa dangerosité » (Habermas).
Si les deux intellectuels cités furent des militants encartés, ce n'est pas le cas de Jünger. Certes, rappelle l'auteur, Jünger a fréquenté les milieux nationalistes de la « Révolution conservatrice », des gens parfois peu recommandables qui, pour certains, joueront un rôle important dans le futur État nazi. Certes, il a pu écrire des lignes regrettables, tenir des propos ambigus. Certes encore servit-il, presque jusqu'à la défaite, dans les troupes d'occupation allemande, en France, sous l'uniforme de la Werhmacht. « Mais est-ce suffisant pour le clouer au pilori des pensées maléfiques ? Jünger est à part.
Il faut, nous semble-t-il, le prendre tel qu'en lui-même : un auteur inclassable, contradictoire et déroutant. »