Les presses du réel
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Revenir d'entre les morts : Deleuze et la croyance en ce monde au cinéma et dans les séries
Aline Wiame
- Les presses du réel
- Relectures
- 6 Novembre 2024
- 9782378965167
Pour Deleuze, le cinéma, après la Seconde Guerre mondiale, a dû revenir d'entre les morts - revenir de la catastrophe, revenir de la compromission du cinéma classique avec les outils de soumission des masses. Mais revenir des morts est aussi un geste à sans cesse reprendre dans la création artistique ou conceptuelle afin de lutter contre toutes les formes de contrôle et de normalisation : mort du regard, mort de l'affect, mort du désir, mort de la révolte, mort devant la pensée-pour-le-marché.
En se plongeant dans Cinéma 2. L'image-temps ainsi que dans des films de Capra, Truffaut et Resnais et dans les séries The Leftovers et Station Eleven, cet ouvrage cherche à cartographier quelques gestes de retour d'entre les morts. Comment empêcher nos vies d'être vampirisées par la catastrophe, par le désir d'apocalypse, par les circuits de la barbarie et les clichés du cerveau-monde ? Comment faire des morts que nous traversons et qui nous hantent non des dispositifs qui nous transforment en zombies, mais des forces d'affirmation pour la vie ? Une certaine politique des affects s'ébauche dans les oeuvres qui portent ces questions, à même les récits et les images. -
Pratiques d'expérimentation : Cartographier les possibles avec Jacques Rancière
Anders Fjeld
- Les presses du réel
- Relectures
- 7 Février 2025
- 9782378965242
Expérimenter, c'est rendre le monde explorable, non pas en y cherchant des terres vierges, mais en y agençant des désajustements, court-circuitages, mystères, conflits et utopies. C'est remettre en jeu ce qui constitue nos communs, réinterroger nos pratiques, défricher nos imaginaires et réinventer qui nous sommes. C'est soumettre le réel aux coefficients sauvages du possible.
Partant d'une relecture audacieuse de Jacques Rancière, cet essai explore des scènes d'expérimentation à la croisée de la vie, de la politique et de l'esthétique telles que l'histoire de Claudette Colvin au sein du mouvement des droits civiques, les expériences utopiques du Familistère de Guise, le journalisme de James Agee, la photographie anthropométrique d'Alphonse Bertillon et la table des fous dans Alice au Pays des merveilles.
L'auteur conceptualise par là quatre registres de pratique expérimentale : identification policière, suridentification utopique, désidentification politique et anidentification démocratique. Formant ainsi le socle d'une cartographie du possible, la notion d'expérimentation se révèle comme profondément démocratique : multiplier les coordonnées de nos mondes communs, savoir les naviguer par des tâtonnements du possible et cultiver le goût pour l'inconnu et l'improvisé. -
Vampyroteuthis infernalis
Florent Barrère, Vilém Flusser, Marc Lenot, Elise Rigot
- Les presses du réel
- 6 Janvier 2025
- 9782378965365
L'édition inédite et définitive (établie à partir des tapuscrits originaux en français) du traité fabuleux du philosophe tchéco-brésilien Vilém Flusser (1920-1991), une fiction philosophique et poétique qui, par des chemins détournés, nous confronte à la violence et à l'impasse des sociétés contemporaine.
Ce livre reproduit le texte original en français de Vampyroteuthis infernalis, jusqu'ici inédit, à partir de deux tapuscrits, l'un conservé à l'Archive Vilém Flusser à Berlin et l'autre conservé par Marc Partouche à Paris. Les pages finales de ces deux tapuscrits ayant disparu, le texte a été complété par un extrait de la traduction du texte allemand faite par Christophe Lucchese et publiée aux éditions Zones Sensibles à Bruxelles. -
Sexpositions
Arash Aminian Tabrizi, Jean-Luc Nancy, Léa Falguère
- Les presses du réel
- 5 Mars 2024
- 9782378964368
Dans cet entretien, Jean-Luc Nancy et Ârash Aminian Tabrizi agitent de sexe, du sexe, des sexes - de la sexualité, de la différence sexuelle ? - en tout cas, de ce que séparément, de ce qu'autrement, ils ont, tous deux, pu appeler, la « sexistence ». Ici, là, ça sexpose - sinon s'expose parfois - et ça pose « sexe » entre (d)eux.
Par le biais de « sexe », on relit la biographie et la philosophie ; on relie la pensée à la voix de l'écriture. On parle, par exemple, de l'enfance, des amours, du désir et de la jouissance. Mais, on se retourne aussi sur l'oeuvre signé J.-L. N. et compulse les textes qui le composent pour distinguer les rumeurs du sexe, des sexes - des susurrements et murmures s'échappant dès les premières publications aux différents cris poussés plus franchement à partir des années 2000. Bref, on explore des corps, leurs mondes, leurs histoires : leurs présences, leurs souvenirs, leurs avenirs ; et on entre dans un corpus abondant pour le parcourir, par haltes successives, de ses commencements à ses conclusions d'alors.
Ainsi, là, ici, ça devise, ça fait suivre - une réponse après l'autre. Aussi sec, on s'ex : on questionne, on repart. On réplique, on repique. On déplace, on joue, on diffère, on supplémente. Et on n'hésite jamais à toucher certaines limites qui jusque-là, jusqu'ici, étaient encore restées ininterrogées. Par cette porte dérobée qu'est ce « sexe » posé, Sexpositions donne donc à lire la vie et l'oeuvre d'un philosophe hors du commun, tout en promettant de continuer à écrire cette vie et cet oeuvre et de les laisser s'excrire, et s'écrier peut-être même, toujours déjà autrement. -
Un ouvrage collectif qui explore les conditions de possibilité de « gestes » spéculatifs et véritablement engagés, dans le contexte d'une mise en crise généralisée des modes de pensée de la modernité.
Au cours de la dernière décennie s'est produit en France un renouveau d'intérêt pour des penseurs qui se sont vus accoler l'épithète de « spéculatifs », tels que William James, Gabriel Tarde, Alfred North Whitehead et Etienne Souriau. Ce renouveau semble indissociable de la mise en crise généralisée des modes de pensée qui, d'une manière ou d'une autre, devaient leur autorité à une référence au progrès, à la rationalité, à l'universalité. Mise en crise redoutable car on ne se défait pas sans danger de ce qui a servi de boussole à la pensée euro-américaine depuis qu'il est question de modernité. Mise en crise nécessaire car ces modes de pensée sont sourds à la nouveauté effective de cette époque marquée par la menace du désordre climatique, le saccage systématique de la terre, la difficulté d'entendre les voix qui nous engagent à penser devant le lien fort entre la modernité et les ravages de la colonisation.
S'il faut parler de « gestes spéculatifs », c'est que la pensée spéculative est trop souvent définie comme purement théorique, abusivement abstraite, ou relevant tout simplement d'un imaginaire déconnecté de toute prise sur le réel. Elle est, telle que nous voudrions en hériter, affaire de gestes, d'engagements par et pour un possible, de virtualités situées. Le sens de tels engagements tient à leurs conséquences, à la modification de l'appréhension du présent qu'ils entraînent.
Cet ouvrage rassemble des contributions qui explorent certains des concepts philosophiques qui appellent et rendent possibles de tels gestes spéculatifs, et qui explorent aussi des situations dont nous savons qu'il faut apprendre à les penser autrement.
Publié suite au colloque éponyme organisé au Centre Culturel International de Cerisy par Didier Debaise et Isabelle Stengers.
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Métaphysiques cosmomorphes ; la fin du monde humain
Pierre Montebello
- Les presses du réel
- 24 Novembre 2015
- 9782840667919
La fin du « monde humain » ? Un panorama-discussion des tendances de la pensée actuelle (Badiou, Meillassoux, réalisme spéculatif, Latour, Stengers, Descola, Viveiros de Castro...), dans la perspective métaphysique propre à Pierre Montebello.
La fin du monde humain ne veut pas dire la fin de l'homme, mais le retrait de la place centrale que celui-ci occupait au sein de l'ensemble des savoirs. Plus que jamais, prendre en compte notre rapport à la Terre et au Cosmos est devenu nécessaire. Dans de nombreux domaines (anthropologie, sociologie, esthétique, droit, politique, etc.) des vues cosmomorphes se substituent aux vieux schémas anthropomorphes. L'homme doit se penser à l'intérieur de mondes infiniment plus larges et complexes que lui. Nous sommes entrés dans une nouvelle période géo-cosmique qui excentre l'homme de son monde. Plus que l'existence dans son monde, c'est sa consistance dans d'autres mondes qui est en jeu. Nos nouveaux problèmes sont des problèmes de consistance. En quoi consistent les rapports esthétiques, politiques, ontologiques qui nous permettent de penser la relation de l'homme aux autres êtres ? Quel nouveau statut advient à l'homme dès lors qu'il tient compte des relations terrestres dont il dépend, si lui est redonné le sens de la Terre et du Cosmos ? Comment redistribuer sur les non humains une dignité d'être sans laquelle l'homme lui-même finira par s'effacer ?
Professeur de philosophie moderne et contemporaine à l'Université de Toulouse le Mirail, Pierre Montebello a publié de nombreux ouvrages sur Maine de Biran, Friedrich Nietzsche, Félix Ravaisson, Gabriel Tarde, Henri Bergson et Gilles Deleuze.
Voir aussi : Sabine Forero-Mendoza & Pierre Montebello.
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Le singe de Kafka & autres propos sur la colonie
Seloua Luste Boulbina
- Les presses du réel
- 12 Mai 2020
- 9782378961367
Comment penser la colonie en elle-même ? La colonie implique l'historiographie, mais aussi la littérature, la psychanalyse, la philosophie. A partir d'un sujet subalternisé, racialisé, à la parole confisquée, Seloua Luste Boulbina fait de la colonie (partant de La Colonie pénitentiaire de Kafka) un concept philosophique majeur de la pensée politique contemporaine. Ce concept frontière questionne les représentations-écrans qui irriguent discours et politiques d'hier et d'aujourd'hui. Une base pour une réflexion sur la décolonisation.
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Temps naissant : Un glossaire pour le XXIe siècle
Emanuele Coccia, Jean-Luc Nancy, Slavoj Zizek
- Les presses du réel
- 1 Octobre 2024
- 9782378965006
Conçu par les philosophes et auteurs Michael Marder et Giovanbattista Tusa, Temps naissant présente les perspectives sur le XXIe siècle d'importants pionniers de la philosophie, de l'écologie et des études culturelles, ainsi que d'artistes du monde entier, dont Slavoj Zizek, Timothy Morton, Denise Ferreira Da Silva, Vandana Shiva, Claire Fontaine, Tomas Saraceno, et bien d'autres encore.
Contributions de Amanda Boetzkes, Anita Chari, Claire Fontaine, Marcia Sé Cavalcante Schuback, Emanuele Coccia, Virgile Dall'Armellina, Denise Ferreira da Silva & Valentina Desideri, Roberto Esposito, Graham Harman, Ranjit Hoskote, Cymene Howe, Yuk Hui, Joela Jacobs, Ken Kawashima, Sabu Kohso, Bogna Konior, Artemy Magun, Michael Marder, Timothy Morton, Jean-Luc Nancy, Tomas Saraceno, Vandana Shiva, Anton Tarasyuk, Anaïs Tondeur, Giovanbattista Tusa, Slavoj Zizek. -
La pensée végétale ; une philosophie de la vie des plantes
Michael Marder, Cassandre Gruyer
- Les presses du réel
- 4 Janvier 2021
- 9782378961565
Le végétal au premier plan de la pensée philosophique.
Là où les philosophes contemporains s'abstiennent d'aborder la vie végétale sous l'angle ontologique et éthique, Michael Marder place les plantes au premier plan de l'actuelle déconstruction de la métaphysique. Il identifie les caractéristiques existentielles du comportement des plantes et l'héritage végétal de la pensée humaine afin de confirmer la capacité qu'ont les végétaux à renverser le double joug de la totalisation et de l'instrumentalisation. Au fil de son écriture, Marder se penche sur les plantes du point de vue de leur temporalité, de leur liberté et de leur sagesse. La pensée végétale vient caractériser tant le mode de pensée non cognitif, non idéel et non imagé qui leur est propre que le processus consistant à ramener la pensée humaine à ses racines et la rendre végétale.
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L'ordre de la perspective : Essai sur les origines du perspectivisme
Mathias Gibert
- Les presses du réel
- Drama
- 1 Octobre 2025
- 9782378966096
L'idée de « perspectivisme » connaît aujourd'hui un certain regain, notamment grâce à des travaux d'anthropologie qui explorent la nécessité de repenser notre relation au vivant et à la Terre. Toutefois, face à la diversité de ses usages, le sens de ce néologisme nietzschéen ne semble pas toujours clair ou cohérent. En quoi peut-il se distinguer d'un relativisme subjectif ?
Cet ouvrage étudie les origines du « perspectivisme » à travers une réinterprétation du concept de perspective : peut-il échapper à la trivialité du « point de vue » subjectif ? En existe-t-il un concept cohérent qui pourrait donner une signification moins équivoque à celui de « perspectivisme » ? Pour y répondre, il propose d'interpréter la perspective et le sens philosophique du « perspectivisme » comme un effort spéculatif développant un sens expressif de la finitude. S'ouvre alors l'horizon d'une autre modernité occidentale qui s'oppose aux métaphysiques classiques de la subjectivité.
C'est ainsi qu'une histoire philosophique de l'idée contemporaine de « perspectivisme » pourrait peut-être contribuer à nous réapprendre à devenir « terrestres ». -
Maîtres et esclaves : Archives du Laboratoire d'analyse des Mythologiques de la modernité
Matthieu Renault
- Les presses du réel
- Relectures
- 5 Mars 2024
- 9782378964535
Un essai-expérimentation d'anthropologie fictionnelle (« post-apocalyptique ») de la philosophie centré sur le motif de la dialectique du maître et esclave, lui-même appréhendé en tant que mythe. Le texte fait alterner le récit mythico-philosophique (raconté à la première personne par un pseudo-K, référence à Alexandre Kojève) avec des séries de variations (psychanalytiques, marxistes, féministes, antiracistes...) et des sections d'analyse structurale des transformations théoriques-politiques du mythe.
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Civiliser la modernité ? whitehead et les ruminations du sens commun
Isabelle Stengers
- Les presses du réel
- Intercession
- 1 Mars 2017
- 9782840667414
Prolongeant et renouvelant les ressources proposées par le philosophe Alfred North Whitehead (1861-1947), Isabelle Stengers propose une exploration des manières de « faire commun » face à la débâcle annoncée de la civilisation.
Dans cet essai qui privilégie la joie d'une pensée insoumise plutôt que la dénonciation, Isabelle Stengers prend le relais d'Alfred North Whitehead lorsque, diagnostiquant le « déclin de la civilisation moderne », celui-ci assigna à la philosophie la tâche de « souder le sens commun avec l'imagination ». Face aux prétentions à déterminer ce que nous avons le droit de savoir, elle cherche à donner force à ce que nous savons. Face aux oppositions doctrinales prédatrices qui démembrent le sens commun, elle affirme la philosophie comme puissance de problématisation. Prolongeant et renouvelant les ressources proposées par Whitehead, elle fait exister tant la possibilité d'une science « civilisée » que celle, politique, de dispositifs susceptibles d'habiliter les « gens du commun » à faire valoir les questions qui les concernent.
Au déclin de la civilisation a aujourd'hui succédé la débâcle : « Nous entendons déjà les grincements et les craquements sourds marquant la rupture des plaques de glace, démantibulant le sol que nous avions défini comme assuré. » Il s'agit désormais d'apprendre à vivre dans un monde devenu lui-même intrinsèquement problématique. D'autres voix, et notamment celles, contemporaines, de Donna Haraway, Bruno Latour, David Abram ou Anna Tsing, viendront dès lors s'associer à celle de Whitehead dans l'exploration des manières de « faire commun » que demande notre époque.
Voir aussi Didier Debaise : L'appât des possibles - Reprise de Whitehead.
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Dans ce livre vaste et pointu, Erin Manning élargit ses recherches concernant la politique du mouvement au concept de geste mineur.
Bien que pouvant passer presque inaperçu, le geste mineur transforme le champ des relations. Plus qu'une variation hasardeuse, moins qu'une volition, il implique de repenser nos présupposés communs à propos de l'agentivité humaine et de l'action politique. Accueillir la puissance du geste mineur à modeler les relations, accueillir sa capacité à ouvrir de nouveaux modes d'expérience et de nouvelles modalités d'expression, c'est défier la dévaluation que l'image neurotypique de l'humain inflige aux modes d'être alternatifs, qui sont mus par le monde et qui s'y meuvent - notamment ce qu'Erin Manning appelle « la perception autistique ». En s'appuyant sur la schizo-analyse de Deleuze et Guattari et sur le pragmatisme spéculatif de Whitehead, les analyses profondes de Manning embrassent aussi bien la mode que la dépression, en passant par les écritures d'autistes, affirmant à chaque fois la neurodiversité du mineur et la politique alternative vers laquelle il tend.
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Appuis : essai sur la liberté
Philippe Roy
- Les presses du réel
- Relectures
- 20 Janvier 2023
- 9782378962579
L'une des originalités de cet essai est de procéder par changements d'échelle, c'est un microscope philosophique. Sous la grande idée de liberté, il cerne d'imperceptibles appuis qui la font tenir debout. L'enjeu est donc de taille.
Son développement prend la forme d'un parcours progressif par étapes, traversant des conceptions très différentes de la liberté et des domaines d'application divers. Il épouse ainsi les contours d'une mise en variation du concept d'appui, au point que celui-ci pourra être identifié chez certains philosophes alors qu'il y passait auparavant inaperçu. Il s'agit aussi de montrer de quels problèmes ce concept tire sa nécessité.
Ces problèmes sont tout autant théoriques que pratiques, spirituels que corporels, tout autant moraux que politiques. Bien plus, en justifiant pourquoi un appui n'est pas un soutien, cet essai donne une certaine allure à la liberté : celle de la spirale, de l'hélice. Il montre que, sous de nouvelles manières d'agir ou de penser, peuvent pousser des spirales de la liberté. -
Bergson structuraliste : L'aube d'une autre anthropologie structurale et cognitive
Sébastien Miravète
- Les presses du réel
- Drama
- 1 Septembre 2023
- 9782378962746
Depuis plus d'un siècle, une partie du « bergsonisme » est considéré comme une impasse philosophique : il prétendrait pouvoir expliquer tout processus de formation par de continuelles variations créatrices ; mais comment rendre compte d'une genèse sans quantifier ? Plus généralement, comment la Nature pourrait-elle se comprendre sans relations invariantes, c'est-à-dire sans structures ? Bergson n'effectuerait pour ainsi dire que la moitié du travail : il rétablirait la temporalité dynamique de l'être au détriment de son ossature ; il effacerait à tort toute rigidité présente. Mais refuse-t-il vraiment de prêter aux existants des nombres et des structures ?
Cette étude se veut avant tout un retour au texte. Son objectif est de montrer par une lecture patiente que Bergson invente un autre structuralisme fondé sur une autre géométrie. Les structures bergsoniennes connectent toutes les strates de la nature. La philosophie bergsonienne n'accomplit donc pas que la moitié du travail. Elle esquisse au contraire une autre métaphysique structuraliste capable d'inspirer toute pensée du XXIe siècle. -
Le Portique n° 50 : Jean-Luc Nancy : Conférences inédites - Dieu sans confession, la technique et le postmoderne
Jean-Luc Nancy, Antoinette Rouvroy
- Les presses du réel
- 12 Septembre 2025
- 9782916332536
Ce numéro du Portique est la matérialisation du projet de publication des conférences de Jean-Luc Nancy, qui eurent lieu à l'Université Européenne de Saint-Pétersbourg, puis à l'Université Russe de l'Amitié des Peuples de Moscou, les 20, 22 et 23 septembre 2016.
En avant-propos, pour ainsi dire, nous présentons un texte de Juan Carlos Moreno Romo, Professeur aux facultés de philosophie et des arts de l'Université Autonome de Querétaro, au Mexique. Dans ce texte il est question de la vie et de la mort, notamment de celle de Jean-Luc Nancy. Il y sera cité des passages clefs de l'oeuvre de Nancy, qui seront contextualisés et discutés. De la mort qui nous attend et nous accompagne, jusqu'à l'interrogation d'un certain christianisme de Nancy, Juan Carlos Moreno Romo nous fait traverser cette pensée en la confrontant, entre autres, à celle de Miguel de Unamuno. Un voyage, comme une sorte de préparation aux conférences qui constituent la suite de ce numéro.
Le premier texte, « Dieu sans confession ni profession » est la retranscription en langue française, d'un extrait de la première conférence de Jean-Luc Nancy, publié initialement en langue russe et en langue anglaise. Cette conférence fut donnée dans le cadre de la « Journée Jean-Luc Nancy », à l'Université Européenne de Saint-Pétersbourg, le 20 septembre 2016. Jean-Luc Nancy répond alors à la proposition d'Artemy Magun, de réfléchir sur la signification du terme de « confession », qu'il met en perspective avec ses recherches sur le monothéisme, entendu comme « absenthéisme ». À la suite de cette conférence, eut lieu le même jour une table-ronde, « Les dieux dans la société matérialiste - qui peut encore nous sauver ? » Cette discussion ouvre à la question de savoir ce qu'est une religion, sans nier l'importance du phénomène religieux dans le monde au cours l'histoire de l'humanité. Cette réflexion débouche sur la question de l'impénétrabilité de la matière, et la nécessité d'une ouverture primordiale à l'autre.
La réflexion de Jean-Luc Nancy se poursuivit alors à Moscou, au sein de l'Université Russe de l'Amitié des Peuples, tout d'abord le 22 septembre, au cours de la conférence : « L'expression « postmoderne » a-t-elle un sens clair (en France et ailleurs) ? ». L'exposé tente de redéfinir une idée du postmoderne d'un point de vue historique et politique, en montrant quelques-unes de ses impasses ou malentendus. Le lendemain, le 23 septembre, eut lieu la deuxième conférence à Moscou, intitulée « La philosophie aujourd'hui. La question de la technique ». Cette nouvelle et ultime réflexion ouvre la question de la réélaboration aujourd'hui du rapport entre nature et culture.
Puis, nous présenterons les photographies prises au cours de ces différentes interventions, à Saint-Pétersbourg et Moscou. Ce numéro consacré à Jean-Luc Nancy se refermera sur le texte de Denis Viennet, en hommage à Benoît Goetz, qui fut l'initiateur de cet ouvrage. -
Deleuze, esthétiques ; la honte d'être un homme
Pierre Montebello
- Les presses du réel
- 25 Septembre 2017
- 9782840669685
Pierre Montebello met en lumière les positions esthétiques de Gilles Deleuze et les rapports entre philosophie, arts visuels, musique, cinéma et littérature dans la pensée deleuzienne.
Peut-être l'art n'a pas d'autre raison : élargir l'homme, le dilater, le décentrer, le connecter à un plan large, infiniment large, faire passer le souffle du cosmos en lui. C'est pourquoi l'art opère par devenirs qui sont des devenirs indiscernables, imperceptibles, impersonnels. De quel art ne pourrait-on dire : il m'a fait passer dans un plan plus large, comme une marée, un océan, un ciel, un infini, par affects, par percepts, par sons ? Ou encore, il a créé un monde plus large que moi, il a fait monde, il a si bien éliminé tout ce qui bloque, tout ce qui immobilise, tout ce qui est mort, qu'il a créé une ligne abstraite qui épouse undevenir-monde, devenir de personne, devenir de tout le monde.
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Ces Textes inédits de Medhi Belhaj Kacem, écrits en 2008, 2009 et 2011, retrouvent les grandes thématiques de sa philosophie. La question esthétique, son lien à la transgression par le Mal, la question de la transgression dans son rapport à l'origine, mais ils apparaissent aussi comme un des jalons dans un épisode constitutif de sa philosophie, à savoir ses rapports à celle d'Alain Badiou.
Ces textes se situent avant la rupture (2011) entre les deux philosophes et contiennent les éléments du différent qui conduira à la rupture, pas si soudaine qu'elle le semblait. On y voit la progression de la pensée propre de Medhi Belhaj Kacem qui aboutit à l'évocation d'un « jeu philosophique ». On y trouvera aussi les premières esquisses de ce qui conduira à Etre et sexuation (2013). Medhi Belhaj Kacem y dévoile un des aspects de sa façon de travailler, par touches successives, par retours, mais aussi par coups de coeur, ils délimitent une approche originale qui bien souvent dessine, de son aveu même, le « cri pathétique du non-universitaire solitaire ».
Louis Ucciani
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La chose la plus étrangère au monde ; analyse critique du Buto de Hijikata Tatsumi
Kurihara Nanako
- Les presses du réel
- Delashine
- 1 Mars 2017
- 9782840668107
Première étude en français analysant le travail de Hijikata Tatsumi, cet ouvrage met à jour ses influences personnelles, artistiques, culturelles et sociales, et les articule avec sa philosophie, son esthétique et sa méthode de danse buto.
Hijikata Tatsumi (1928-1986) créateur de l'ankoku buto (danse des ténèbres) à l'aube des années 1960 au Japon, révolutionna la notion même de danse moderne, imposant un univers fantasmatique et transgressif, renversant toute notion d'harmonie ou de beauté chorégraphique. Artiste visionnaire, il accouche d'un corps humain difforme, souffrant, orgiaque et impie, d'une obscénité inacceptable dans une société en pleine normalisation consumériste.
Son style puise à des sources hétéroclites, mêlant onirismes traumatiques de son enfance rurale et mondes artistiques hérétiques qu'il phagocyte et régurgite en une version érotique et grotesque inimaginable avant lui. Kurihara Nanako présente ce poète de la chair, son univers fascinant, avec clarté et rigueur, se basant sur une expérience de terrain et une analyse minutieuse des sources, sans parti pris ni interprétation littéraire. Au-delà des mythes et légendes qui entourent désormais le buto, Kurihara donne accès à la synthèse du génie de Hijikata et montre les implications éthiques, esthétiques et politiques de ses méthodes et de son art dans le Japon de son époque. Une lecture indispensable à une approche claire, démystifiée de l'univers buto et de cet artiste unique qui donna naissance à d'innombrables suivants.
Cet ouvrage est la première publication et traduction d'une thèse de doctorat soutenue par Kurihara Nanako à l'université de New-York en 1996.