Nouvelles Lignes
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La pensée dispersée ; figures de l'exil juif
Enzo Traverso
- Nouvelles Lignes
- Lignes
- 18 Janvier 2019
- 9782355261916
Hannah Arendt, Siegfried Kracauer, Walter Benjamin, Hermann Broch, Theodor W. Adorno...
Ces grands penseurs judéo-allemands ont pour point commun d'avoir dû fuir leur pays après l'accession au pouvoir de Hitler en 1933.
Dès lors, c'est seuls, errants, étrangers, apatrides, que ceux qui ont survécu à cette fuite ont produit quelques-unes de leurs oeuvres majeures. Quelle influence l'exil a-t-il eue sur celles-ci, quelle place leur pensée a-t-elle prise dans leur pays d'accueil ?
Enzo Traverso traite de cette rupture tragique au travers de leurs oeuvres d'exil et des correspondances échangées avec les amis éloignés.
OEuvres et correspondances où les questions de la non-appartenance nationale et du « monde perdu » sont abordées en tant que questions non pas seulement existentielles, mais surtout intellectuelles Publié une première fois en 2004, La Pensée dispersée reparaît ici considérablement augmenté de deux textes, pour l'un sur Kracauer, pour l'autre sur Adorno ; et d'une très longue étude sur l'exil des intellectuels juifs italiens.
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« [.] il est nécessaire à la vie de se tenir à hauteur de la mort », écrit Bataille dans La Limite de l'utile.
Commandement où se lit certes l'influence persistante de Hegel sur lui et le projet d'une histoire universelle qui portera bientôt le titre de La Part maudite ; commandement que Bataille déshégélianise cependant aussitôt en apportant cette précision : « Une communauté ne peut durer qu'au degré d'intensité de la mort, elle se décompose dès qu'elle manque à la grandeur particulière au danger. » Par quoi l'on voit que la question, dès lors, n'est pas pour lui qu'ontologique, mais sociologique aussi, et économique.
Certainement, l'une des singularités les plus grandes de son génie se mesure-t-elle au fait d'avoir su, durant les mêmes années du début de la guerre, mener de front l'écriture de L'Expérience intérieure et du Coupable, livres d'une expérience authentiquement intérieure, et celle de La Limite de l'utile, où l'expérience qui est entreprise est celle de l'universalité des formes de l'histoire.
Première version abandonnée de La Part maudite, La Limite de l'utile est aussi la seconde de « La Notion de dépense », écrit dix ans plus tôt. Mathilde Girard, qui postface cette édition, a raison d'y insister : il faut ne pas davantage séparer entre les textes qu'entre les expériences, il faut au contraire associer La Part maudite et La Limite de l'utile à L'Expérience intérieure, au Coupable, à la Méthode de méditation, rédigés dans les mêmes années. Ne pas les séparer pour mesurer que la recherche qui les soutient veut être menée par un fou, un saint (c'est ainsi que Bataille entend s'emparer des conclusions de la science). La proposition de l'économie générale est impossible mais elle est seule à pouvoir soutenir l'expérience d'une connaissance liée à la perte de sens. La Limite de l'utile serait ainsi la version souveraine de La Part maudite - son revers, son ombre. Les arguments sont là, la généalogie de la gloire, de sa déchéance, mais comme portés par rien - rendus inutiles exactement.
À cet endroit, cette « version abandonnée » de La Part maudite fait ressusciter un appel, une exigence, qui sont autant ceux d'une économie qui ne mépriserait pas la vie (jusque dans la mort), que d'une pensée qui contredit la promesse de toute consolation dans la spéculation capitaliste. Se soustraire à l'utilité - des activités, de la pensée - est un processus infini que commande une écriture infinie qui attend d'être communiquée.
Mathilde Girard : « À quoi reconnaît-on aujourd'hui une conduite glorieuse - une conduite glorieuse humainement, c'est-à-dire qui n'attendrait ni de l'au-delà ni de l'argent les bénéfices de sa dépense ? Cela se peut-il encore que des êtres, des groupes ou des communautés s'entendent à ne rien vouloir gagner - à pouvoir perdre ?
Avec la «notion de dépense», Georges Bataille nous parle de quelque chose qui n'a peut-être jamais existé et qui s'éloigne toujours davantage de l'horizon de notre économie. Ce n'est pas que le capitalisme ne sache pas gaspiller et détruire, c'est qu'il a depuis longtemps dépassé ses capacités réelles - il les a même troquées pour une activité imaginaire (une spéculation) qui a le pouvoir de faire apparaître de nouveaux territoires à coloniser. Il se passe de nous.
Ce qui brille, alors, et qui nous attire, qu'est-ce que c'est ?
Bataille répondra : ce n'est rien. »
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L'une des oeuvres maîtresses de la critique communiste, écrite au sortir du parti par celui qui, associé à Blanchot, Antelme et Duras, mènera de 1955 à 1970 les actions intellectuelles-politiques les plus marquantes (le « Manifeste des 121 », entre autres).
Publié en 1953 chez Gallimard, Le Communisme n'a jamais été réimprimé, et est introuvable depuis.
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La méthode de la scène
Adnen Jdey, Jacques Rancière
- Nouvelles Lignes
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- 17 Mai 2018
- 9782355261848
« Scène ». Il n'est pas exagéré de dire qu'aucune catégorie n'est davantage associée à la philosophie de Jacques Rancière. L'impulsion fondamentale de son travail, depuis ses folles nuits prolétaires, a toujours été d'interroger la manière dont les partages de la pensée reconduisent, sous la distribution des corps en communauté, une division entre ceux à qui le logos est reconnu et ceux à qui il est nié. Et si le travail du partage ne pouvait s'identifier comme l'objet de la pensée sans être en même temps la mise en oeuvre de sa méthode ? L'un des aspects les plus saillants de ce rapport très étroit entre objet et méthode, dans la philosophie de Jacques Rancière, est le rôle qu'y joue la « mise en scène ». Contre la hiérarchie des niveaux de réalité et des régimes de discursivité, la méthode de la scène se dote en effet d'une double valeur. Polémique, elle construit une différence dans un champ d'expérience ; et assertative, elle trace une transversale aux frontières des savoirs ainsi qu'aux contextualisations historiques. Induite ou construite, identifiée ou en puissance sous d'autres scénarios, la scène permet de mettre au jour ce qui travaille l'identité contrariée des productions de l'art et des fictions politiques. Ce que la méthode de la scène dit en creux de cette logique du dissensus, c'est la possibilité de constituer une puissance subjective qui renvoie à la condition politique de l'égalité.
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Rêve diurne, station debout et utopie concrète
Ernst Bloch
- Nouvelles Lignes
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- 18 Octobre 2016
- 9782355261626
En 1974, le grand philosophe Ernst Bloch (1885-1977), auteur du Principe espérance, se prête à un long entretien réalisé par José Marchand pour la télévision française (et qui ne sera jamais diffusé). Passionnant entretien, où le philosophe âgé de 89 ans revient dans le détail sur la vie qui fut la sienne.
Sur son enfance, longuement : milieu familial modeste, acculturé, ville natale ouvrière - Ludwigshafen : « ville laide, marquée par ce que le capitalisme moderne a de dur et d'impitoyable, et où vivait un prolétariat affamé, exploité, en haillons », dont le hasard veut qu'en face il y ait Mannheim, la ville de résidence du Palatinat. « D'un côté le lumpenprolétariat et de l'autre la bourgeoisie. » Sa pensée et sa politique s'enracinent dans ce paysage frontal là.
Sur la formation de sa pensée, ensuite.
Schopenhauer, pour commencer, essentiel ;
Schelling ensuite (« que probablement personne au monde ne connaît mieux que moi ») ; mais, simultanément, secrétaire du parti communiste de la RDA et président du Conseil d'État, en l'exhortant à « démissionner », « dans l'intérêt du peuple, de la démocratie et du socialisme », ce qui lui vaut d'être arrêté le lendemain. Le 13 août 1961, la nouvelle de la construction du mur de Berlin le décide à ne plus jamais retourner en RDA et à s'installer à Tübingen. En 1968, il salue avec enthousiasme le soulèvement du peuple tchèque. Ses oeuvres complètes, en 15 volumes, sont publiées de son vivant et sous son contrôle chez Suhrkamp.
Une erreur. Le Parti a formulé sa propagande dans un langage qui n'atteignait pas les couches sociales qu'il voulait atteindre. Il aurait fallu intégrer l'enivrement, le montage et l'expressionnisme dans le mouvement communiste. [...] Les nazis n'ont pas cessé de nous dépouiller ; ils tiraient le plus grand profit du fait que nous avions abandonné ces territoires de la grande tradition révolutionnaire, et n'en utilisions plus, au mieux, que les noms - par exemple : Spartacus. » Les livres aussi sont longuement évoqués et explicités. D'Héritage de ce temps (célébration de l'expressionnisme) à l'oeuvre maîtresse, Le Principe Espérance.
Et évoqué le dur travail sur le concept : de « matière », par exemple, et des paradoxes par lesquels il faut en passer selon lui - le paradoxe de l'idéalisme. De même sur le concept de « morale » dans le matérialisme. De même du « non-encore-conscient », et de son corollaire objectif-réel, le « non-encore-devenu », La biographie, dans cet entretien, n'est jamais distincte de l'analyse ; elles s'entremêlent. Ainsi, fin novembre 1956, Ernst Bloch interpelle personnellement Walter Ulbricht, le premier Bloch parle ensuite de ceux grâce auxquels cette formation s'est affinée : Georg Simmel, en tant que professeur, mais par qui il se lia d'amitié avec Lukács. Puis, plus tard, après 1918, et après avoir publié son premier livre, L'Esprit de l'utopie :
Benjamin, Kracauer, Adorno, Klemperer, Weill et Brecht, dont il fait autant de portraits vivants, et beaux. Benjamin : « [...] un peu bizarre, excentrique, mais son excentricité était extrêmement productive. » Adorno : « [...] ses yeux d'un noir très dense, étrangement privés d'arrière-fond, exprimaient la tristesse, d'une façon que je n'ai jamais vue chez aucun autre homme. » Brecht : « [...] il n'est ni quelqu'un qui dit oui, ni quelqu'un qui dit non, ni non plus quelqu'un qui dit peut-être », qui, s'il avait vécu plus longtemps « aurait ouvert la voie à une forme de connaissance très différente ». Les échanges intellectuels avec chacun sont minutieusement restitués ; les motifs d'affinités établis, et les raisons des brouilles éventuelles rendues sans procès, attribuées aux seules évolutions des oeuvres et de la vie de chacun (l'orthodoxisation de Lukács, le conservatisme final d'Adorno, par exemple).
Bloch s'attarde aussi, bien sûr, sur la politique ;
Sur les rapports du communisme au nazisme :
Ce que le Parti communiste a fait avant l'accession d'Hitler au pouvoir était juste et bon ; ce qu'il n'a pas fait, par contre, relève de l'erreur. Le fait qu'il n'ait pas remarqué l'enivrement et qu'il ne se soit pas inspiré du montage qui captive l'imagination était Luxemburg, Marx et Engels, premières lectures politiques. La lecture de Hegel surtout sera essentielle, à une époque où celui-ci « était considéré comme un chien galeux dans toutes les universités allemandes ».
Résumé de cette formation peu orthodoxe : « Les Mille et une nuits, Fidelio et la Phénoménologie de l'Esprit sont les oeuvres qui ont, dès mes années de jeunesse, exercé sur moi une influence décisive. »
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La Grèce est au coeur de ce livre, qui lui donne son titre. Tout s'y relit de ce qui a fait son histoire très récente, doublement exemplaire : exemplaire d'abord de la volonté des marchés financiers de lui imposer - jusqu'à la mise sous tutelle - leur politique ; exemplaire aussi des oppositions qu'une telle volonté peut partout soulever, mais n'a soulevées nulle part ailleurs mieux qu'en Grèce.
Exemplaire, la Grèce n'est donc pas seule présente dans ce livre. De sa situation, dit Badiou, « on peut assurément dire qu'elle cristallise plusieurs des contradictions fondamentales qui sont les nôtres, en Europe d'abord, sans doute, mais finalement dans le monde tel qu'il est, le monde livré à l'anarchie autoritaire du capitalisme ». C'est du capitalisme et de ses menées proprement impériales qu'il y est essentiellement question : en Grèce, c'est le point de départ, en Europe, avec et après elle ; en Afrique surtout. Menées de « désorganisation plutôt que de colonisation » auxquelles Badiou donne le nom de politiques de « zonage », qu'il définit ainsi : « pratiques impériales qui ne consistent pas à occuper des pays, à les coloniser, à en extraire tout ce qu'on peut en extraire et à se heurter ensuite éventuellement à des résistances nationales, à des luttes de libération nationales [...] mais à créer de zones où finalement les États sont affaiblis, où les territoires sont dépecés, où se créent des enclaves sous la juridiction d'armées privées ».
Pour encourageante qu'ait été la politique d'opposition des Grecs eux-mêmes à l'hégémonie des marchés financiers, et, après eux, de l'Europe qu'ils se sont assujettie, Badiou n'élude aucune de ses limites. Ainsi conduit-il une analyse acérée, sans concession, du spontanéisme des politiques mouvementistes, quelque sympathie qu'elles suscitent a priori, lesquelles, dit-il, « n'ont strictement aucun autre effet que de souder provisoirement le mouvement dans la faiblesse négative de ses affects ; [...] qui peuvent en effet obtenir un résultat, mais nullement construire la politique de ce résultat, comme on le voit aujourd'hui en Égypte comme en Tunisie ».
Il revient en effet à toute opposition actuelle, s'inspirant des politiques d'émancipation passées, et se réappropriant ce que Badiou a théorisé sous le titre de l'hypothèse communiste, de se constituer a minima suivant ce qu'il appelle ici des « maximes d'orientation » : l'idée égalitaire, le dépérissement de l'État et l'organisation d'un travail indivisé. La victoire de la gauche radicale grecque s'en estelle assez inspiré ? Pas, sans doute. Alain Badiou médite ainsi pour finir sur le destin intellectuel de l'alternance politique grecque.
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L'oeuvre théorique de Jean-Paul Curnier est la mieux connue, parmi les plus singulières, et les plus remarquables. Pensée et écrite par une sorte d'Alceste politique, dont il ne suffit pas de dire qu'il n'a pas fait tout ce qu'il fallait pour qu'elle soit plus connue, dont il faut au contraire dire qu'il a beaucoup fait pour qu'elle le soit moins, en tout cas pas de n'importe qui, de peur de ressembler à tous ceux qui se font trop connaître pour de mauvaises raisons. On dira en langage d'époque que Jean-Paul Curnier fut un « radicalchic », quand il faudrait dire qu'il était simplement mais impérieusement jaloux de sa liberté, laquelle ne se négociait pas. Incompromis, « incompromissible » si le mot existait (mais il n'existerait que si la chose elle-même existait).
On connaît moins son oeuvre littéraire. Du moins n'en a-t-on rien pu lire depuis l'admirable - et admiré - Peine perdue (éditions Léo Scheer, 2002). Un fort volume (350 pages) où il était enfin rendu possible de la découvrir. Une tout autre oeuvre, qui nous a découvert un tout autre auteur, peut-être, même aux meilleurs de ses amis, un tout autre homme (mais non, le même, mais intime). Rien là de sa tonitruance politique : à l'opposé, des mélodies douces-amères, des variations infimes mais infinies sur la peine de vivre, sur le malentendu d'amour, sur les mécomptes de soi, amusés et pas même amers, sur le rien qu'on ne sait pas comment fuir, mais qu'on ne fuit pas sans risque, parce que la déception est inhérente à toute fuite, et parce que le malentendu alors n'en est que plus épais. Tout y est d'un humour modeste et triste, léger et incrédule, sans reproche aucun, sans plainte non plus - délicat à l'extrême. La vie est comme on dit : le fait est, dont il faut rire. Rire (d'un rire léger) du fait qu'il faille être deux dans l'amour et qu'il y en ait toujours un de trop : soit qu'il n'y trouve pas sa place soit que l'autre ne la lui reconnaît pas. Rire de ce qu'il n'arrive rien (constante de cette mélodie) ou que ce qui arrive soit arrivé pour rien (sinon pour se retrouver vite un peu plus seul). Et que ce que retrouve alors celui qui est plus seul qu'avant, ce n'est pas lui, ou lui seul, mais lui en pire. Rire de ce que chacun soit deux, deux au moins, ce qui complique tout de même considérablement l'équation amoureuse.
Heureusement, écrit-il, mais est-ce que ça suffit à rendre « heureux » : « Rien n'arrive ! Et ça arrive souvent ! » Et s'il arrive tout de même quelque chose, qui sait par quelle mégarde, « Ce qui arrive/ est nécessairement rien du point de vue du futur,/ car rien ne saurait mettre fin au rien/ sans à son tour être promis à rien.// Vu de cette façon,/ ce qui arrive peut être regardé avec un grand soulagement. » Si rien n'arrive, partir serait la solution (autre constante de ce livre). Sauf que tout départ avorte, parce que tout départ, par le fait, est un faux départ (« Le faux départ est faux partout, parce que sans être parti/ on voudrait surtout ne pas avoir à être là/ et c'est un faux rester. »).
Par-dessus tête est constitué de tous les textes « littéraires » introuvables de Jean-Paul Curnier (parus si confidentiellement) ou inédits. De deux longs récits, (« Ici et ailleurs » et « La vie recommencée »), des sortes de nouvelles, et de... quels noms leur donner ?
Des chansons ou des poèmes de la vie ordinaire, (« L'extrême ordinaire » est le titre de l'un d'eux - sous-titre programmatif : « De l'incommunicabilité heureuse ») où ce qui se passe ne se passe pas dans un faste d'opéra, mais plutôt entre supérette et cafétéria.
Lieux des vies où (presque) rien n'arrive.
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Folie & poésie selon Deleuze et Guattari
Alain Jugnon
- Nouvelles Lignes
- Lignes
- 16 Février 2018
- 9782355261817
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Sur "le ciel du centaure" de Hugo Santiago
Alain Badiu, Alexander Garcia duttmann, Jean-Luc Nancy
- Nouvelles Lignes
- Lignes
- 8 Novembre 2016
- 9782355261596
Le nouveau film de Hugo Santiago, Le Ciel du Centaure, est un conte fantastique dont la fable nous fait parcourir un Buenos Aires aussi onirique que reconnaissable. Il s'agit d'une quête témoignant d'une fidélité, d'une chasse au trésor alimentée par une convoitise, d'une recherche visant le seul plaisir du beau. Un étranger arrive à bord d'un navire dans le port de la ville. Chargé de déposer un colis chez un ami de son père avant le départ du bateau, il s'enfonce dans le dédale urbain sans toutefois connaître le contenu de ce qui lui a été confié. Le destinataire semble avoir disparu, et l'étranger suivra un itinéraire improvisé au fur et à mesure de ses rencontres, à moins que le parcours ne soit conçu d'avance. Très vite il tombe dans les mains d'une bande qui lui vole son paquet et, ne trouvant pas à l'intérieur l'objet cherché, menace de le tuer. Le périple commence. Quel est son véritable enjeu ? L'étranger n'en sait rien. Même si le hasard intervient dans l'enchaînement des scènes, on dirait que l'étranger est attendu à Buenos Aires, ou que les traces de son errance contribuent à former une constellation dans laquelle il s'insère. Il avance et il recule sous le ciel du Centaure. Et le film dont chaque plan a été imaginé avant le tournage et chaque paramètre a été fixé pendant le montage, ou le réglage, guette déjà le spectateur virtuel afin de le capturer et l'emporter avec lui. Mais une fois que l'étranger et le spectateur acceptent le défi, que la caméra enroule l'espace avec ces mouvements incessants, que la couleur inonde les images pour se retirer aussitôt, que la musique de tango, toujours prête à démarrer, s'impatiente, le divertimento que Hugo Santiago propose soulève encore une question.
Qu'est-ce qui nous arrive lorsque, curieux, aveuglés, exaspérés, amoureux, accablés, émerveillés, traqués, étourdis, attirés, nous nous apercevons de ceci : que nous avons pris du plaisir, ou qu'il y avait là du sens, un sens qui nous échappe, qui doit nous échapper et côtoyer le non-sens s'il ne veut pas se figer dans une signification appropriable et manipulable ? Estce une sorte de grâce ?
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REVUE LIGNES n.69 : logiques conspirationnistes
Revue Lignes
- Nouvelles Lignes
- Revue Lignes
- 18 Novembre 2022
- 9782355262111
Les mots de « complot », « conspiration » : les reprendre, tenter de retracer leur genèse, comprendre leur résurgence et leurs métamorphoses. Pour essayer d'entendre et penser ce qui les fait être ce qu'ils sont : récupérables par ce qu'il y a de pire.
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Le Sujet de l'Histoire : Vers une phénoménologie du survivant
Marc Nichanian
- Nouvelles Lignes
- 8 Avril 2015
- 9782355261411
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REVUE LIGNES n.47 : Derrida politique
Collectif
- Nouvelles Lignes
- Revue Lignes
- 20 Mai 2015
- 9782355261459
« Derrida politique », n°47 de Lignes, entend affronter ce constat : alors que son oeuvre traverse plusieurs champs de la pensée - la philosophie, la littérature, la psychanalyse, le droit, l'architecture, l'art, la théologie -, elle est rarement considérée du point de vue politique. Malgré de nombreux textes qui font directement référence au politique et en dépit des prises de position dont Derrida ne se sera pas privé lorsque le contexte socio-politique l'exigeait, on ne manque pas d'entendre fréquemment qu'il n'y a pas de pensée politique chez Derrida.
Certes, les concepts traditionnels du politique ou de la politique se trouvent-ils déconstruits par la pensée derridienne. Au point que Derrida peut affirmer que « l'inadéquation au concept [à tout concept] se manifeste par excellence dans l'ordre du politique ou de la pratique politique ». Mais c'est précisément ce qui rend politique cette pensée, de part en part. De manière déconcertante, il est vrai, pour tout ce qui oeuvre au nom de la raison politique. Dans le temps qui est le nôtre, où le pouvoir politique conspire à sa ruine, il est apparu nécessaire de voir comment le politique peut se penser autrement.
Ce numéro de Lignes rend enfin accessibles les communications prononcées à l'occasion du colloque international éponyme, organisé par Marc Crépon et René Major, qui s'est tenu à l'École normale supérieure de Paris les 6 et 7 décembre 2008, à l'initiative de l'Institut des Hautes études en psychanalyse, du « Laboratoire disciplinaire «Pensées des sciences» », des Archives Husserl (ENS-CNRS) et du Comité éditorial de l'oeuvre de Derrida.
« L'argument » adressé aux intervenants et aux participants était le suivant :
Si la pensée derridienne ne développe pas une « philosophie politique » au sens traditionnel, c'est-à-dire toujours marquée par l'histoire de la métaphysique, elle ne constitue pas moins un mode de pensée fondamentalement politique.
Mais autrement. Cette pensée demeure incomprise pour « ceux qui ne reconnaissent le politique qu'à l'aide des panneaux de signalisation d'avant la guerre ».
Toutes les interventions de Derrida dans des situations politiques concrètes s'inscrivent dans le prolongement d'un acte de déconstruction qui se situe en amont des habituelles prises de positions qu'appellent les préjugés de la conscience bavarde. Leurs gesticulations tournent court devant la « chose même » du politique en ne cessant de répéter, « sans même la conscience ou la mémoire du ressassement ». S'il n'y a pas de démocratie sans « mise en commun », il n'y a pas non plus de démocratie sans respect de la singularité et de l'altérité irréductible qui échappent à toute communauté. Dans l'urgence de penser ce qui vient de nouveau, de penser de manière neuve ce qui est nouveau et ce qui revient - en parlant de la politique sans parler politique - Derrida nous invite à révolutionner le concept même de révolution.
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REVUE LIGNES n.50 : après-coups de l'histoire : symptômes et issues
Collectif
- Nouvelles Lignes
- Revue Lignes
- 10 Mai 2016
- 9782355261589
De grandes commotions ont troublé l'histoire du xxe siècle en France, en Europe et dans le monde.
Deux guerres mondiales, des guerres coloniales et de décolonisation, plusieurs génocides. De grandes « tyrannies » - dans le vocabulaire du xviiie siècle - ont mis à mal la liberté des peuples et, au nom de la race, ont ainsi mis à mal la conviction que l'humanité est une et faite de semblables égaux.
Dans l'après-coup de toute grande commotion, les sociétés doivent inventer et articuler des pratiques privées, des pratiques sociales, des politiques qui leur permettent de se réunifier ou de se refonder. Saint-Just affirmait ainsi, pour parler des malheurs de son temps produits par la contre-révolution, que « ceux qui survivent aux grands crimes sont condamnés à les réparer. » Sans cette réparation, la discontinuité de l'expérience passée se répète dans l'expérience présente et conduit, d'une part, des contemporains à ne plus pouvoir faire lien, à ne plus partager le même rapport sensible au monde, d'autre part, à répéter parfois sans le savoir ce qui a fondé cette déliaison. L'histoire n'est pas rejouée sciemment, mais elle rejoue comme on dit qu'une faille rejoue.
L'histoire alors se répète mais non à la manière des mauvaises farces gaussées par Marx qui fustige des imitations ridicules, à la manière plutôt d'un cauchemar où l'histoire agit en sous-main et dans l'après coup. L'après-coup n'est pas alors une simple « suite », « l'après » de la traduction de l'aftermath anglo-saxon. Il est le moment où le trauma historique revient frapper à la porte du sujet ou de la société. Dans la chaîne temporelle, l'événement traumatique a implanté un message qui demeure énigmatique, sur le coup comme pour les générations qui suivent. Et c'est ce message qui, soumis à des tentatives d'élucidation successives, fabrique des bouclages du temps du passé vers le futur et du présent vers le passé. Il faut retourner y voir pour comprendre comment des fantômes prennent en main la vie des vivants sans qu'ils le sachent, sans qu'ils veuillent même parfois le savoir.
Ces fantômes ont des noms saillants qui fabriquent aujourd'hui en France ce qu'on appelle des querelles de mots, des querelles importantes donc. Nous nous arrêterons dans ce numéro de Lignes sur ces mots qui dessinent aussi des séquences de l'histoire ou parfois les traversent :
Les années trente bien sûr, puis la Seconde Guerre mondiale, puis les années 1960 qui sont réputées en finir avec la séquence 1945-1960 où un autre monde avait été rêvé et espéré.
Le premier de ces mots : « fascisme ». Fétiche nécessaire à brandir pour les uns afin de lui faire jouer le rôle d'avertisseur d'incendie, de le repérer, de le conjurer. Fétiche inquiétant pour les autres qui ne veulent en entendre parler que pour lui dénier toute réalité spécifique en France. Mais quand un tel mot fait peur, que souhaite-t-on refouler de l'histoire traumatique ? Que souhaitet- on accepter de l'histoire présente ?
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REVUE LIGNES n.51 : quels matérialismes? pour quels mondes?
Collectif
- Nouvelles Lignes
- Revue Lignes
- 10 Octobre 2016
- 9782355261619
Selon Althusser, le matérialisme ne saurait être conséquent qu'à la condition de se fonder dans la contingence pure, c'est-à-dire : dans l'absence de tout fondement, de toute origine comme de toute fin. Évoquer ce matérialisme aléatoire, comme Althusser l'a désigné, c'est ainsi inviter à penser la conséquence des matérialismes qui se proposent, qui s'évanouissent, ou qu'il s'agit même d'inventer à cette époque qui est la nôtre. À l'ère de l'Anthropocène - c'est-à-dire d'un capitalisme industriel dont nul n'ignore plus le caractère globalement destructeur -, et de conflits qui redessinent la carte des rapports de force tout en inventant de nouveaux fronts, la globalisation à laquelle doit se mesurer toute pensée se voulant contemporaine n'exige rien d'autre qu'un matérialisme au moins planétaire. Formule qu'on mettra tout de suite en rapport avec « l'économie à l'échelle de l'univers » de Bataille, pour que s'y profilent deux dimensions matériellement incontournables :
D'abord le bas (hétérogénéité de la matière toujours déliquescente), ensuite l'énergie (de sa surabondance solaire à la fin de celle-ci, en passant par ce proche avenir dans lequel nous entrons déjà d'antagonismes politiques violents fomentés par les appropriations inégales de sa valeur). Dans ce contexte, nos formes de guerre (version économique comprise) et de surveillance extra-étatiques quasi légales recoupent la surface de la planète selon des réseaux mobiles non moins machiniques qu'idéologiques et meurtriers, grâce en partie à une prothétisation chirurgicale et commerciale des corps humains et autres qui, pour n'avoir rien de nouveau, n'en est pas moins en plein essor historique. (Il n'y a pas jusqu'à la misère la plus pauvre qui ne s'articule dorénavant à l'échelle du cosmos, ou de ce qui en tient lieu.) Nourrissant ces réalisations technologiques, les manipulations génétiques et épigénétiques posent à nouveaux frais le rapport forme-substance, pendant que les neurosciences proposent une compréhension du cerveau face à laquelle le vieux couple corps-esprit peut sembler définitivement périmé.
Quels sont les pensées, les pratiques, les modes d'existence de la matière ici à l'oeuvre ? Quels sont ceux qu'ils auront remplacés, par quelles luttes, à l'avantage de qui ou de quoi ? Surtout peut-être :
Quelles pensées, quelles pratiques, quels modes d'existence convient-il maintenant d'inventer ?
Philosophies de la technologie, du numérique, « nouveaux matérialismes », ontologies « orientées vers l'objet » répondent tous déjà à ces questions ;
Quelles réponses nouvelles faut-il y ajouter, voire y opposer ?
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REVUE LIGNES n.48 : les attentats, la pensée
Collectif
- Nouvelles Lignes
- Revue Lignes
- 19 Octobre 2015
- 9782355261497
Quences nous obligent à penser la situation qu'ils ont déterminée :
1. les attentats de Paris, après ceux de Toulouse et Bruxelles ; avant celui de Copenhague ;
2. la réponse sécuritaire du gouvernement français (au nom des « libertés » ; au prix de celles-ci) ;
3. sa réponse idéologique : l'union nationale, à laquelle il semble tout ce qui lui reste de politique ;
4. l'ascension de l'extrême droite française (des extrêmes droites européennes avec elle), attirant à elle (presque) toutes les droites et une large majorité de l'électorat (populaire, y compris de gauche) ;
5. le surenchérissement d'un séquençage identitaire jouant en tous sens, opposant entre eux des groupes se constituant en communautés. Etc.
Situation d'autant plus préoccupante qu'elle prend appui sur ce que la France et l'Europe connaissent interminablement de la crise, et de la défaillance ou de l'indifférence des gauches à y répondre.
La question de départ doit être décisive en cela :
Oui ou non la situation est-elle nouvelle ? Ou la même, mais aggravée ? Change-t-elle de nature ou seulement de degré ? Quels sens, pertinence, etc.
Ont les évocations du passé (les années 1930) ?
Comment ne pas s'étonner surtout (un parti pris s'impose) de ce qu'ont pu dire beaucoup de ceux pour qui, à gauche de la gauche, la situation ne serait pas nouvelle, mais la même, et pour qui les attentats témoigneraient d'un malaise (au sens emphatisé de Freud) que la seule interprétation sociologique suffirait encore à expliquer ; malaise qu'expliqueraient - séquelles du colonialisme raciste français - les effets de la relégation et de la ségrégation des classes pauvres et immigrées. Tous points justes, mais qui ont déjà été servis et dont l'efficacité n'a pas été avérée.
Surtout, à les lire, les entendre, une césure a semblé se dégager : ce serait selon que le capitalisme est premier ou second dans l'analyse que s'établiraient les pensées et se distribueraient les déclarations.
Soit l'anticapitalisme est premier, et il n'y aurait de moyen de penser cette situation que comme l'un des symptômes dont seul son renversement aurait raison ; soit cette situation témoigne d'autre chose qui ne menace pas davantage le capitalisme que l'anticapitalisme qui conspire à le renverser (l'analogie avec les années 1930 serait alors plausible).
Les rapports de puissance sont en effet en train de changer au point que penser selon les termes des puissances respectives du capitalisme et de son opposition ne suffit plus. Une autre puissance émerge qui ravage des territoires entiers, y répandant la terreur (terreur qui n'atteint encore l'Europe qu'épisodiquement), qui n'est sans aucun doute pas moins hostile à l'anticapitalisme qu'au capitalisme luimême.
De là que l'étau se resserre : plus de gauche ou presque, où que ce soit ; un plébiscite au contraire pour un libéralisme sans fard ni frein ; une extrême droite à l'affût et aux portes du pouvoir ; et, enfin, le déferlement d'un archaïsme historique qu'on ne voit pas à quoi comparer sinon à une variante du fascisme - l'opposition dominante serait dès lors celle-ci : d'un néo-fascisme djihadiste et d'un ancien fascisme européen.
Que penser de cette situation nouvelle ? C'est la question que ce numéro de Lignes veut poser.
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REVUE LIGNES : Miguel Abensour : la sommation utopique
Michel Surya
- Nouvelles Lignes
- Revue Lignes
- 17 Mai 2018
- 9782355261855
Miguel Abensour hélas disparu, il nous faut revenir à la lecture des livres et de tout ce qui se dispose autour d'eux : le travail éditorial, les entretiens, les articles, et bientôt les textes inédits. Cette lecture collective ne fait ici que commencer. Ce qui nous manque déjà, par-delà l'ami et son art exceptionnel de l'amitié, c'est la manière qu'il avait de faire vivre la constellation composée par l'ensemble de son oeuvre, avec ses finesses et ses lois propres, mais surtout avec une discrétion telle qu'il importe aujourd'hui d'en expliciter la force et le parti pris politiques.
Miguel Abensour aura été le passeur qui a permis la lecture en France des livres majeurs de Adorno et Horkheimer. Il a fondé sa collection « Critique de la politique » en 1974, au retour d'un voyage aux États- Unis lors duquel il a découvert, dans un ébranlement complet, les livres de la première École de Francfort.
Son enthousiasme pour la tâche philosophique théorico- pratique de ce qu'il préférait nommer le « cercle » plutôt que l'« École » de Francfort n'a guère été partagé par les philosophes français qui étaient ses contemporains.
À cette solitude philosophique envisagée d'emblée comme un défi, s'est ajouté l'isolement dans lequel a été maintenue sa lecture du jeune Marx. Sa complicité profonde avec l'interprétation du marxisme utopique par Maximilien Rubel et Louis Janover a creusé souterrainement et de manière inexorable les sillons d'une nouvelle solitude dans une époque dévouée à la lecture althussérienne de Marx et dominée par la relégation du jeune Marx du côté des naïvetés présumées de l'utopie et de l'humanisme.
Miguel Abensour est ainsi devenu envers et contre tous, héroïquement, un des plus grands penseurs de l'utopie, un des plus grands passeurs des utopistes de tous les temps, depuis Thomas More jusqu'à Walter Benjamin. Et de manière conséquente il a aussi contribué à revivifier avec Louis Janover la tradition politique du communalisme et du conseillisme. La discrétion de Miguel Abensour ne doit donc pas être confondue avec une quelconque modestie ou réserve ;
Elle est la marque d'une résistance continue aux idées dominantes du présent, la caractéristique d'une force de jouteur sans égal ; elle devient désormais le schibboleth d'une communauté de penseurs déterminés à faire vivre l'actualité de la non-résignation - non-résignation politiquement décisive que Miguel Abensour nommait « la sommation utopique », et sur laquelle il enjoignait de ne pas céder, surtout dans ces temps qu'il qualifiait de crépusculaires.
Il s'agit de relancer dans la bataille ces concepts et ces notions, ces expériences et ces analyses, relancer ce que patiemment et généreusement Miguel Abensour nous a légués : une oeuvre comme une institution civile qui permet de s'élever au courage que réclame la situation.
Ce numéro de Lignes propose de continuer la conversation avec Miguel Abensour au travers de ses oeuvres, là tout de suite, d'emblée, sans attendre d'être figé par l'adversité.
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REVUE LIGNES n.49 : une philosophie-artiste : Jean-Noël Vuarnet
Collectif
- Nouvelles Lignes
- Revue Lignes
- 11 Mars 2016
- 9782355261565
Lignes s'est, depuis 27 ans, attaché à revisiter et reconsidérer les généalogies intellectuelles dominantes. Faisant toute leur place aux oeuvres marginales ou mineures (et à leurs auteurs), en tout cas considérées comme telles par les oeuvres en revanche considérées comme « majeures » ou canoniques (et leurs auteurs). Une autre histoire s'est ainsi dessinée, qui n'a certes pas cherché à discréditer les « grandes » oeuvres, mais qui a mis en lumière de plus « petites ». Pour autant pas moins essentielles ni exemplaires.
Jean-Noël Vuarnet (1945-1996) incarne on ne peut mieux un tel cas de figure, dont l'oeuvre, brève (il s'est suicidé à 51 ans), n'est ni assez connue ni assez citée. Réparation donc à celle-ci, significative des années 1970-80, tantôt littéraire (4 titres, dont le premier paru au Seuil en 1976 et le dernier chez Gallimard en 1995), écrite dans la proximité et l'amitié de Maurice Roche, Novarina, Laporte, Prigent, etc. (Personnage anglais dans une île a été réédité chez Lignes/Léo Scheer en 2005); tantôt « philosophique », écrite dans celle de Klossowski, Deleuze ou Lacan, auxquels l'amitié le liait.
Philosophique est ici mis entre guillemets parce que c'est sans doute là que l'apport de cette oeuvre est, sinon le plus manifeste, au moins le plus remarquable. Proche de Deleuze, il ira plus loin que lui dans la lecture et l'interprétation de tous ceux qui l'ont mise en crise ;
S'appuyant sur Nietzsche essentiellement, mais aussi bien sûr Giordano Bruno, Nicolas de Cuse, Rousseau, Kierkegaard, Bataille et Klossowski (certainement le plus proche de lui, avec lequel l'échange aura été le plus riche et le plus profond). Deux livres considérables en ont résulté : Le Discours impur (Galilée, 1972) et Le Philosophe-artiste (1re édition : 10/18, 1977 ;
Rééd., Lignes/ Léo Scheer, 2004). Plusieurs des études réunies par ce numéro leur sont consacrées.
La seconde partie de son oeuvre, encore aujourd'hui la plus connue, s'intéresse à la mystique, comme on pouvait le déduire de l'intérêt qu'il avait montré jusque-là pour les expériences de pensée « irrégulières ». Extases féminines (Arthaud, 1980 ; rééd., Hatier, 1991) a posé les jalons d'une interprétation des phénomènes mystiques dont la psychanalyse s'est nourrie depuis. Le Dieu des femmes (L'Herne) complète cette partie de l'oeuvre, sur laquelle plusieurs des textes de ce numéro se penchent.
Le numéro reprend pour finir 5 textes introuvables de Jean-Noël Vuarnet, représentatifs de cette oeuvre ; un texte de Klossowski sur celle-ci ;
Et une première bibliographie.
Ce numéro paraît à l'occasion du vingtième anniversaire de sa mort. La Chute de la maison Tripier reparaîtra également en mars aux éditions Incorpore