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Pierre-Guillaume De Roux
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Adios éloge du monde d'avant
Thomas Morales
- Pierre-Guillaume De Roux
- 22 Septembre 2016
- 9782363711663
"Notre béguin pour les voitures fantasques, les actrices racées, les plats en gelée, l'odeur saturée des chais, les romans amers des Hussards, les films d'Audiard, le profil d'une lycéenne aperçue dans un jardin public, toutes ces choses dérisoires et essentielles qui rendaient la vie si piquante disparaîtraient. Qui se souviendrait après nous des Alfa Giulia enchantant la Riviera, du charme vénéneux de Porfirio Rubirosa, des comédies mélancoliques de Philippe de B., des larges lunettes de Monica V., des seins conquérants de Sophia L.
Ou du sourire mauresque de Claudia C. ? Notre alphabet du coeur. Nous savourions ces derniers instants et protégions jalousement les images fugaces de nos glorieuses années comme le plus précieux des trésors. Nous ignorions tous les profanateurs de notre nostalgie qui nous encerclaient, nous enserraient." Thomas Morales ne se contente pas de nous livrer, clefs en main, le panthéon d'une très longue jeunesse, la malle aux trésors éblouissante d'où jailliraient soudain non-stop tous les livres, toutes les B.D., les émissions de télé et les films culte qui ont marqué notre imaginaire depuis les fifties jusqu'aux eighties.
En artiste-né, c'est carrément le frisson qu'il nous donne. Quand il fait crépiter en rafales le portrait d'un monstre sacré et, crevant l'habituel décor de carton-pâte où il végète, ouvre à notre mémoire tout un horizon inattendu où les moindres gestes résonnent tout à coup si juste qu'on les croirait proches à nous toucher. Voyez ce que Thomas Morales fait de l'accent d'Arletty, des cavales de Jean-Paul Belmondo, du sexe chez Tinto Brass ou de cette satisfaction qui fait subitement ressembler l'académicien Maurice Druon à un homme de la Renaissance.
En subtil metteur en scène qui ne néglige ni les coups de génie ni les petits riens de l'existence, Thomas Morales remet toujours tout en place et fait tourner le monde, "notre" monde !
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La dignité humaine ; heurs et malheurs d'un concept malmené
Collectif, Bernard Dumont
- Pierre-Guillaume De Roux
- 25 Février 2020
- 9782363713247
La dignité humaine, ou de la personne humaine, constitue un des éléments les plus typiques, dans le monde contemporain, de ce que John Rawls a nommé un « overlapping consensus », un consensus par recoupement, une valeur raisonnablement partagée sur laquelle est censée pouvoir s'édifier la collaboration sociale. Cette notion a connu une grande fortune après la fin de la Seconde Guerre mondiale, par opposition, et en réponse, aux crimes massifs commis au cours du conflit, puis, sans cesser d'être invoquée, elle s'est trouvée entraînée dans divers affrontements idéologiques au point de perdre beaucoup de sa signification consensuelle.
La notion de dignité a une histoire philosophique et théologique propre, et traverse aussi bien la période prémoderne que l'ensemble de la modernité, aujourd'hui parvenue en sa phase tardive. Cette dernière, aussi nommée postmoderne, se caractérise notamment par le caractère instable des concepts, leur relativité et leur aptitude à changer fréquemment de contenu, mais en même temps elle permet souvent de révéler, tant dans la théorie que dans l'utilisation pratique qui en est faite, le sens profond que la modernité entendait leur donner à l'origine.
D'autre part, comme pour d'autres notions ayant une dimension politique et juridique, la dignité en général, et la dignité humaine en particulier ont dans le monde occidental - berceau initial et espace principal de leur emploi - un double lien avec la philosophie d'inspiration gréco-latine et avec la théologie chrétienne. Ce lien a connu les vicissitudes liées au développement de la pensée moderne et à sa rupture avec l'intelligence chrétienne du monde, au point de voir formuler une équivocité conceptuelle entre dignité chrétienne et dignité moderne, les mêmes mots ne désignant pas les mêmes réalités ; puis, surtout depuis le concile Vatican II, il a semblé que les deux parties dans ce long et tumultueux débat en venaient à parler la même langue, cueillant ainsi les fruits des efforts de certains intellectuels catholiques, au premier rang desquels Jacques Maritain et John Courtney Murray.
Toutefois, et comme on l'a dit plus haut, l'évolution même de la modernité semble bien avoir rendu caducs ces tentatives de conciliation, fournissant ainsi non seulement l'occasion, mais aussi entraînant la nécessité de revenir aux sources originelles pour éviter de sombrer dans la confusion des langues.
L'ouvrage qui suit résulte d'un travail collectif, mené à l'initiative de Bernard Dumont, directeur de la revue Catholica, avec le concours de Miguel Ayuso, professeur de droit constitutionnel à l'Université pontificale Comillas de Madrid, et de Danilo Castellano, professeur émérite de philosophie du droit à l'Université d'Udine. La diversité d'origine de ceux qui y ont participé sera certainement reçue comme significative d'une même perception du besoin de clarification qui vient d'être évoqué. Chacun a creusé un sillon déjà parcouru dans ses propres travaux.
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« Untel salue son entreprise de rendre la philosophie accessible tandis qu'il récrimine ses saillies anti establishment, l'autre se félicite de ces saillies anti establishment quand la philosophie populaire d'Onfray lui apparaît surtout une bouillie dont la digestion facile prouve son manque de valeurs nutritives. Les deux louangent Onfray quand il va dans leur sens sans qu'aucun ne se demande quelle est la direction qu'il emprunte et surtout si cette direction à un sens, justement.
Telle est le propre de la magie de s'adresser à chacun plutôt qu'à tous et de donner à qui le demande ce dont il a besoin : retour de l'être aimé, réussite aux examens, arguments réactionnaires génétiquement modifiés et passés au tamis du politiquement correct, philosophie à destination des sots, guérison de maladie et protection contre les dangers...
(...) Il ratisse large. Le païen et le laïcard applaudissent le traité d'athéologie, le catholique s'émerveille d'un retour au sacré amorcé dans Cosmos qui lui laisse espérer que Michel Onfray « évolue dans le bon sens », à l'instar du royaliste qui communie de concert avec le mélanchoniste au retour du programme commun demandé avec force par le philosophe populaire ; le juif se rassure de le voir vanter Israël tandis que le pro-palestinien salue sa condamnation des « vengeances » israéliennes ! S'il continue ainsi, nazis et juifs finiront par louanger Onfray alors que chrétiens et athées en feront leur héraut, déjà Daesh, précurseur sûrement, l'emploie comme référence... » Et si Michel Onfray n'était qu'une fausse valeur ?
Pourquoi le «miracle» Onfray fonctionne-t-il aussi bien auprès des élites ?