Rue D'Ulm
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Dans la dernière décennie de sa vie, Theodor W. Adorno (1903-1969) revient de manière incisive sur le thème de la personnalité autoritaire développé dès les années 1940 à propos du potentiel fasciste ou, autrement dit, antidémocratique présent dans la société nord-américaine. Ici, en écho à la vague d'actes antisémites perpétrés par de jeunes partisans de l'extrême droite allemande à l'hiver 1959-1960, il essaie de rendre compte de la persistance, en Allemagne, de préjugés «pathiques» à l'endroit d'autres groupes et de la tendance nationaliste agressive qui va de pair. Pour ce faire, il interroge la «psychologie» des personnalités attachées à l'autorité, comme il préfère désormais les appeler. Si la réflexion d'Adorno sur ces problèmes suscite de nouveau notre attention, c'est évidemment en raison de leur regain d'actualité et du besoin de contrer la menace grandissante qu'ils recèlent pour toute l'humanité.
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Sur l'ornement
Karl Philipp Moritz, Clara Paquet
- Rue D'Ulm
- Versions Françaises
- 10 Mai 2024
- 9782728808632
La dispute de l'ornement que nous ont rendue familière les travaux de l'historien de l'art Aloïs Riegl et le célèbre pamphlet d'Adolf Loos, tout comme les prises de positions des artistes du modernisme et du minimal art, a une longue histoire. Les Concepts préliminaires en vue d'une théorie des ornements de Karl Philip Moritz rédigés en 1793, constituent une étape décisive. Signé par l'un des tenants de la Klassik, héritier de Winckelmann et de Herder, dont l'influence sur Goethe est notoire, l'ouvrage étonne par son enquête empirique et sa pratique de la description. Une théorie des ornements et non de l'ornement se construit dans l'étude des motifs, la connaissance des productions qu'un long voyage en Italie et l'observation des demeures berlinoises ont procurées à l'auteur. Moritz montre que la pensée de l'ornement est une pièce maîtresse de la réflexion esthétique sur la beauté. À l'opposé de l'allégorie, les ornements sont des formes libres qui n'imitent rien, qui n'ont pas de signification. Ils dévoilent la dimension anthropologique du besoin d'art et contribuent à la promotion de l'imagination. Conçu dans le contexte de l'Académie des arts de Berlin, ce texte a un rôle éducatif; il remplit aussi une fonction politique, à l'heure d'une industrialisation croissante des arts appliqués autour de 1800.
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Cesare Brandi n'est pas seulement l'auteur de la Théorie de la restauration parue à Rome en 1963. Ses réflexions sur l'avant-garde, restées jusqu'à ce jour inédites en français, ont pu paraître polémiques en leur temps. Elles sont devenues, à les lire plus d'un demi-siècle après leur publication, une prophétie réalisée. La peinture figurative a fait son retour, le débat sur abstraction-figuration est obsolète, l'attention aux techniques, aux matériaux est au coeur des pratiques artistiques. Il y eut des avant-gardes, elles sont un moment dans les histoires des arts, car il n'y a décidément pas de fin de l'art. Les artistes le montrent dans leurs oeuvres. Cesare Brandi fait partie de ceux qui l'avaient espéré et compris.
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Le Soi et son cerveau n'est pas le premier texte consacré par Popper à ce que les philosophes de langue anglaise appellent le «body-mind problem». Non plus que le premier soutenant que la solution correcte à ce problème est l'interaction des états mentaux et des états physiques. Popper a déjà précisé sa théorie en affirmant que cette interaction concerne aussi un troisième monde ou «Monde 3». Mais pour la première fois, il met au centre de son interactionnisme une théorie du self, du soi, de son existence, de son unité, de son identité, de sa continuité. C'est la grande nouveauté de ce livre, inédit en français.
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L'actualité de la philosophie
Theodor Wiesengrund Adorno
- Rue D'Ulm
- Versions Françaises
- 9 Mars 2018
- 9782728805907
« Une anticipation qui tient du rêve » : c'est en ces termes qu'Adorno caractérisait rétrospectivement ses premiers écrits philosophiques. Contemporains du livre sur Kierkegaard (1933), « L'actualité de la philosophie », « L'idée d'histoire de la nature » et les « Thèses sur le langage du philosophe » font ressortir l'unité et la continuité de cette pensée dont ils marquent le coup d'envoi. Témoignage essentiel sur la situation de la philosophie en Allemagne à la veille du nazisme, ces trois textes montrent Adorno aux prises avec Husserl, Heidegger, Lukács, à la recherche d'une nouvelle pensée de l'histoire et de la société qui permette à la philosophie de répondre à la crise de l'idéalisme et à la menace de liquidation que les progrès des sciences font peser sur elle. Profondément marqué par la lecture de Benjamin, le contre-programme que formule Adorno constitue également une sorte de « discours de la méthode » qui fixe le cadre théorique où se déploieront tous ses travaux à venir, jusqu'à la Dialectique négative et la Théorie esthétique.
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Dans un monde marqué par la peur, voire la haine, de celui qui vient bouleverser nos repères familiers, chercher à penser une politique qui fasse de l'accueil une valeur centrale revient à s'exposer, au mieux, à la raillerie, au pire, à l'hostilité. Il faut en prendre le risque tant le règne de la barbarie est à nos portes. La barbarie sait s'accoutrer pour tromper. Elle sait emprunter d'autres visages, se parer d'autres noms : ceux de la sauvegarde de "notre" identité, de la préservation des valeurs et des principes qui font notre singularité, tant le risque serait grand que les "passants" , pauvres et démunis, ne viennent mettre en péril notre modèle social auquel nous proclamons un indéfectible attachement.
Le choix du cosmopolitisme ici défendu tient à ce qui peut être considéré comme un propre de l'humanité, soit le fait de vivre exposés les uns aux autres, et non enfermés dans des cultures et des identités. Notre essentielle vulnérabilité justifie que nous tissions des solidarités, que nous montrions de la considération à l'égard d'autrui. Considération qui est au fondement de l'exigence cosmopolitique comme de l'idéal démocratique.
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L'enchantement du virtuel ; mathématique, mhysique, philosophie
Gilles Châtelet
- Rue D'Ulm
- 13 Avril 2016
- 9782728805495
Pour commémorer le dixième anniversaire de la mort de Gilles Châtelet, les éditions Rue d'Ulm ont publié fin 2010 cet ensemble de textes philosophiques inédits ou devenus introuvables réunis sous le titre L'Enchantement du virtuel. Philosophie, physique, mathématique - à la fois pendant, genèse et prolongement du volume Les Enjeux du mobile. Mathématiques, physique, philosophie paru en 1993. Rapidement épuisé, il n'était plus accessible qu'en format numérique payant. Le voici de nouveau disponible en librairie.
La rencontre de Châtelet avec Gilles Deleuze en 1972 aura eu une influence décisive sur son cheminement philosophique, initiant un geste de pensée dont on retrouve la présence en filigrane dans tous ses textes théoriques. Dernier penseur romantique du XXe siècle, il estimait qu'« il y a une espèce de bouleversement propre à la philosophie qu'il est important d'avoir jeune.
[.] il faut avoir un rapport à la fois naïf et professionnel à la philosophie pour apprécier le frisson et l'audace du spéculatif. Novalis disait : «À qui ne plairait pas une philosophie dont le germe est un premier baiser ?» » Il faut reconnaître en Châtelet le penseur de l'individuation et de la magnification des libertés humaines, mais également un théoricien du virtuel et du diagramme.
L'ouvrage comprend le dernier manuscrit de l'auteur retrouvé sur sa table de travail après son suicide. C'est la pointe la plus avancée de son entreprise proprement philosophique qui offre une suite directe au dernier chapitre des Enjeux.
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L'ouvrage Au fil d'une riche histoire critique, les poèmes de Paul Celan (1920-1970) ont connu des fortunes diverses dans leur réception critique jusqu'à n'être aujourd'hui plus vraiment « lus ». Afin de retrouver la dynamique productive du conflit des interprétations, il convient de partir des progrès accomplis depuis deux décennies dans la connaissance biographique et les conditions de production des poèmes pour remettre au coeur de la discussion l'écriture elle-même, dans la tension productive qui existe - et qui la motive - entre réseau référentiel externe et production du sens, entre le jeu des références et l'expression poétique particulière.
L'analyse de C. Fradin suit une progression chronologique et s'appuie sur des références inédites pour des poèmes de Fadensonnen (1968) et Lichtzwang (1970). Elle engage la réflexion depuis la position « seconde » ou « critique » de l'écriture celanienne dans la mesure où les poèmes se réfèrent à des évènements multiples et, tout particulièrement, à des lectures qu'il est possible d'identifier ou de reconstituer. La bibliothèque de l'auteur fournit donc le terrain d'enquête privilégié.
Les interprétations de poèmes, répartis dans une année, 1967, où les lectures jouent un rôle spécialement référentiel, tentent alors de situer sur le plan philologique et herméneutique les lectures faites par Celan et (re)produites dans l'écriture poétique. Il s'agit aussi en dernière instance de discuter, à l'épreuve des textes, certaines positions critiques nées de la découverte de ce caractère hautement référentiel de l'écriture afin d'aider les lecteurs de l'oeuvre.
Le cadre conceptuel aux lectures des poèmes est donc donné par le questionnement des notions de source, de contextualisation et de resémantisation, par des interrogations autour de l'opposition, structurante à travers la « grille de lecture » celanienne, entre langage spécialisé et langage particulier. Plus loin, le problème de l'unicité de la référence à l'extermination dans la diversité de l'horizon référentiel général est travaillé comme aussi le rapport de Celan au lyrisme.
Toutefois, c'est surtout la discussion autour des catégories esthétiques d'Erlebnisgedicht et d'« occasionnalité » (Gadamer) qui amènent à envisager la poésie celanienne sous l'angle de la circonstance (Gelegenheitsgedicht). -
Utopie et tyrannie ; repenser l'histoire du socialisme européen, voyage dans les archives Elie Halévy
Michele Battini
- Rue D'Ulm
- Italica
- 13 Octobre 2017
- 9782728805754
Selon les néolibéraux, l'utopie mène à la tyrannie, et toute législation sociale est l'ennemie de la liberté. De Hayek à Furet en passant par Aron, ils se sont souvent référés à Élie Halévy et à ses travaux. Or les « Papiers Halévy » déposés à la bibliothèque de l'École normale supérieure permettent de montrer que l'auteur de L'Ère des tyrannies n'a, lui, jamais exclu la possibilité d'associer le socialisme et la liberté. Ils fournissent ainsi les pistes d'une exploration aux sources du mouvement ouvrier, mettant en lumière l'opposition entre un autoritarisme nostalgique de corporations, proche de Bonald, et la volonté d'étendre les libertés des modernes jusque dans le domaine du travail. Ils permettent de reparcourir les oeuvres de John Stuart Mill, Saint-Simon, Marx, Proudhon, de confronter le souci de justice sociale à la pensée de Mauss ou de Polanyi, de renvoyer aux lectures de Machiavel et de Rousseau, à Tocqueville et à Arendt, ainsi qu'à la réflexion des classiques - à commencer par Xénophon - sur la nature de la tyrannie.
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Le soie et son cerveau ; plaidoyer pour l'interactionnisme
Karl Popper
- Rue D'Ulm
- Versions Françaises
- 3 Juillet 2018
- 9782728859832
Comme l'indique son sous-titre, Le Soi et son cerveau plaide la cause de l'interactionnisme. Ce n'est pas le premier texte consacré par Popper à ce que les philosophes de langue anglaise appellent le « body-mind problem ». Non plus que son premier texte soutenant que la solution correcte à ce problème est l'interaction des états mentaux et des états physiques. Ce n'est pas non plus la première fois que Popper précise sa théorie en affirmant que cette interaction ne concerne pas seulement le monde des états mentaux et celui des états physiques, mais aussi un troisième monde ou « Monde 3 ». C'est en revanche la première fois qu'il met au centre de son interactionnisme une théorie du « self », du « soi », de son existence, de son unité, de son identité, de sa continuité. C'est la grande nouveauté de ce livre, inédit en français.