L'arche

  • Antigone

    Sophocle

    • L'arche
    • 6 Avril 2007


    antigone nous parlerait de la résistance courageuse d'une jeune fille contre la machine broyeuse de l'etat, incarné par créon.
    il défendrait les valeurs de la cité, elle défendrait les valeurs de la religion. antigone est sympathique parce qu'elle aurait le courage de se révolter, créon est antipathique parce qu'il aurait le pouvoir d'etat. mais on peut inverser les sympathies : antigone est une intégriste, une fanatique de la religion des morts, à qui sa naissance souillée - elle est née d'un inceste - interdit tout avenir.
    face à elle, un créon nationaliste, un militaire à poigne, veut imposer un etat " laïque ". l'histoire permet surtout à deux grandes voix de s'affronter musicalement. l'une en chantant son propre deuil de jeune fille n'ayant jamais eu d'enfant, l'autre le suicide de son fils et de sa femme, morts par sa faute. lequel est le plus malheureux ? lequel des deux entraînera le choeur dans son chant et sa douleur ? tel est peut-être l'enjeu d'une tragédie qui est d'abord, comme toute tragédie, une suite de choeurs offerts à dionysos.
    la traduction de florence dupont est philologiquement exacte et d'une limpidité parfaite. plus rien de ce côté fumeux qui caractérise trop de traductions classiques.

  • Chef minable d'une bande de gangsters du Bronx, Arturo Ui parvient à s'imposer par la terreur comme « protecteur » du trust du chou-fleur à Chicago. Il réduit au silence un politicien corrompu, Hindsborough, fait éliminer par Gori et Gobbola, ses séides, un homme de main à lui, assassine le patron du trust des légumes de Cicero, la ville voisine, et séduit la veuve de celui-ci, quasiment sur le cercueil de la victime. Le résultat est que l'on vote partout pour lui, tant à Cicero qu'à Chicago. D'autres crimes et d'autres conquêtes suivront. Rien n'arrêtera Arturo Ui, hormis les peuples, qui finiront par en avoir raison. « Mais il ne faut pas nous chanter victoire, il est encore trop tôt : le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde. »

  • Poème tragique sur le pouvoir destructeur de la beauté, Norma Jeane Baker de Troie, d'après Hélène d'Euripide, superpose deux figures mythiques, Hélène de Troie et Marilyn Monroe, née Norma Jeane Baker, un seul et même destin entre la cité antique et New York. Hélène et Marilyn, soeurs jumelles unies par une force mytho-poétique, icones de beauté, objets de fascination et destin unique malgré les quelques milliers d'années qui les séparent. Démultipliant les avatars et les effets d'illusion ou usurpation d'identités, Norma Jeane (alias Marilyn Monroe) prend aussi l'apparence de Truman Capote, écrivain et cinéaste américain aux milles excès, ultime superposition et mise en abyme de l'homme créateur et de sa créature, en pleine écriture d'un scénario qu'il « tente de sauver du mélodrame ».
    Janvier 2021 - 14/01/2021 - 64 pages - 11,6 cm x 18,7 cm - 13 € ISBN : 978-2-38198-011-9 Son mari Arthur (on pense à l'écrivain Arthur Miller avec lequel Marilyn fut mariée de nombreuses années), devient sous la plume incisive de Carson, roi de Sparte et de New York, « un homme qui croit à la guerre ».

  • Inconditionnelles

    Kate Tempest

    • L'arche
    • 21 Février 2020

    Les chansons sont des compositions originales de Kate Tempest et Dan Carey, sur des paroles de Kate Tempest.
    La présente édition propose les partitions originales des musiques de la pièce.
    Cette pièce musicale se déroule entre les murs d'une prison pour femmes.
    Chess chante dans sa cellule et agace les autres détenues. Quand Serena, sa codétenue et âme soeur, apprend sa mise en liberté conditionnelle, les deux femmes sont dévastées. Face à sa solitude, Chess se remémore sa vie, son crime, sa fille, sa blessure. Elle se met à composer sur une boîte Février 2020 - 07/02/2020 - 96 pages - 11,6 cm x 18,7 cm - 13 € ISBN : 978-2-85181-966-6 à rythmes apportée par Silver, une productrice au passé sombre, qui anime des ateliers en prison. Chess compose des chansons pour dompter son passé, sans penser qu'il puisse la rattraper un jour...
    Cette partition aux échanges acérés, en équilibre entre drame et comédie, rappelle l'atmosphère de la série « Orange Is The New Black », diffusée entre 2013 et 2019 sur Netflix.

  • Mademoiselle Julie Nouv.

    Pièce maîtresse de Strindberg, cette "tragédie naturaliste" est l'une des plus belles traductions de Boris Vian. Dans ce huis clos, s'affrontent deux personnages que tout oppose : Julie, fille d'un comte suédois et Jean, son serviteur. Prisonnière du sentiment de supériorité de sa classe et de la haine des hommes, inculquée par sa mère, Julie affronte Jean et veut le dominer. Qui se révélera le plus fort à ce jeu cruel de séduction-répulsion à l'issue tragique ?

  • On avait toujours dit que les astres étaient fixés sur une voûte de cristal pour qu'ils ne puissent pas tomber.
    Maintenant nous avons pris courage et nous les laissons en suspens dans l'espace, sans soutien, et ils gagnent le large comme nos bateaux, sans soutien, au grand large. et la terre roule joyeusement autour du soleil, et les poissonnières, les marchands, les princes, les cardinaux et même le pape roulent avec elle.

  • Jonathan Jeremiah Peachum est un homme d'affaires qui exploite la misère et la pitié humaines en équipant les mendiants vrais ou faux de Londres. Il est scandalisé par l'idée que sa fille Polly projette d'épouser le bandit Mackie. Pourtant ce mariage contre nature a lieu dans une écurie de Soho, où se retrouvent, entre autres, le pasteur Kimball et le chef de la police Brown.

  • Fracassés

    Kate Tempest

    Sismographe d'une génération à la dérive, Fracassés oscille entre rage de vivre, lutte et désespoir.
    À Londres, trois jeunes gens, Ted, Danny et Charlotte se battent pour donner un sens à leur existence.
    Solitude et sentiment d'aliénation s'adossent à des conditions de vie précaires et une morosité du quotidien.
    Tous trois restent fortement éprouvés par la mort de leur ami Tony, survenue dix ans plus tôt.
    Prisonniers de jobs insatisfaisants et de vies étriquées, ces quadragénaires sombrent dans une fuite en avant qui les absorbe et leur fait perdre la raison.
    Le jour de l'anniversaire de la mort de Tony, ils décident de se retrouver le temps d'une soirée pour faire le bilan et se donner un nouvel élan.
    Monologues intérieurs, scènes chorales, slams et scènes dialoguées au réalisme brut s'entremêlent avec un réalisme social des plus violents où les rêves de jeunesse se fracassent, les désillusions tournent en addictions.

  • L'hôtel du libre-échange

    Georges Feydeau

    • L'arche
    • 26 Décembre 2007

    Pour monsieur c'était des esprits, pour madame c'était un cheval emballé !.
    Et tous les deux reviennent au domicile conjugal avec le même oeil en compote !. et ils voudraient nous faire croire que ce n'est pas en se débattant contre les agents qu'on leur a servi ces deux yeux au beurre noir.

  • Les Bas-Fonds, conçus en même temps que Les Petits Bourgeois, est considéré comme le chef-d'oeuvre dramatique de Gorki. Stanislavski, le premier, en avait assuré la mise en scène. Dans Ma vie dans l'art, il s'étend longuement sur les problèmes que la pièce lui avait posés.

    « Vivement intéressés par les récits de Gorki, nous eûmes envie d'observer nous-mêmes cette humanité déchue. Une expédition fut organisée au marché de Khitrovo qui était l'empire des clochards.

    Nous pûmes visiter librement ces grands dortoirs où, sur d'innombrables bat-flanc, gisaient immobiles, tels des cadavres, des hommes et des femmes rompus de fatigue. L'un de ces asiles de nuit abritait "l'université" des clochards : c'étaient ceux qui savaient lire et écrire et que l'on chargeait souvent de copier les rôles de nos acteurs. Nous fûmes reçus comme de vieux amis : ne nous connaissaient-ils pas en tant qu'acteurs ? Ne copiaient-ils pas nos rôles ? Nous posâmes sur la table la collation que nous avions apportée (de la vodka et du saucisson), et la fête commença.

    En apprenant que nous étions venus étudier leur vie pour la représenter dans une pièce de Gorki, les clochards furent touchés aux larmes.
    - Quel bonheur pour nous ! s'écria l'un.
    - Mais qu'y a-t-il d'intéressant dans notre vie ? Pourquoi nous montrer sur la scène ? s'étonnait un autre. »

  • Fable écologiste et apocalyptique, Quand viendra la vague est une comédie humaine aux allures de Jugement dernier.
    Le déferlement d'une vague bouleverse l'écosystème d'une petite île et menace de frapper de plus belle. Avec humour, la pièce oscille entre jeu réaliste et fiction eschatologique. Qui survivra à la mystérieuse crue ? Qui « mérite » d'être sauvé ? Assis sur un rocher, Mateo et Letizia assistent à la montée des eaux et procèdent à la sélection des espèces.
    A l'heure du règlement de comptes et de l'effondrement de leur monde, ces maîtres du jeu sauront-ils pardonner aux fantômes du passé et se libérer de leur insularité ?

    Dans cette courte forme aux dialogues ciselés, Alice Zeniter s'intéresse à l'enfermement que représente le couple. Que signifie choisir quelqu'un ? Nul homme n'est une île.

  • Dans François, le Saint Jongleur, comédie subversive inspirée de l'histoire méconnue de François d'Assise, Dario Fo retrace en plusieurs tableaux la vie de l'homme de foi, resté célèbre pour ces harangues populaires à travers toute l'Italie. Celui qui avait fait voeu de pauvreté dénonçait avec verve le pouvoir néfaste de l'argent, la comédie des erreurs politiques et des errances religieuses. À Rome, il s'en alla défier le pape pour obtenir son accord de proclamer l'Evangile de par les chemins en langue vulgaire.
    Avec une truculence irrévérencieuse, Dario Fo conte des épisodes de la vie du Saint, relevant sa parenté spirituelle avec l'anticonformisme de l'ecclésiaste, qui appelait à la rébellion contre les puissants de ce monde.

  • Ivanov

    Anton Tchekhov

    • L'arche
    • 20 Août 2008

    J'étais jeune, plein de feu, sincère, pas idiot ; j'avais l'amour, la haine et la foi, mais pas comme les autres, je travaillais et je rêvais pour douze, je combattais les moulins, je me tapais la tête contre les murs ; sans avoir pris la mesure de mes forces, sans réfléchir, sans rien connaître de la vie, j'ai voulu soulever une charge et je me suis cassé le dos.
    Comme si j'avais voulu me dépêcher de gaspiller toutes mes forces dans ma jeunesse, j'étais sans cesse enflammé, excité et je travaillais sans compter. tu peux me dire comment j'aurais pu faire autrement ? nous ne sommes pas nombreux et le travail, il y en a beaucoup, beaucoup ! dieu seul sait à quel point il y en a ! et voilà avec quelle cruauté la vie, contre laquelle je me suis battu, se venge ! je me suis cassé l'échine ! et en voici à trente ans, les conséquences déplorables : je suis déjà vieux et il est grand temps pour moi d'aller en chaussons.

  • Sous le nazisme, la peur et la misère affectaient toutes les couches de la société allemande, l'intelligentsia, la bourgeoisie, la classe ouvrière. Il y a certes le courage de la poignée de militants qui, au mépris de tous les dangers, publient une littérature illégale. Mais il y a aussi la capitulation, face à la terreur, d'une trop grande part de l'intelligentsia. C'est ce qu'a voulu montrer Brecht, d'abord à ses compatriotes exilés, autour des années 1938, en écrivant la trentaine de courtes scènes, inspirées de la réalité même, de Grand-peur et misère du IIIe Reich.
    La pièce naît en 1934 de la volonté de Brecht et de Margarete Steffin, de rassembler un matériau composé de coupures de presse et de témoignages sur la vie quotidienne en Allemagne sous la dictature hitlérienne. Le titre fait allusion au roman Splendeurs et misères des courtisanes de Balzac, et inscrit donc la pièce dans une lignée de peintures naturalistes de la société allemande de l'avant-guerre, brossant un large tableau allant du monde ouvrier à la magistrature en passant par la petite bourgeoisie.
    La création de huit scènes aura lieu en mai 1938 à Paris devant un public essentiellement composé d'émigrés. Certaines scènes seront également publiées dans des revues d'émigrés visant à alerter l'opinion publique sur la réalité de la dictature en Allemagne et signalant le danger d'une guerre imminente. On y voit tour à tour la bourgeoisie, le corps médical, la justice, les enfants, les prisonniers, etc. évoluer face au régime.
    Ce n'est cependant qu'après la Seconde Guerre mondiale que la pièce rencontre son succès, car elle montre, comme le disait Brecht lui-même, " la précarité évidente du IIIe Reich, dans toutes ses ramifications, contenue uniquement par la force ".
    Aujourd'hui encore, Grand-peur et misère du IIIe Reich résonne comme un avertissement contre toute forme de système absolu et reste l'un des textes clés du vingtième siècle et au-delà. C'est un manifeste qui invite à lutter contre toute forme politique basée sur la discrimination et sur la crainte.

  • Yerma fait partie de la trilogie rurale composée par Federico García Lorca entre 1932 et 1936, avec Bodas de sangre (Noces de sang), et La casa de Bernarda Alba (La maison de Bernarda Alba). Yerma, qui donne son nom à la pièce, est une jeune épouse intensément frustrée de ne pas être mère. Elle sublime son désir d'enfant avec passion et en fait un but idéal, mais elle se heurte à la froideur de son mari Juan, et à la société qui l'entoure. Dans un dernier recours elle participe à un pèlerinage supposé favoriser la fertilité, mais qui donnera lieu à la tragédie finale. Teatr Penn-ar-Bed signe avec cette pièce puissante son retour sur les planches, avec la langue bretonne pour servir la richesse du texte de Lorca.

  • Antigonick

    Anne Carson

    • L'arche
    • 20 Septembre 2019

    Anti gone est la tragédie anti que et moderne par excellence. Celle de la révolte et du refus de l'autorité aveugle. Anti gone brave l'interdit de Créon, qui incarne la machine broyeuse de l'État. Elle exige pour son frère Polynice une digne sépulture et se réfère aux dieux, à d'autres lois, bien plus puissantes et plus anciennes que l'arbitraire des hommes.
    Carson raccourcit la fable et la radicalise. Son adaptati on s'illustre par son humour et l'audace des commentaires qu'elle insère. Son propos se resserre autour du deuil et de la questi on de la responsabilité morale à honorer la mémoire du frère défunt.
    Créon, homme de l'acti on, du verbe, est dépeint en tyran brutal et sanguinaire, jusqu'au revirement fi nal.
    Après avoir décimé sa propre famille, ce chantre de l'autorité déclare : « J'exige la mort de Créon ». Une autre liberté prise sur le mythe est l'appariti on du personnage de Nick, que l'on retrouve dans le ti tre. Présence silencieuse, il mesure les choses sans jamais quitt er la scène. Il signifi e le moment propice mais aussi l'entaille, la blessure. Comme le disait Char : « La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil. » Une oeuvre millénaire qui gagne en radicalité politi que et en modernité sous la plume de Carson.

  • Anéantis

    Sarah Kane

    En 1995, Sarah Kane écrit Anéantis (Blasted) qui est aussitôt créé au Royal Court Theatre de Londres. Presque trente ans après Sauvés d'Edward Bond, créé dans le même théâtre, la presse britannique se déchaîne : sale, alarmant, dangereux. Mais l'auteur et sa pièce accèdent immédiatement à la célébrité.
    L'histoire de Ian et Cate dans un hôtel de luxe à Leeds est l'histoire d'un amour impossible. C'est aussi l'histoire d'une aliénation profonde entre les légionnaires de la guerre civile et la population qu'ils sont susceptibles de conquérir.
    Ce qui fait la gloire des dramaturges, c'est la forme qu'ils savent donner à leurs sujets. Et l'écriture de Sarah Kane est scénique, c'est-à-dire à trois dimensions. Dialogue et action s'enchevêtrent, se complètent et s'enrichissent mutuellement pour donner à l'ensemble une nouvelle profondeur de champ.

  • L'Amour de Phèdre semble occuper une position singulière parmi les pièces de Sarah Kane et il est de fait très rare qu'un auteur anglais adapte une pièce classique. Indépendamment du fait que l'impulsion pour le projet venait du Gate Theatre - Sarah Kane avait d'abord pensé à Woyzeck et Baal, deux idées auxquelles elle n'a pas donné suite pour des raisons pratiques -, elle s'est finalement décidée à reprendre Phèdre de Sénèque, l'histoire d'une reine qui tombe désespérément amoureuse de son beau-fils. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, l'adaptation s'intègre parfaitement dans l'univers de l'auteur : réapparaissent notamment la dissection d'une émotivité masculine malsaine et nihiliste, tout comme la question de Dieu et les conséquences de la violence.

  • De 1618 à 1648, la guerre de Trente Ans a dévasté l'Europe. Pour Brecht, cette guerre est " l'une des premières guerres gigantesques que le capitalisme a attirées sur l'Europe. " Mère Courage reconnaît l'essence mercantile de cette guerre : elle suit les armées avec sa carriole de marchandises et fait de bonnes affaires. " Tout au long de la pièce, Mère Courage a les yeux collés, elle n'arrive pas à le voir ; pour elle, le négoce est extensif à la guerre, la guerre est contingente au négoce. " (Roland Barthes) Mais cette marchande a aussi des enfants, et c'est là que la bât blesse et que la dialectique passe à l'attaque.
    Brecht écrivit Mère Courage en exil, à l'automne 1940, à une époque où le peuple allemand était aussi peu capable que Mère Courage de tirer les leçons de ses malheurs et de surmonter ses contradictions. Mais aujourd'hui, les Mère Courage ont-elles disparu ?
    La mise en scène de la pièce par Brecht en 1949, avec le Berliner Ensemble, a pour la première fois fait connaître concrètement au public, et avec un immense succès, le théâtre épique et dialectique, tel que Brecht l'avait conçu pendant son exil.
    À la fin de ce volume, le lecteur trouvera des textes de Brecht éclairant Mère Courage sous cet angle.

  • Manque

    Sarah Kane

    Manque est un texte duquel la violence physique, si caractéristique d'Anéantis ou de Purifiés, est absente. Quatre voix dont l'identité n'est pas clairement définie parlent respectivement entre elles et à ceux qui les écoutent. La lecture de Preparadise sorry now de R.W. Fassbinder est à l'origine du projet. Les ressemblances avec La Terre vaine de T.S. Eliot sont patentes, du moins sur le plan poétique, car le texte est truffé d'allusions et de citations, sans que Kane ait voulu les identifier. Quant au sujet, les voix qui déversent leurs sensations dans un torrent d'impressions, de souvenirs et de désirs sont à l'image de l'idée que Sarah Kane se faisait de l'amour : dès que deux personnes forment une relation, une sorte de colonisation prend place et l'une d'elles risque d'être abusée par le pouvoir que l'autre exerce sur elle.

  • Lorsqu'elle retourne à Güllen après une longue absence, Claire est prête à sortir le bourg de sa misère financière. Mais elle demande un prix, son propre prix : la vieille dame veut régler son compte à Alfred, son ancien amant qui l'avait éconduite après l'avoir mise enceinte... La Visite de la vieille dame est la pièce de Dürrenmatt la plus jouée au monde.

  • Diane

    Fabrice Melquiot

    Cet autoportrait est une traversée d'un itinéraire artistique hors du commun. Diane Arbus, née Nemerov en 1923 d'une famille juive newyorkaise, travaille dans la photographie de mode aux côtés de son mari, avant de s'en affranchir pour imposer sa propre vision. Dans l'Amérique des années 1960, dans la lignée d'un Walker Evans, elle descend dans la rue à la rencontre de ses modèles. Restée célèbre pour ses portraits d'inconnu.e.s pris au reflex 6x6 à deux objectifs, elle se distingue par sa fascination pour les personnages hors-normes. « Ce que j'essaie de décrire, c'est l'impossibilité de sortir de sa peau pour entrer dans celle d'un autre. » Personnes transgenres, handicapés mentaux, jumeaux, nains, prostituées offrent des visages et des corps de l'Amérique moderne dont elle tente de capter la vérité, à contre-courant de l'esthétique conventionnelle du portrait.

  • Dans Jeune fille sur un canape´, pre´sent et passe´ se confondent. Une femme peint un portrait d'elle-me^me plus jeune, assise sur un canape´. De la` surgit un corte`ge de figures hante´es par leurs souvenirs. Des sce`nes de jalousie et de de´fiance se succe`dent, entre me`re et soeurs. Cette toile, miroir illusoire d'une jeunesse e´ternelle ou exutoire d'une enfance meurtrie, reve^t une e´trange puissance.

    Dans un espace onirique habite´ par des voix, Ces yeux de´vide l'e´cheveau de souvenirs d'un Homme et d'une Femme, invite´s par une ombre, devenus vieux, a` la rejoindre dans son royaume. Pre´sence sonore obse´dante, ces voix habitent le monde sans jamais le quitter.

  • Supervision

    Sonia Chiambretto

    • L'arche
    • 17 Janvier 2020

    Supervision est une immersion à plusieurs voix dans le monde de l'hôtellerie de luxe et de l'art de vivre à la française, de l'école hôtelière aux retours clients sur TripAdvisor. Prêtant l'oreille à ce territoire socioprofessionnel, Sonia Chiambretto décrit l'organisation du « petit monde » du service.
    Elle saisit des échanges entre deux portes, surprend des conversations de couloir, déconstruit le langage managérial, observe des techniques corporelles d'acceptation de l'inconfort, la lassitude ou l'efficace des « gens de service », sous l'étroite supervision de la direction et du « Groupe ». À l'écoute des relations entre les individus (diktat de la relation client ou pression des relations hiérarchiques), avec une langue technique et poétique, son écriture explore le pouvoir normatif des discours (règlements, protocoles, etc.) et la manière dont il plie les corps, comme on plie des draps de lits, selon une succession de gestes bien particulière.
    À la manière de POLICES !, elle mêle fiction, témoignages et document d'archives, prenant pour départ des entretiens menés par une sociologue auprès de salariés de l'hôtellerie et de la restauration. Des chambres à la réception, en poussant les portes battantes qui séparent la cuisine de la salle de service, ou en empruntant l'ascenseur jusqu'à la piscine à vagues du roof-top, ce texte dessine une cartographie intime de l'espace social.

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