Quartett

  • Steve jobs

    Alban Lefranc

    • Quartett
    • 15 Janvier 2019
  • Table rase

    Alban Lefranc

    • Quartett
    • 15 Janvier 2018

    C'est un visage qu'il nous faut.
    Un beau visage intimidant.
    Une mèche qui flotte au-dessus des rues la nuit.
    Qu'on imagine dans notre dos quand on va rincer la racaille.
    Avec les camarades.

    J'aimerais voir ça un jour.
    Des jeunes corps qui se disputeraient l'honneur de mourir.
    Pour moi.
    À chaque seconde.
    Prêts à se jeter sous les balles avec ravissement.
    Des jeunes corps ravis qui ne demandent qu'à se jeter sous les balles.
    Des jeunes corps ravis qui n'existent qui ne tiennent debout que par la pensée.
    Émue.
    De la balle qui les déchirera.

  • Il y a des nuits où le corps ne comprend pas sa propre charge. Comme les bouchers au petit matin quand ils livrent la viande. Des bêtes entières sur leurs épaules. On croirait qu'ils se portent eux-mêmes. Dans l'obscurité les bouchers se portent eux-mêmes entièrement nus sur leurs épaules. La nuit devant l'enseigne éteinte. Attendre que la boucherie ouvre. Se ronger un ongle. Enlever ce qui dépasse. Une lumière dans la boutique. Le jour tous ces gestes qu'ils font. Les bouchers qui portent des carcasses sur leurs épaules. Deux corps qui s'emmêlent. L'un vivant et l'autre mort.

  • Ce tango poignarde

    Bernard Souviraa

    • Quartett
    • 15 Octobre 2018
  • Nevers for ever

    Moreau

    Je regarderai ébahie, éberluée par Nevers et j'aimerai tout de Nevers, et je vous aimerai tous à Nevers, et les animaux qui courront dans la ville, la nuit, quand nous serons innocents, car il faut être innocents.
    Je marcherai pieds nus sous la pluie de Nevers et des crevasses se formeront dans tout mon être, mais j'existerai totalement, je serai bien vivante moi, à Nevers, dans le brouillard, dans l'aube, je marcherai comme ça, sans savoir où je vais exactement.

  • MayDay

    Dorothée Zumstein

    • Quartett
    • 15 Janvier 2017

    Harcelée par la presse à sensation Kate Lyons, 40 ans, accepte de répondre à une interview et de revenir, une bonne fois pour toutes, sur ce passé qui hante la femme qu'elle est devenue... En 1968, la jolie petite fille aux cheveux noirs et aux grands yeux bleus qu'elle était s'appelait Mary Burns. Elle vivait à Scotswood, où, au printemps 1968, deux garçonnets de trois et quatre ans furent découverts morts, l'un dans une maison abandonnée, l'autre dans un terrain vague. Quelques mois plus tard, Mary Burns était jugée coupable du meurtre des deux enfants ; elle avait 11 ans. Devenue Kate pour échapper à son passé et changer de vie, en quête d'une identité à reconstruire, Mary remonte le temps à la rencontre de sa propre histoire et de celle de sa famille... Les personnages et les faits évoqués dans Mayday s'inspirent très fidèlement de l'affaire Mary Bell. Les lieux et les dates ont été respectés.

  • Rich & famous

    Frédéric Vossier

    • Quartett
    • 15 Octobre 2014

    C'est elle, sa femme, la plus belle et la plus jeune.
    La meilleure.
    Le sang de la jeunesse.
    Celle qui apporte la douceur dans la maison.
    Il dit qu'il a besoin du sang de la jeu- nesse.
    Le sang noir de la beauté.
    Elle peut poser le pied délicatement sur ce qui est dur.
    Le sang palpitant de la négresse coule délicatement dans sa tête.
    Quand il surveille la tête baissée des musiciens.
    La palpitation du sang dans la tête.
    La palpitation des seins.
    Elle est la meilleure qui apporte délica- tement la paix en marchant dans la tête du musicien.

  • Tu n'es pas une princesse (...) Ta vie est comme l'instant Où tu as jailli des entrailles de ta pauvre mère Morceau de chair écarlate Semblable au reste de l'humanité Qui se mit à crier Et ne cessa plus depuis de brailler De se plaindre De geindre Éternelle victime qui se promène Innocemment dira-t-elle Dans la forêt sexuelle Tous ces arbres noirs qui cachent la lumière Dans laquelle elle pénètre volontiers puis s'enfonce pour disparaitre

  • Vous allez entrer dans un hangar.

    Vous allez rencontrer deux hommes dont les vies se sont croisées un moment, puis écartelées en sens inverse. L'un était un metteur en scène tremblant attendant la révélation sous la forme de l'autre - il est maintenant au sommet de tout et ne tremble plus. L'autre était un passant effronté entré dans le monde de la scène comme on se prend un poteau - il est maintenant au fond du trou sans avoir compris ce qui s'est passé. Ils se dessineront eux-mêmes comme on se déshabille mutuellement.

  • Carole, ingénieure chef-produit dans l'électroménager, se voit obligée, pour des raisons financières, d'augmenter le taux de remplacement de son dernier prototype de machine à laver en diminuant la durée de vie de l'appareil.
    Au même moment, Sylvain, son mari, tente d'accompagner son propre père vers la mort.
    Une fable écologique sur l'obsolescence programmée pour dénoncer les ravages d'un capitalisme vorace et prédateur sur notre environnement et notre intimité.

  • Gens du pays

    Marc-Antoine Cyr

    Retrouvé paumé dans la rue sans papiers, sans carte, sans argent sur lui. Refusant de jouer le jeu. Une policière le cuisine. Longtemps. Elle lui demande d'où il vient, il tépond systématiquement : la France. Elle le questionne sur ce qu'est la France, et il pourrait en apprendre à un véritable français sur sa propre histoire. Mais sa couleur de peau, selon la policière, dit le contraire du mot France. Aurait-il revêtu tous les habits qu'il fallait pour semer le doute ? Si la France est devenue son identité, peut-on se vêtir d'un pays comme d'un habit ? Et la France... veut-elle seulement de lui ?

  • Ian ; articulations

    Pauline Picot

    Ne croyez pas qu'il va venir. Je ne peux pas le faire venir ici. Il est mort, ça vous le savez. Je ne veux pas que quelqu'un le remplace. Je ne veux pas que quelqu'un prétende posséder ses gestes, sa silhouette ou même le col de son manteau. Que quelqu'un puisse prétendre à sa gorge, sa gorge - à la fois cavité sombre creusée sans fin sans lumière, et velours enroulé dans un chuchotement de pluie contre l'oreille...


    Ian est une libre adaptation autour de la vie de Ian Curtis, poète et mythique chanteur du groupe Joy Division, mort à l'âge de vingt-trois ans.

  • Mourir d'amour c'est quand on meurt tout seul d'amour, sans les autres tout autour qui étaient là et qui étaient en nous, et ça brûle les yeux de mourir d'amour, ça abîme les yeux, les yeux tout rayés, Mourir d'amour c'est du verre pilé, la brûlure aux yeux et les larmes,

  • Nord

    Virginie Barreteau

    • Quartett
    • 15 Janvier 2014

    Au bout du bout du monde.
    Au bout du bout du froid.
    Le père est dans la cave à Pert.
    Le père attend l'arrivée des outardes.
    Sils est belle mais Rina est jeune et elle a de gros nichons.
    Rina sort et va au magazin de Torp.
    Torp regarde ses nichons.
    Sills est la femme de Torp.
    Sills est partie et personne ne sait où elle est.
    Le père dit que Torp est un con.
    Au bout du bout du froid.
    Au bout du bout du monde.

  • Romain s'occupe de son père. Cherche un meilleur boulot. Arrive en retard aux soirées qu'organise Héloïse. Magasine parfois des chaussures. Marche parmi les autres, dans la ville grise. Dehors, les rues sont pleines de gens en colère. Les rues ne désemplissent pas. Pour Romain, tout irait mieux si sa mère n'était pas revenue vivre depuis quelque temps dans son armoire. Sa mère qui était morte, normalement.

  • Krach ; S & P

    Philippe Malone

    • Quartett
    • 15 Octobre 2013

    Dans l'accélération offerte par la défenestration, tu peux échapper au système, tu peux tomber plus vite que la programmation sociale, tu peux laisser sur place les règlements intérieurs, tu peux devenir fusée. La défenestration a lieu depuis l'open space du grand impersonnel, cet espace tout en verre et hiérarchie conçu pour interdire l'existence individuelle hors des spots dédiés (fond d'écran thème famille ou plage ou animé marrant ou chaton). L'open space où te nier comme individu est la condition sine qua non pour que tu appliques les procédures, agisses dans la machine sans te préoccuper de l'impact de tes actions.

  • Les paratonnerres

    Marc-Antoine Cyr

    • Quartett
    • 15 Janvier 2014

    Dans un paquet de décombres et de corps, je dis de corps parce que dans la lumière bleue des éclairs et dans cette nuit fausse je n'ai vu personne je n'ai vu que des morceaux des débris les âmes avaient fui déjà. Parmi des débris et des corps il y avait ce petit fruit cette petite chose. Elle avait du sang et de la terre sur ses joues mais elle ne pleurait pas (...) C'est dans le petit port d'Ain el-Mreisseh à Beyrouth, cette ville où l'électricité sans cesse crépite et oscille, que cette histoire pourrait se dérouler.
    Là ou ailleurs.
    Parce que tout le reste est imaginaire.

  • Un grain de figue raconte l'histoire d'une jeune femme, juive d'Oran qui épouse son voisin espagnol. Mais elle s'est trompée d'amour, car elle aimait le jeune frère de celui qu'elle a épousé dans le feu de la jeunesse. C'est en somnambule qu'elle enfante un fils de cet homme, et qu'elle le suit loin de l'Algérie. C'est dans un demi-sommeil qu'elle se laisse porter dans une époque en guerre. Découverte et hésitations de l'amour, exil et maternité, lente disparition du goût de vivre, c'est tout ce qui est contenu dans un seul grain de figue égaré sous la langue.

  • C'est ainsi que dramatisant un bouleversement des corps et des discours contemporains (hallucinants, hallucinés, fiévreux ou glaçants), l'écriture de Pauline Picot joue du scalpel, tranche à vif. Et c'est ainsi encore que d'une forme à l'autre, ça sonne, ça réveille, ça met dans un drôle d'état, ça blesse également (« La signature du poème, comme de tout texte, c'est une blessure. Ce qui ouvre, ce qui ne se cicatrise pas », Jacques Derrida, La vérité blessante). Et si ici l'écriture blesse, elle le fait d'autant plus qu'elle est à la fois tendre et violente, voire très méchante mais aussi bien souvent méchamment et furieusement drôle.

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